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Mariage lesbien, la grande illusion

“Vive les Mariés !” Leur mariage aura fait le tour du monde. De la télévision polonaise à CNN, Bruno et Vincent se sont dit oui dans toutes les langues. Un grand moment, savamment orchestré par la municipalité de Montpellier, qui avait pris soin d’inviter une flopée de sympathisants PS et de poster un beau portrait du président dans l’axe des caméras. Un spectacle saisissant d’émotion.

Comme tout le monde, je me suis réjouie de cette célébration historique. Il était temps. Après ces mois de combat, enfin, l’aboutissement de nos luttes. J’avais vécu, et en live en plus, le premier mariage entre deux hommes français. Mais il y a quand même ce petit truc qui reste là, coincé dans la gorge.

Les médias ont unanimement relayé l’info du premier mariage homo.  Seulement voilà, je ne peux m’empêcher d’y voir le premier mariage gay. Je vous entend déjà, là-bas au fond, me reprocher de faire ma lesbienne sectaire, d’assombrir ce beau tableau médiatique avec mes états d’âme communautaristes. Mais je trouve qu’une fois encore, l’universalisme a bon dos. Ce premier mariage homo n’était pas un mariage lesbien. Suis-je la seule à m’offenser que pour nous représenter, nous LGBTI, ce soient deux hommes (blancs de surcroit) qui aient été mis sur le devant de la scène ?

OÙ SONT LES FEMMES ?

Les lesbiennes invisibles. C’est le titre d’un one woman show, mais ce pourrait être la devise d’une génération. Rappelez vous, il y a quelques mois, on nous annonçait l’organisation du premier salon du mariage homo. Bravo ! Sortez les cotillons ! Sauf qu’il s’agissait en réalité d’un salon du mariage gay, exclusivement réservé aux hommes, cette clientèle fortunée qui fait saliver entrepreneurs et marqueteurs. Explications de l’organisatrice, Claire Gollain, à l’AFP : “Les femmes sont plus discrètes dans leur communauté et peuvent trouver des choses qui leur correspondent dans les salons du mariage classiques”.

Douceur, docilité et discrétion : c’est vrai que nous les femmes préférons l’intimité de notre intérieur cosy au brouhaha de la sphère publique. Les mariages en grandes pompes devant toutes les TVs du monde, c’est pas vraiment notre truc. Si cette anecdote peut paraitre anodine, elle est révélatrice d’un sexisme généralisé qui ne s’arrête pas aux frontières de l’hétérosexualité et qui s’appuie sur un levier bien particulier : l’invisibilité.

LES FEMMES ET LES ENFANTS, APRÈS !

Avec ce premier mariage, c’est le même scénario qui se répète, inlassablement. On étouffe, on camoufle, on fait comme si on ne les avait pas vu ces gouines. Oui, ces gouines qui gueulent pour qu’on oublie pas la PMA. Celles qui font des manifs, des camions, des soirées. Celles là même.

On nous annonce pourtant le mariage d’ Abby et Hélène, celui de Myriam et Rosemonde ou d’Elisabeth et Géraldine. Loin de faire les gros titres, ces quelques couples “médiatisés” se retrouvent en une de journaux locaux, de sites spécialisés ou de médias LGBT. On se doute que les caméras du monde entier ne referont pas le déplacement pour couvrir le premier mariage lesbien. Et de toute façon, il y a en plusieurs de prévus le même jour. Comme ça c’est réglé, elles pourront se marier à l’abri des regards, dans une ambiance intimiste, romantique et “discrète”. C’est bien ce dont vous rêviez les filles ?

Quand j’ai vu que Bruno et Vincent allaient se passer la bague au doigt, je me suis spontanément demandée quand aurait lieu le premier mariage entre filles. J’ai naïvement tapé “premier mariage lesbien” dans mon moteur de recherche. En grammaire, on nous apprend que le masculin l’emporte sur le féminin. En langage web aussi, visiblement. Il me faudra attendre la cinquième page de recherche pour voir apparaitre le mot lesbienne. Et pour une news datant de 2011.

Si ce mariage me laisse un arrière goût amer, ce n’est pas tant que la pièce montée était ratée. Les sentiments étaient là, les costumes de bon goût, les larmes sincères. Mais il nous rappelle, à nous lesbiennes, que nous sommes encore et toujours, les pièces rapportées de ce combat.

 

Lubna

Photo : Bertrand Guay/AFP

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    Lubna

    Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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