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PHOTO : Le monde merveilleux de Chantel Beam

Un entrainement de cheerleaders transsexuelles, un couple de lesbiennes romantiques, une suicide girl aux cheveux de sirène alanguie dans les lilas. Les filles ont du poil sous les bras, le cheveux sale et délavé. Les garçons portent du rouge à lèvres et se déhanchent sur des talons de 12. Bienvenue dans le monde de Chantel Beam.

Son univers ressemble à une chambre d’adolescente lubrique. Des paillettes, des hormones et de l’outrance. Un regard d’enfant désabusé par les tabous du monde adulte, qui trouve refuge dans les jeux, les couleurs, le déguisement.

De la naïveté, il y en a dans les photographies de Chantel. Ces tons pastels, ces costumes surannées, cette fascination pour les poupées, pour l’univers mielleux de Disneyland. Un Disney passé au rouleau compresseur de l’exubérance queer. Car Chantel n’est pas la gentille poupée de cire qu’elle laisse croire. Et ces “frozen queens”, comme elle se plait à appeler ses modèles, ont le sang bien plus chaud qu’il n’y parait.

Car derrière les couches de maquillage, sous le vernis des costumes, les corps révèle leurs aspérités et leurs imperfections. Le papier glacé d’un magazine de mode qui se craquèle pour révéler le réalisme des corps et de leurs désirs. Celui d’aimer le même sexe par exemple, ou de porter des jupes quand on est un garçon. Rencontre avec cette jeune photographe basée à San Fransisco.

A quel âge as-tu réalisé que tu voulais faire de la photo ? Comment as-tu appris ?

J’ai commencé à m’intéresser à la photographie autour de mes 14 ans. Mon père était rentré à la maison avec une caméra reflex, c’était l’événement du mois ! J’ai débuté avec cet appareil. Je faisais des shootings avec mes amis après les cours et le week-end. En fait je n’ai jamais pris de cours, c’était une approche tout sauf scolaire.

Où vas-tu chercher ton inspiration ?

Mon inspiration me vient de pleins de petites choses. J’adore chiner, parcourir les antiquaires et les boutiques vintage. Parfois je trouve une tenue à quelques dollars qui m’inspire et je conçoit le shooting à partir d’elle. J’ai également l’habitude de parcourir les environs, pour trouver des spots avec un fort potentiel visuel. Je réalise aussi des films, donc, sans surprises, le cinéma est une grande source d’inspiration.

Il y a une sorte d’esthétique “camp” dans tes photos, avec un travail sur le kitsch, l’exubérance. Est-ce que tu te sens inspirée par la culture LGBT ?

Je suis une grande fan de “camp”! John Waters est mon idole. Je m’identifie comme queer et j’évolue au sein de la communauté LGBT. Il faut dire que j’habite dans le quartier de Castro à San fransisco, l’épicentre du monde gay ! C’est un milieu qui m’inspire énormément, les gens que je rencontre, la liberté de parole… Je pense que les personnes queer ont besoin de davantage de représentation dans les médias de tous genres et j’essaye de leur offrir ne serait-ce qu’un petit espace.

Tu composes également avec la thématique du travestissement. Tes modèles semblent hérités des Drag Queen ce penchant pour les talons et le maquillage outrancier.

J’essaye d’intégrer mes questionnements sur le genre dans mon travail. J’ai shooté de nombreux modèles genderfluid ou qui ne correspondaient pas à leur genre attitré et tenté de rendre le résultat naturel. C’est vrai que j’aime jouer sur les coiffures, le maquillage et les costumes. Je ne peux pas vraiment l’expliquer, mais je ressens une excitation particulière à l’idée de déguiser, c’est festif et ça transforme n’importe quel shooting en grande aventure. Vous devriez voir comment les passants regardent mes modèles dans la rue. J’adore !

La plupart de tes modèles proposent une féminité très élaborée, sophistiquée. La beauté authentique, ça ne t’intéresse pas ?

C’est une question compliquée. Je suis totalement féministe et j’aime l’idée d’une beauté non altérée. Je comprend que mon travail puisse sembler problématique. Il est tellement englouti par la mode, le maquillage et photoshop ! Simplement, je suis une femme et je ne vois aucun mal à apprécier ces choses considérées comme futiles, bien que je mesure l’effet négatif que les injonctions liées à la beauté puissent avoir sur les femmes. J’essaye de photographier tous les types de personnes, des styles et des looks différents. Hier, j’ai justement shooté une fille sans maquillage, les cheveux au naturel.

Tu vis dans le quartier gay de Castro, San Fransisco. A quoi ressemble la vie la-bas ?

Le quartier de Castro est l’endroit le plus parfait pour vivre. A chaque fois que je sors de chez moi et que je croise un couple main dans la main dans Castro Street, je me dis que j’ai une chance folle de vivre ici. C’est un endroit ou les gens viennent assumer qui ils sont sans peur. On peut parler avec n’importe qui dans la rue et on a ce sentiment de sécurité que je n’ai ressenti nul part ailleurs. ici, tu peux être qui tu veux.

Pour découvrir le travail de Chantel Beam, rendez-vous sur son site : www.chantelbeamphotography.com

 

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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