world burning

Les féministes peuvent-elles sauver le monde ?

L’Amazonie, l’Australie, la Californie, la Colombie-Britannique brûlent, brûlent, brûlent et avec elles la faune et des millions d’écosystème. Énième épisode d’un monde où les catastrophes écologiques sont l’illustration symptomatique d’un système qui est en train de tuer notre planète.

 

J’ai toujours entendu parler de la fin du monde. Ma vie d’enfant et d’adolescente semble n’avoir été que la longue attente du crash d’un des innombrables astéroïdes repérés dans les parages de la Terre. Plus tard, c’est les prognostics Mayas de l’apocalypse qui ont fait leurs apparitions. Pendant ce temps, depuis des années déjà, scientifiques, ONG et groupes de recherches tiraient la sonnette d’alarme concernant le scénario de l’effondrement sans que personne n’y porte attention. Ces mises en garde ont vite été oubliées dans le train-train quotidien de notre course à la productivité. Malgré un engagement écologique de la première heure, j’ai moi aussi été prise dans le tourbillon du système, avec en trame de fond tout de même, la sensation que la voiture fonçait droit dans le mur, tandis qu’on montait la musique un peu plus fort pour ne pas y penser. Mais que faire ? Si la menace d’un crash d’astéroïde avait l’avantage de ne me laisser aucun choix, celle d’une catastrophe écologique, causée par l’homme, pointe du doigt ma responsabilité. Comme beaucoup, j’ai commencé à modifier mon quotidien : j’ai adopté un régime végétarien puis quasiment vegan, j’ai commencé à faire du zéro déchet au maximum, j’utilise des produits intimes réutilisables, j’ai choisi de mettre mon argent dans des banques qui n’utilisaient pas celui-ci pour financer des projets polluants, mais qui me laissaient choisir quels projets je voulais soutenir, j’ai arrêté d’acheter des vêtements neufs, j’essaie de tisser des liens avec les producteurs locaux.. Et ensuite ?

Il faut dire que la culture populaire ne nous aide pas beaucoup. Fiction oblige, il se trouve que je suis bien plus à même de me représenter ce à quoi ressemblerait une attaque extraterrestre, une attaque de zombies ou même la colonisation de l’espace que ce à quoi ressemblerait l’effondrement réel de la société. Pourtant les scénari de fin du monde ne sont malheureusement plus le monopole des partisans de la manif pour tou.te.s et autres illuminé.e.s.

Qu’est-ce que l’effondrement ? C’est la conviction que l’exploitation à outrance de nos ressources premières sans que celles-ci n’aient le temps de se régénérer, provoquera à terme une disparition de nos ressources et donc un effondrement : au mieux de notre système de société industrielle, au pire de l’humanité. Cette conséquence de notre consumérisme à l’extrême est dénoncée par les scientifiques depuis plus de 50ans déjà, mais se heurte aux impératifs de croissance formulés par les gouvernements et organisations mondiales. Les derniers rapports scientifiques publiés en 2019 avancent que 50% de la population mondiale sera morte d’ici 2050, pour cause : hausse mortelle des températures, pénurie d’eau, catastrophes climatiques, autant d’événements causant famines, exodes de masse, chute de l’agriculture ..etc

Collapsologie : Inventé par le français Pablo Servigne c’est l’addition de toutes les disciplines qui parlent de l’effondrement.

Dans le monde, ce mouvement prend de plus en plus d’ampleur et en France il est mené par un certain nombre de scientifiques, chercheur.ses et personnalités qui s’attellent à vulgariser le problème auprès du plus grand nombre. Parmi elleux Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Arthur Keller, Vincent Mignerot, Joris Danthon, Jean Marc Jancovici, Yves Cochet, etc. (oui vous aussi vous trouvez que c’est un peu trop masculin tout ça ? J’y viens ensuite !)

La collapsologie s’appuie sur les différentes études et faits observés afin d’en tirer des prognostics et solutions. Chacun.e à sa spécialité (économie, agronome, philosophie, écologie…) et son approche, ses solutions, ses prédictions, mais toutes et tous se rejoignent sur le fait que l’effondrement est quasiment inévitable, et qu’il faut donc s’y préparer et limiter les dégâts.


La série Après l’effondrement, imagine des situations dans un monde post-effondrement
Il y a aussi les scénarios futuristes de Roxane de Dearlobbies (Facebook) que vous pouvez retrouver aussi sur son site : ici

L’écoféminisme et le rôle des femmes dans le monde de demain

Lorsque Simone de Beauvoir disait « Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Elle oubliait d’ajouter la crise écologique.
Premièrement, vous l’aurez peut-être remarqué plus haut les têtes de liste d’intellectuel.les du mouvement concernant l’effondrement et la collapsologie sont largement masculines. Or de nombreuses femmes parlent de ces problématiques depuis des années : Naomi Klein, Agnès Sinaï, Fred Vargas, Roxane de Dearlobbies, Delphine Batho, Alexia Soyeux, Laure Noualhat… Une étude de 2015 de Pew Research Center montrait que les femmes se sentaient beaucoup plus concernées par l’environnement que les hommes. C’est un constat que l’on peut facilement faire autour de nous, en regardant qui de nos ami.es font elleux même : leurs produits d’hygiène, leurs produits ménagers, leurs habits, changent leurs habitudes alimentaires… etc.

De fait, l’exploitation de la terre et de ses ressources relève de la même logique que celle de l’exploitation des peuples et des minorités, la même que celle qui pense que le corps des femmes est à disposition des hommes. Le capitalisme, le patriarcat et l’exploitation de la planète sont des idéologies intimement liées.  Les désastres écologiques que l’on connaît aujourd’hui sont le résultat de sociétés et de gouvernements que les privilégié.e.s ont imposé aux minorités. Une étude de L’ONU affirme que les premières victimes des catastrophes climatiques sont les pays pauvres et les femmes.

Aussi, les activistes féminines de la cause écologique ne manquent pas. De la même manière, les activistes racisées ont toujours été à l’avant garde de ce combat et sont elles aussi invisibilisées. Si vous ne connaissez que Greta Thunberg sachez qu’il y a aussi Autumn Pelletier, Quannah Chasinghorse, Juwaria Jama, Alexandria Villaseñor, Jamie Margolin, Amira Odeh Quiñones, Isra Hirsi, Katie Eder, etc. Les populations autochthones du monde, qui pour la plupart se sont vu imposer un système capitaliste et non respectueux de la nature  et sont les premières victimes du racisme environnemental, ont été aussi les premières à se battre pour la planète à une époque ou le terme écologie n’existait même pas. En 2012, les femmes autochthones du mouvement Idle No More ont ainsi lancé un mouvement mondial pour l’environnement, le droit des peuples autochthones ainsi que celui des femmes et doivent jouir de la visibilité qui leur revient.

Deuxièmement, au-delà d’une critique du système tel qui est aujourd’hui, quelles réflexions féministes sur un « après » ? Nous sommes presque tout.es dépendant.es de l’électricité (chauffage, eau chaude, téléphone, transports en commun, hôpitaux), des industries pétrolières (transports en commun et personnels), de l’industrie agroalimentaire et hygiénique (supermarché, produits intimes, produits hygiène), du numérique (GPS, boîte mail, réseau téléphonique, internet)…

Imaginons un instant que la société industrielle s’effondre.

 

Quelle place pour les femmes dans ce nouveau monde? Cet écroulement du monde sera-t-il uniquement industriel ou aussi patriarcal ? La femme sera-t-elle renvoyée à son statut de mère et de ménagère comme dans the Handmaid’s Tale? L’effondrement du système sera-t-il aussi celui des droits des minorités ?

Si l’accès aux soins devient régulé selon un niveau d’urgence et que la production de médicaments est interrompue : quel suivi gynécologique pour les femmes? quid des hommes trans et de leur traitement de testostérone ? quid des femmes ayant besoin d’avorter? quid d’une personne séropositive sous traitement ? Comment se soulager de l’endométriose, des SOPK sans médicaments? Plus largement, quelles pistes de réflexion pour pallier à nos dépendances aux labos pharmaceutiques concernant la production de nos médicaments ? (Que les personnes trans et séropo connaissent déjà via la réalité des pénuries de testostérones et le bon vouloir des labos concernant la recherche). Celles de la création de laboratoires indépendants et à petites échelles qui nous permettrait de nous libérer des lobbys ? Celle du recours à d’autres types de médecine?

Quelles pistes de réflexion pour pallier à notre dépendance à l’industrie de l’agroalimentaire ? Achat collectif de terres pour former des communautés autonomes et féministes? Création d’Eco-hameau féministe? Formation à la permaculture ?

Quelles pistes de réflexion face à la fin d’internet ? (selon une étude publiée 2018, les câbles internet seront engloutis sous les eaux dans 15ans) Si l’on survivra sans doute à l’impossibilité d’aller vérifier la recette de fondant au chocolat vegan sur internet, quand est-il de toutes les autres ressources féministes accessibles actuellement ? Est-il temps de créer à nouveau des archives matérielles ? internet a permis de donner la parole aux invisibilisé.es, leurs témoignages vont-t-ils tomber dans l’oubli ?

Nombre de ces réflexions ont déjà lieu dans notre communauté. Depuis longtemps les mouvements et théories politiques féministes portent les femmes vers une plus grande autonomie, mais aussi vers la réappropriation de savoirs perdus. Dans les années 70, nombreuses furent les initiatives de communauté féministes et écologiques. “ Un podcast à soi” à d’ailleurs dédiés deux de ces podcast à ce sujet : le premier Défendre nos territoires et le second Retrouver la terre.

Dernièrement de nombreuses initiatives vont aussi dans ce sens, mais restent marginales ou présentent essentiellement dans les très grandes villes : atelier d’autogynécologie, auto défense féministe, reconnexion avec la médecine des plantes, remise en cause des labos et de la médecine patriarcale, communautés féministes autonomes, etc. sans pour autant que n’émerge un discours féministe accès sur les possibilités d’un effondrement et de son après.

Si l’effondrement semble inévitable, et ce depuis de nombreuses années déjà. La forme qu’il prendra reste incertaine et de multiples scénari sont possibles: Effondrement du système menant à une guerre civile mondiale pour les dernières ressources, adaptation de la société in extremis à un nouveau système basé sur la restriction et le rationnement, chute des États en faveur de communautés autonomes..etc. Dans son livre « Plan B pour la planète : New Green Deal » la journaliste canadienne Naomi Klein, s’attaque ainsi pas seulement à l’aspect environnemental de la crise, mais à toutes les autres crises dans lequel nous a plongés ce système. Parmi elles, le racisme environnemental, les droits des femmes, les inégalités sociales.

Maintenant que vous avez toutes et tous le moral au beau fixe, il est important de dire que l’effondrement n’est pas obligatoirement quelque chose de mauvais. Ce peut être la fin d’un système au combien dysfonctionnel au profit d’un nouveau, et dans ce sens, cela représente ce que nous attendons depuis très longtemps : La possibilité de construire un nouveau monde sur de nouvelles bases. C’est donc une chance à ne pas laisser passer :

Premièrement, pour ne pas se retrouver à dépourvu une fois qu’il sera trop tard. « Mieux vaut prévenir que guérir », plus nous serons préparé.es, plus la transition sera douce. Particulièrement quand on fait partie de celleux dont les droits sont si facilement remis en cause.

Deuxièmement, n’oublions pas qui a créé ce système et ne laissons pas les privilégié.e.s recréer un système basé sur les mêmes privilèges, les mêmes normes, les mêmes binarités homme/femme, blanc/racisé, valide/non valide, neuroatypique/ neurotypique, hétéro/déviant… L’idée étant de s’assurer que nous aurons notre mot à dire dans la création du monde de demain.

Bref les féministes ne peuvent peut-être plus sauver le monde, mais elles peuvent certainement aider à en créer un bien mieux.

 

Pour approfondir et comprendre l’état du monde, l’effondrement et la collapsologie :
 Ressources documentaires, podcast, média, webséries etc sur ce lien
Le groupe de Collapsolgie et Féminisme sur Facebook.

Les livres de Naomi Klein « Plan B pour la planète : New Green Deal », « Tout peut changer : Capitalisme & changement climatique», «Crime climatique STOP !. L’appel de la société civile »
Les livres de Corinne Morel Darleux « L’écologie, un combat pour l’émancipation »,
« Arracher les mauvaises herbes du capitalisme vert », « Cueillir les fruits de l’émancipation », « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce »
Les livres que Agnès Sinaï à co écrit : « Sauver la Terre », « Labo-Planète »
Fred Vargas, « l’humanité en péril »
Les livres de Pablo Sevigne : « Comment tout peut s’effondrer », « Une autre fin du monde est possible »

La websérie Next, qui traite en quelques minutes des questions liées à la collapsologie
La série Après l’effondrement, qui propose des scénarios post-effondrement.
Le dossier Effondrement et Apocalypse d’Arrêt sur Images
La série de Canal+ L’effondrement qui met en scène de courtes fictions
La chaîne YouTube Collapso qui propose des interviews de scientifiques et chercheur.ses concernant la collapsologie
Le docu d’introduction à la collapsologie de Complément d’Enquête: Fin du monde : et si c’était sérieux ?  

Roxanne Valin

Globe-trotteuse et passionnément tête en l’air, elle adoucit son côté radical par son amour des chaussettes pilou-pilou et des macarons pistache. Elle parle genre, lutte des classes et patriarcat sans invitation. Sa devise « the personal is political »

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