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Lesbiennes d’Ailleurs : Nicaragua, partie 1

Barbi(e)turix part en voyage ! Et comme vous êtes des petites chanceuses, on vous fait visiter les contrées lointaines comme si vous y étiez. Pour que vous situiez un peu mieux les choses, « on » c’est en fait Hannah, qui, ayant à peine rejoint la team, a décidé de partir à l’autre bout de la planète, pour vous faire découvrir les lesbiennes d’ailleurs, via des récits palpitants et quelques photos. Pour un portfolio plus extensif, rendez-vous sur Dailimages, et pour les étapes précédentes c’est ici.

Aaaah le Nicaragua… Je vous préviens ça va être le bord*l ! Je sais à peine par quel bout prendre ce pays, ne serait-ce que parce que cela fait plus de deux mois que j’y suis… Oui, le train du voyage a un peu déraillé. Comment me suis-je retrouvée au Nicaragua ? Simplement pour pouvoir retrouver des amies au Costa Rica en décembre. Donc ! Après 45 heures de voyage, j’arrive enfin à Managua, capitale a-touristique au possible. C’est simple, le Lonely n’a que trois pages dessus, et les touristes s’en servent comme d’un dortoir entre deux départs. Initialement, je voulais passer dix jours au Nicaragua, voir Ometepe (fait) et les Corn Islands (pas encore) et zou ! Pourtant, à l’heure où j’écris, je parle plus nicaraguayen qu’espagnol, m’intéresse de près à l’histoire locale et j’ai même commencé un livre de Gioconda Belli, star féministe locale… Qui l’eut cru ?

Les premiers jours, j’ai donné une chance à la capitale, mais honnêtement hormis une église et trois échoppes, je dois avouer que le Lonely avait raison. Je me mets donc à éplucher Tinder, et constate rapidement que le choix est limité. Je file donc à Granada, au son des « Granada, Granada, Granada » que hurlent les contrôleurs de bus –autant vous prévenir, le Nicaragua est un pays extrêmement bruyant ! Cette cité coloniale est le contrepoint de Managua : c’est LA ville touristique par excellence, avec une belle place centrale et une fontaine, des rues pavées… J’ai tout parcouru en une journée, facile, toutes les églises étaient fermées, et le lendemain direction Ometepe, une île faite de deux volcans au milieu du lac Nicaragua. Pendant deux jours j’oublie un peu le projet et me soumets à la torture de la montée du volcan Maderas, puis au plaisir d’une baignade dans l’Ojo de Agua, piscine naturelle. Après ça retour à Managua pour visiter León, tenter d’obtenir d’autres interviews, et aller à la fameuse Papaya Fest. A León, j’espérais visiter la Casa de los Colores mais me retrouve face à une porte fermée –j’ai appris plus tard pourquoi, vous le saurez dans l’épisode 2.

De retour à Managua j’ai rendez-vous avec Marisol à la Selva, un bar qui me semble à mille lieues d’un bar gay… Elle m’explique de l’un des seuls bars « open » dans lesquels les homos peuvent être tranquille –car dans les autres tu cours toujours le risque de te faire éjecter si tu embrasses ta copine-. L’une de ses amies, Vanessa, me raconte son coming-out et la formule adorable qu’a eu sa mère quand elle l’a appris : « Eh bien ma fille, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse, l’amour s’est présenté à toi sous la forme d’une femme ». Grâce à Marisol, je suis invitée dans un groupe Facebook secret très originalement intitulé Les-Girls Nica, et j’y lance un avis de recrutement, qui m’a permis de rencontrer une demi douzaine de personnes (on reste au Nicaragua hein, les filles ne se ruent pas sur l’occasion de se faire prendre en photo avec l’étiquette lesbienne collée sur le visage !).

Vanessa

Résultat, pour mon dernier week-end, j’engage, dans l’ordre, Cossette, Yoca, et Ara ! Premier rendez-vous avec Cossette. Elle a 24 ans et s’est rendue compte de son homosexualité grâce à la série South of Nowhere. Fait qui la choqua et la plongea dans la dépression, jusqu’à une tentative de suicide. Son éducation catholique lui avait enseigné que c’était un péché. Heureusement elle s’est acceptée (avec l’aide d’un psy), ne se cache pas, ni même dans la rue, est pleinement épanouie avec sa copine et hausse la voix pour défendre ses droits !

Cossette

Yoca arrive sur sa moto pile quand nous terminons, comme la rebelle qu’elle est ! A 20 ans elle est déjà maman d’une fille de 3 ans, qui est un accident avec son amour de lycée, mais elle en est dingue. Elle a tenté de l’élever avec son ex mais la relation s’est terminée et aujourd’hui l’élève seule. Sa fille est au courant de son homosexualité parce qu’elle ne s’en n’est jamais cachée, embrassant sa copine devant elle etc. “Et pourquoi un bébé aurait-il un problème avec ça ?” me lance-t-elle ? Et elle est optimiste (ah, la jeunesse), car elle voit le mariage et l’adoption gay légaux d’ici cinq ans !

Yoca 

Le soir même, j’embarque Eric, doctorant faisant sa thèse sur la révolution Nicaraguayenne que j’ai rencontré dans mon hôtel, à la Papaya Fest, au Café Mará Mará, un petit restau adorable qui organise de nombreux évènements (soirées ciné, concerts). J’y rencontre Gaby Baca, qui s’auto-décrit comme la seule chanteuse-auteure hors du placard du Nicaragua, et elle accepte de me parler avant mon départ. Gaby est un personnage haut en couleurs qui ne mâche pas ses mots. Elle est sortie en trombe du placard a 15 ans et se bat depuis pour l’égalité des droits. Elle a la quarantaine et a donc connu la révolution et la guerre dans les années 80-90. Ses chansons sont politiques et visent à éveiller les consciences. Elle me parle de la loi 779 visant à protéger les femmes contre les violences mais que sa mise en pratique est vide de tous sens. Son amie Helen nous rejoint, elle est actrice et doit prochainement jouer une lesbienne dans un film, elle essaie donc aussi de casser les stéréotypes, à travers de son personnage : celle-ci sera féminine, belle et intelligente.

Gaby à droite 

Dimanche à 9h du matin (ils sont fous ces Nica !) Petit déj’ à la Trenza avec Ara, Nica bi de 29 ans. Elle est avec deux amis, Moisés et Astrid, respectivement gay et bi. Ils reviennent d’une soirée de folie sur un îlot de Granada, et malgré leur gueule de bois, ils trouvent la motivation de parler de pleins de sujets touchant au sexe et à l’homosexualité. J’ai un peu de mal à les suivre mais c’est intéressant : Ara explique qu’elle ne veut pas faire son coming out auprès de ses parents, même si ceux-ci se doutent (mais tous ses amis savent), car comme elle est bi elle ne veut pas leur faire de la peine pour rien si elle finit par épouser un garçon (mais pour l’instant elle est avec une fille), Astrid nous explique à quel point la monogamie est contraire à la nature humaine, et Moisés nous apprend le langage universel du sexe. Ara me raccompagne à mon hôtel et propose de poser à moitié nue… C’est là que le train a commencé à sortir des rails… Mais ni elle ni moi ne savions à quel point je pense.

Ara

Après ça, tout est un peu flou, le train déraille à toute vitesse, j’écris mes chefs d’œuvre pour Barbieturix, bosse sur mes photos, et vois Ara tous les jours. Elle m’emmène au Caramanchel, LE bar pour la jeunesse alternative et gay de Managua, et à la Laguna de Apoyo, un lac sublime ! On fait doucement connaissance… Comme je vous l’ai dit, le train du voyage est bien sorti des rails, mais on revient dans dix jours, accrochez-vous !

 

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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2 Comments

  1. Artemisia.g says:

    J’avoue que ça fait plaisir de te voir “dérailler” comme ça ;) Il prend vraiment de l’étoffe et de la profondeur, ce voyage (sans faire de mauvais jeux de mots du tout)! cool

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