fresh3

J’ai testé pour vous… La digue dentaire

Je ne sais pas ce qui nous a pris exactement. Ma partenaire en avait plein dans ses tiroirs, on s’était promis d’essayer au moins une fois, pour voir ce que ça fait. Elle a sorti la chose de sa protection plastique. Allongée sur le dos, les jambes écartées, ma partenaire me pose délicatement une digue dentaire.

Avant de continuer, une petite définition s’impose. Une digue dentaire, c’est un carré de latex ou de polyuréthane, totalement imperméable. Utilisée par les chirurgiens dentistes, la digue dentaire est également employée comme un préservatif pour se protéger des maladies et infections sexuellement transmissibles lors d’un rapport sexuel entre la bouche de l’un des partenaires et la vulve ou l’anus d’un autre. La version en polyuréthane coûte environ 2 euros et s’achète à la pharmacie.

Pas évident de premier abord de se poser une feuille de plastique sur la chatte. Alors on prend ça comme un jeu… Mais la digue ne tient pas en place, elle n’adhère pas à ma vulve, bien que nous ayons suivi tous les conseils données : mettre du lubrifiant à eau, ne pas trop tirer sur l’objet… La digue dentaire se fait la malle.

Elle ne fait pas “un” avec mon sexe, elle s’échappe et parfois s’esquive un peu vers la gauche malgré nos mains pour la tenir en place. Toujours allongée, ma partenaire tente de me donner du plaisir mais rien n’y fait, elle n’aime pas la sensation sur sa langue et le contact du plastique me fait le même effet que Christine Boutin. Il m’irrite.

On décide ensuite d’inverser les rôles. On change évidemment de digue dentaire ( ne jamais utiliser la même). Je la pose à mon tour sur son pubis. Il ne tient pas et tombe sur un côté à chaque fois que je tente un coup de langue. Il n’adhère pas, je ne suis pas satisfaite et ma partenaire non plus. Dès que j’essaye d’aspirer le clitoris, la digue vient avec et manque presque de m’étouffer. Éclats de rire. Même s’il n’y a à ce moment là, plus aucune tension sexuelle, on aura au moins bien ri.

Ma partenaire et moi avions pris cela pour un jeu, non comme une nécessité. Parce que nous nous connaissons, que nous avons déjà fait des tests, qu’il n’y avait aucun risque de transmission. Je dois cependant avouer que cette expérience de la digue n’a pas été des plus reluisante. Difficile à manier, plutôt désagréable au toucher, elle n’a pas réussi la mission que je lui avait fixé : se faire oublier !

Loin de moi l’idée de diaboliser la digue dentaire. La plupart des filles que je cotoie n’en utilisent jamais, elle est pourtant l’une des protections les plus efficaces en cas de sexe oral dans un rapport entre filles.

Pourquoi ce désamour ? Peut-être parce que les lesbiennes ne savent pas ce qu’elles risquent. Le mythe de la lesbienne pure, (car non souillée par des hommes) a la vie dure. Les campagnes de prévention, rares et souvent trop peu relayées, ne parviennent malheureusement pas à faire changer les choses.

Le problème, c’est que la digue fait peur. Il est vrai que les premières fois, elle est particulièrement difficile à prendre en main. Mais, comme pour le vélo, un peu d’entrainement permet de maitriser l’objet sans trop de peine. Le problème, c’est que face à une partenaire inconnue, on hésite souvent par crainte de “casser” l’instant. “Ce n’est pas sexy”, “cela ressemble à du matériel médical”, “c’est indélicat de sortir une digue avec une fille qu’on ne connait pas”, “personne n’en utilise”… Alors quoi ? Faut-il s’abstenir de faire un cunni ? Mais si l’envie est trop forte ? Ne vaut-il pas mieux se restreindre sur le plaisir que de prendre le risque d’attraper quelque chose ?

Il existe en réalité des alternatives à l’utilisation de la digue buccale. En voici une liste non exhaustive :

- La première est l’utilisation d’un préservatif découpé. L’idéal, à mon sens, est d’utiliser un préservatif préalablement lubrifié. On le découpe dans le sens de la longueur et on coupe les deux bouts. On pose alors le côté lubrifié sur le sexe de sa partenaire. Ensuite, on fait en sorte de bloquer les extrémités avec ses mains, sans tendre trop le carré. On évite ainsi de trop doser le lubrifiant et de risquer de faire glisser le film plastique. Par ailleurs, les digues achetées en pharmacie sont en polyuréthane. Certains préservatifs en latex, type “seconde peau”, sont plus fins et donnent moins l’impression de lécher du plastique.

- La seconde est l’utilisation d’un gant en latex. Le principal problème de la digue et de la capote, c’est qu’il faut veiller à tenir la protection. Avec le gant, on découpe les quatre doigts, en faisant en sorte de garder assez de tissu autour du pouce. On peut alors glisser sa langue directement dans le pouce. Oui, une première fois avec une fille, ce n’est pas évident, CERTES, maintenant, entre la honte et l’herpès, il faut choisir…

Réfléchir sur mon expérience plutôt amusante de la digue dentaire m’amène à penser qu’il y a un réel problème dans le sexe entre meufs. On ne parle pas des risques ( et pourtant il y en a ) et loin de moi l’envie de vous rendre parano. Mais si nous pensons qu’il est inutile de nous protéger, est-ce parce qu’en réalité nous avons intériorisé le fait que nous ne faisons pas du “vrai sexe” ? Ou manque-t-on simplement de discours et d’informations sur les spécificités de notre sexualité ?

Oui, on peut choper des IST entre meufs, les lesbiennes et bies ne sont pas épargnées. Mais alors, que faudrait-il faire pour que le genre d’article que je viens d’écrire ne devienne qu’un souvenir, pour que les protections entre filles soient prises au sérieux et qu’on se protège, enfin ?! Comment faire pour que les protections entre femmes deviennent  aussi automatiques que celles entre les hommes et les femmes ?

 

 

Sarah

photos de couv : Photographer Hal

 

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

Plus d'articles

17 Comments

  1. Tom-san says:

    Il s’agit principalement d’un manque d’information en effet : étant lycéenne, j’ai eu droit, il y a environ un an, à une réunion qui informait sur le genre de risques que peuvent prendre les ados, et notamment au niveau sexuel. évidemment, distribution de préservatifs, information sur les IST et insistance sur le fait que le garçon doit être sur que sa partenaire soit d’accord pour la première fois bla bla bla … mais aucune information sur ce genre de protections. De plus, des préservatifs sont toujours à disposition à l’infirmerie du lycée, mais il semble qu’il soit l’unique moyen de se protéger des IST, ayant affaire à une infirmière peu tolérante, voire homophobe sur les bords, je me vois mal aller lui demander des renseignements sur la digue dentaire.

  2. timide says:

    en dehors de toutes les propagandes qui enrayent utilement et inutilement le paysage de la prévention santé en général, je continue à penser que prendre soin de soi, c’est prendre soin d’autrui. ça vaut … “pour tous” !

  3. M says:

    et le film étirable ??

  4. Camille says:

    Bonjour,

    Je passe souvent sur le site mais commente peu, a moins que l’article m’interpelle vraiment, un peu comme le tien.
    Pour avoir été chargée de mission PCS (prevention, cityonneté, securité) au sein d’une asso de ma fac…La prévention MST/IST en faisait partie, et en effet, on parlait avec le bureau de dépliant, et je les entendais tous, a penser hétéro et aussi pour les homos…hommes. Etant seule lesbienne là-dedans, j’ai suggéré à ma Présidente “mais chez nous, y’a des risques aussi, et personne n’en entend parler, on pourrait faire quelque chose non?” et comme c’était une étudiante de santé, cela a été approuvé et entendu (a condition que je me renseigne sur le sujet) mais en tout cas, voilà, la prévention commence seulement à se faire…

    Merci de ton article, car il est vrai que sur tout ça, on a des années et des années de retard :)

  5. A says:

    Alors moi je me suis toujours posé une question : avant j’étais hétéro (c’est arrivé à plein de gens bien), et je n’avais *jamais* entendu parler de la digue dentaire. Alors que, que je sache, le cunni n’est pas une pratique réservée aux lesbiennes…

    Est-ce que c’est parce pour les hétéros il y a déjà suffisamment de risques de MST liés à la pénétration que les campagnes de prévention ne vont pas “en plus” rajouter ce risque-là ? Pourquoi du coup le risque lié au cunni est-il “survalorisé” chez les lesbiennes, ? Je m’interroge…

  6. C. says:

    En ce qui me concerne, et j ai conscience que c est peut être, sans doute, de mauvaises informations, on m a toujours dit ( y compris personnel de santé) que le sexe oral était une des pratiques où il y avait le moins de risque de transmission d ist. Je parle pas d anulingus où là on contraire le gd nb de vaisseaux sanguins de la muqueuse multiplie le risque.

    pour un cuni, éviter de se laver les dents juste avant pour éviter micro plaie et saignement de la gencive ” prenez un bonbon à la menthe” disent ils sur je ne sais plus quel article de yagg ;)

    nb : je parle juste pour moi, je n incite personne à ne pas se protéger au maximum

  7. madrilene says:

    le film étirable oui s’il n’est pas poreux !
    ceux qui vont au micro onde le sont

  8. Artemisia.g says:

    Perso je ne me protège pas toujours pour le sexe oral (jamais pour le cunni…mais “bizarrement” quasi toujours pour la fellation même sur un gode) mostly parce que je trouve que c’est trop désagréable. Il est vrai que j’ai lu beaucoup de choses sur les risques liés au sexe oral et que je les trouve relativement faibles. D’ailleurs, j’ai moi aussi essayé la digue et j’ai trouvé ça carrément horrible. Par contre, je compte me protéger et protéger davantage mes partenaires. J’ai toujours des gants et des capotes sur moi (pour mettre sur les godes) ainsi que du lube. Bon j’avoue, j’ai du mal à imposer ça la première fois, sauf dans certains contextes explicitement sexuels… J’aimerais bien qu’on en parle davantage entre LGBT, c’est tellement tabou…

  9. Camille says:

    Merci pour cet article!
    Un bon complément en vidéo sur le safe sex entre femmes et la réduction des risques:
    http://www.klamydias.ch/fr/

  10. Manon says:

    Bénévole à Sida Info Service depuis 7 ans, nous sommes présents sur les festivals. Et ce samedi soir, j’ai dû parler encore une petite dizaine de fois de la digue dentaire à tout le monde, en parlant d’ailleurs davantage de la possibilité de couper un préservatif masculin/féminin en deux…certes nous sommes encore trop peu d’associations de prévention à tenir compte systématiquement de l’ensemble des pratiques mais plusieurs d’entre nous s’en préoccupent…Le problème est que les priorités et donc les financements sont liés aux nombres de contaminations. Les pratiques entre femmes étant tout de même plus soft que d’autres pratiques, elles ne sont donc pas prioritaires…Malgré tout, quelques campagnes (comme “Tu sais quoi” de Yagg) et outils existent..Je vous conseille le dépliant “Tomber la culotte” réalisé par le Kiosque Info Sida et Sida Info Service, notamment avec Coraline DELEBARRE : http://www.sida-info-service.org/sites/sida/IMG/pdf/Tomber_la_culotte.pdf

  11. Guiliguili says:

    L’association FièrEs organise régulièrement des ateliers de prévention, animés par Coraline Delebarre (Tomber la culotte, Comment ça va les filles…) et FloZif (Playnight)

    Article sur le site de FièrEs :
    http://fieres.wordpress.com/2014/03/30/vous-avez-rate-latelier-plaisirs-et-prevention-pour-les-femmes-ayant-des-relations-sexuelles-avec-dautres-femmes-a-la-queer-week-seance-de-rattrapage/

    Un prochain atelier est prévu pour l’automne.

  12. DelicieuseConnasse says:

    Il y a quelques années le crips a créé de supers outils à destination du public lesbien, avec un quizz des publications, et la retranscription de tout ça sur un site internet assez attractif: http://www.lecrips.net/L/menu.htm

  13. m.j says:

    Je suis étudiant en médecine, hétéro, et en feuilletant un document hors de mes bouquins référence, je suis tombé sur la digue dentaire, ça m’a intrigué et je suis tombé sur ton blog. J’avoue que c’est la première fois que j’en entends parler, malgré un bon nombre d’amis à moi bi ou homo d’ailleurs. Globalement, même si on parle de prévention, si y a beaucoup d’action pour le sidaction … à la fac et à l’hopital, à part la capote on nous parle pas beaucoup d’alternative et encore moins chez les lesbiennes (et jusque là la question me passait 3km au dessus!).
    Alors en voyant tes questions, je me suis dit que si tu me les avais posées en face, j’aurai eu l’air bien con… Et je pense que c’est le cas d’une majorité de médecins ou d’étudiants. Déjà à ce niveau il y a un problème navrant.

  14. Tortillas says:

    Il y a d’ailleurs toute une vidéo qui explique comment se protéger des IST et surtout comment fabriquer soi-même sa digue dentaire ! Vive les tutus DIY :D https://www.youtube.com/watch?v=4gaCYtsnNQM

Leave a Comment

*