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Harcèlement de rue : les stratégies

65 000 femmes sont violées chaque année en France, la plupart des viols (80%) sont commis par une connaissance de la victime, dans un lieu familier. Ce chiffre ne prend pas en compte le harcèlement de rue et les agressions (souvent à caractère sexuel) qui ont lieu chaque jour. Elles sont pourtant nombreuses.

Nous avons toutes au moins une fois vécu ce genre d’expérience : du mec qui glisse sa main sur notre cuisse au chaland qui nous interpelle par un “salope, je te baise quand tu veux” en passant par celui qui se frotte à nous dans le métro. Les agressions hélas, ne manquent pas. Un tumblr désormais célèbre répertorie toutes les tentatives de “drague” en milieu urbain : Paye ta shnek.

Dans ce genre de situation, on peut facilement se retrouver paralysée et dépourvue de moyens. Difficile de s’en sortir surtout lorsque la foule (si foule il y a autour de vous), témoin de l’agression, ne vous aide pas. La semaine dernière a Lille, une femme a été sexuellement agressée dans le métro ; poursuivie par son agresseur jusque dans la rue. Personne n’est intervenu jusqu’à ce qu’un automobiliste de passage la fasse monter dans sa voiture et que des vigiles maîtrisent l’agresseur.

Rien ne justifie ces agressions : votre minijupe, votre pantalon extra large, votre sourire, ou votre look de tomboy assumé. RIEN. On entend bien trop souvent des gens nous dire “Un mec qui voit une nana en jupe à 22h, forcément…“. NON. On ne justifie pas une agression.

Quelle peut être la prévention face au harcèlement de rue ?

Quand les politiques de mise en place d’une éducation non sexiste sont stoppées par le gouvernement, quand on dit aux femmes de faire attention dans la rue plutôt que de dire aux hommes que les femmes ne leur appartiennent pas, quand on apprend aux garçons à être viriles et aux femmes à être passives et sexuellement disponibles, comment fait-on pour prévenir au mieux le harcèlement de rue, au pire, se sortir d’une agression sexuelle?

Malheureusement, il va falloir du temps pour mettre en place un système d’éducation non sexiste et les enfants d’aujourd’hui ne sont que les adultes de demain. En attendant, nous avons besoin  d’outils concrets et d’actions utiles. C’est pour cela que ce sont créés un peu partout en France et ailleurs des ateliers d’autodéfense féministes. Il ne s’agit pas seulement de savoir se défendre physiquement mais aussi de savoir quels sont les moyens les plus efficaces pour parfois éviter le pire.

Quelles sont les choses à éviter en cas d’harcèlement de rue ?

Dans les ateliers d’autodéfense féministe, on n’apprend pas que à connaitre les bons gestes, non, on apprend aussi à avoir confiance en soi et à sentir les situations à risque pour éviter le pire. J’ai contacté différentes associations féministes afin de pouvoir vous exposer un début de guide d’autodéfense féministe (qui ne remplace ni ce livre* ni un atelier). Ainsi, Florence Ronveaux qui milite contre le harcèlement de rue et qui donne des cours de self defense au sein de l’association CFVE (aussi appelé Gingers) nous donne quelques conseils.

BBX: En cas d’approche à caractère sexuel, quelles sont donc les stratégies à adopter?

Florence Ronveaux: En cas d’approche à caractère sexuel, une attitude méfiante, voire hostile est la plus efficace. Ne pas sourire ! Adopter une attitude assertive ( tête droite, regard direct, jambe en position d’équilibre …) ni menaçante, ni apeurée. Ce qui marche le mieux et est le moins dangereux, surtout s’ils sont plusieurs, c’est ce qu’on appelle les “interventions paradoxales” : faire ou dire quelque chose de fou qui n’a rien à voir avec la situation : leur demander s’ils savent quel temps il va faire demain, faire une citation sans sens, chanter une chanson, se jeter sur une voiture…( qui avec un peu de chance aura une alarme). Faire un scandale.

C’est aussi difficile de donner des “conseils” car chaque situation est différente, chaque agresseur, chaque contexte… chaque défenderesse a ses ressources propres, ses limites, son style. Crier très fort est impressionnant et disuasif, avec une voix grave. Courir, c’est bien aussi. Parfois se rendre “humaine ” je pourrais être ta fille, ta soeur ” donne bien… Ils cherchent des ” proies” faciles. Sauf certains qui aiment aussi quand ça résiste, mais ce n’est pas en faisant rien qu’on s’en défera non plus…

BBX: On l’a bien vu récemment avec l’agression qui a eu lieu à Lille, plus il y a du monde autour de vous, moins on a la possibilité d’être aidée, chaque personne croyant que son/ sa voisinE va faire quelque chose (ça s’appelle l’effet du témoin, NDLR). Comment faire alors pour solliciter de l’aide d’autrui quand personne ne fait rien?

F. R. : Quand on veut que des gens dans une foule nous aident, il faut leur dire précisément ce qui se passe ( si c’est mon ex qui m’agresse par exemple), de quoi on a besoin, et interpeller une ou deux personnes en particulier, en le décrivant à voix haute : “Vous, monsieur, avec la veste bleue venez m’aider, vous, madame, avec le manteau rouge appelez la police…”. Les autres vont les regarder et c’est plus difficile de ne rien faire ( mais c’est toujours possible). Au moins ils se sentent autorisés et savent mieux ce qu’on attend d’eux. Là aussi se rendre humaine peut aider.

BBX: Enfin, comment expliquer que ces attitudes là marchent plus que d’autres?

F.R.: En fait, c’est à chercher dans la psychologie de l’agresseur. Ces attitudes ont été évaluées au Québec, en Suisse et Allemagne, dans différentes études réalisées avec des survivantes de violences, qui décrivaient ce qu’elles avaient essayé et avec quels résultats. L’agresseur est comme tout le monde, il a peur de se planter et d’avoir mal.

 

En effet, dans le manuel Non c’est non, plusieurs types de stratégies sont proposées : la fuite, l’intervention paradoxale, le scandale et certaines, peu efficaces, sont à éviter :

- Ignorer l’agression (Faire l’autruche).

- Humour (Rira bien qui rira le dernier).

- Argumenter (« Avoue que j’ai raison ! »).

- Se venger, faire la même chose (Œil pour œil, dent pour dent).

- Provocation (« Viens ici que je te montre ! »).

Pour voir le texte en entier, cliquez sur le lien cité plus haut. Ce livre est un guide complet pour avoir toutes les stratégies en tête mais comme dit en introduction, il ne saurait remplacer un cours d’autodéfense. Aussi, chaque situation est différente. Si cet ouvrage peut vous donner un peu plus confiance en vous quand vous êtes dans la rue, c’est déjà ça!

Mais il n’y a pas que ce lien sur la toile. Le projet Crocodiles a publié une BD des dîtes stratégies.

Et enfin, évitons de culpabiliser les personnes qui ont été victimes d’agression. L’agresseur est le coupable, pas la personne agressée. Peu importe l’attitude qu’on a adopté. Une agression ne se justifie JAMAIS. Et parce que la culture du viol, c’est ça aussi : faire passer l’agressée pour la coupable.

J’espère que ces guides d’autodéfense féministes vous permettront de vous sentir plus safe dans la rue et si vous êtes témoin d’une agression, j’espère aussi que vous agirez (un coup de téléphone à la police ne met pas votre vie en danger, surtout lorsque l’agresseur n’a aucune arme sur lui).

Et pour plus d’information sur les cours d’autodéfense féministes, voici une liste non exhaustive: Garance, La trousse à outils, Asso faire face, ASSPA, ASSO brin d’acier, Asso autodéfense et autonomie

Sarah

Illustration de couverture: Getty Images

Illustration n°1: Stop au harcèlement de rue

Illustration n°2: Non c’est non

Illustration n°4: Projet crocodiles

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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3 Comments

  1. Arty says:

    le problème est qu’il faille trouver des “stratégies”

  2. Laetitia says:

    C’est bien ça le problème : créer des ateliers d’autodéfense ou donner “des conseils” pour éviter les agressions ne changera rien. En faisant ça, on accepte de changer notre façon de penser et notre façon d’agir. On “fait avec” le harcèlement de rue.

    Et je ne comprends pas pourquoi on attend quelque chose du gouvernement : pourquoi les citoyennes et citoyens engagés ainsi que les associations ne pourraient pas commencer à parler du harcèlement de rue dans les écoles ? J’ai commencé à l’évoquer dans cet article : http://www.harcelementderue.fr/2014/04/doit-on-se-premunir-contre-le.html

    Il faut lutter contre le harcèlement de rue et contre les harceleurs, pas contre nous-même.

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