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Le phénomène Hayley Kiyoko

Le weekend dernier, Hayley Kiyoko, surnommée la “Jésus lesbienne” par ses fans, était de passage en France pour sa première tournée européenne. Nous avons rencontré la chanteuse américaine d’origine japonaise ouvertement lesbienne lors de son concert parisien. Icône queer et pop messie !

Nous suivons la carrière musicale de Hayley Kiyoko depuis la sortie en 2015 du vidéoclip Girls Like Girls, titre on ne peut plus clair dont le principal sujet est une jeune femme qui “pique” la petite amie d’un autre. Le but de la chanteuse, compositrice, musicienne et réalisatrice était d’écrire sur un sujet rarement (bien) traité : l’homosexualité féminine. Hayley dira plus tard de ce titre et vidéoclip qu’elle a réalisés que c’était une façon détournée de faire son coming out sans se mettre dans la lumière puisqu’elle ne figure pas physiquement dans le clip.

L’industrie musicale étant ce qu’elle est, Hayley avait peur d’être rejetée pour ce qu’elle est. A sa grande surprise, le titre fait décoller sa carrière de chanteuse –commencée en 2008– en cumulant plus de 15 millions de vues en quatre mois. Aujourd’hui bon nombre de jeunes queer se reconnaissent dans ses chansons, entre questionnements et acceptation de soi, une communauté de fans s’est également créée : les “kiyokians”.

Son premier album “Expectations” sorti début 2018 se hisse rapidement dans le top 20 des ventes d’album aux Etats-Unis. Ce succès s’explique par plusieurs tubes auxquels on peut aisément s’identifier en tant que queer : Curious traite de l’ambiguïté de certaines jeunes femmes dans leurs relations avec d’autres femmes à cause de la pression sociale, What I Need (en collaboration avec la chanteuse queer Kehlani) porte sur le coming out, la trahison et la réconciliation, Sleepover relate le fantasme d’une lesbienne sur l’une de ses amies hétérosexuelle…

Hayley Kiyoko réalise elle-même ses clips sous forme de teen movies léchés, elle joint également l’utile à l’agréable en se mettant en scène, flirtant et  embrassant d’autres jeunes femmes. Elle veille à donner de la visibilité aux personnes queers dans ses clips pour que les jeunes queers puissent se projeter et pourquoi pas envisager une carrière musicale à leur tour.

La tournée européenne de Hayley Kiyoko a été vendue à guichets fermés en moins d’une heure pour ses 10 dates. Lors de son concert parisien à l’Elysée Montmartre, nous avons pu voir de (très) jeunes “kiyokians” patienter dès midi dans le froid hivernal pour espérer être au plus près de leur idole le soir venu. Une fois le supplice de l’attente terminé, nous retrouvons dans l’Elysée Montmartre plus d’un millier de “kiyokians” aux drapeaux aux couleurs rainbow ou bi, en transe. Le concert s’ouvre en première partie sur Robinson, chanteuse néo-zélandaise, dont la prestation fait monter la température de plusieurs degrés.

L’arrivée de Hayley Kiyoko vire à l’émeute. La foule, essentiellement féminine, connaît toutes ses chansons par cœur, certain.e.s font des malaises, d’autres lancent leur soutien-gorge sur scène. Au total Hayley recevra 15 soutien-gorges ce soir-là.

Lorsqu’on échange avec Hayley au lendemain de son concert, promo marathon oblige, celle-ci semble fatiguée et dépassée par les événements. Elle revient sur ses débuts où elle chantait devant une dizaine de personnes et vendait elle-même ses produits dérivés. Aujourd’hui elle vit un rêve éveillé, elle qui ne s’attendait pas à avoir autant de succès au-delà des Etats-Unis. On lui demande si une tournée en Asie est prévue, compte tenu de ses origines, mais pour l’instant cela n’est pas à l’ordre du jour. On discute du fait qu’elle est queer et issue de cultures pas forcément queer-friendly, ainsi que de la difficulté de rencontrer d’autres jeunes femmes en étant constamment en tournée, heureusement elle peut compter sur l’appui de ses proches.

Elle est extrêmement reconnaissante du soutien apporté par ses fans. Grâce aux “kiyokians” elle peut être elle-même tout en aidant d’autres personnes à se sentir mieux dans leur peau en étant un role model. Elle prend cela très au sérieux, consciente de l’impact qu’elle peut avoir sur les jeunes à l’heure des réseaux sociaux. Elle milite pour les droits des personnes LGBT+ en participant au projet It Gets Better et en rappelant aux jeunes l’importance d’aller voter lors des élections de mi-mandat prévues le 6 novembre aux Etats-Unis pour prendre son destin en main et contrer les politiques LGBTphobes de Trump. Sur ses produits dérivés, dont un drapeau rainbow, on retrouve le hashtag #20GAYTEEN, jeu de mots entre “2018” et les mots “gay” et “teen” (“ado”), l’idée derrière étant de faire de 2018 l’année où les jeunes queer peuvent enfin vivre au grand jour.

Si vous avez loupé la première tournée européenne de Hayley Kiyoko, elle revient le 18 février 2019 à l’Olympia à Paris.


 

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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One Comment

  1. Amber says:

    Hayley is a Goddess !!!

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