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Représentation des femmes à Hollywood : Sois belle et marche droit

Difficile quand on a avalé la petite pilule rouge du féminisme de ne plus voir la réalité patriarcale qui nous entoure. Difficile de ne pas se sentir agressée dans ses loisirs quand aucun des artistes de l’exposition que vous visitez n’est une femme ou quand le seul personnage féminin du film que vous regardez est une godiche sans cervelle.

De la jouvencelle en détresse à la femme de l’ombre en passant par la vamp fatale, les personnages féminins des gros budgets d’Hollywood font rarement dans la finesse. Sois sexy et tais-toi. C’est un peu ce que conclut l’étude menée par Stacy Smith, Stephanie Galle et Marc Choueiti à partir de 100 blockbusters hollywoodiens. Cette enquête, publiée en 2011, révèle que la tendance à marginaliser et à sexualiser les personnages féminins est plus forte que jamais.

Intitulée “Gender Inequality in Popular film“, l’étude a consisté en l’examen de 4342 personnages “parlants” dans des films sortis en 2009, comme Transformers 2, Harry Potter, Twilight ou Very Bad Trip.

Sur ces 4342 personnages, 33% seulement sont des femmes. Ce qui fait 2,3 hommes par femme.

Mais sur ces 33%, n’allez pas croire que l’on assiste aux défilés des femmes d’états, des aventurières, des capitaines d’industrie ou des agents du FBI. Non, les rôles prévalants de femmes sont ceux de parents (c’est à dire mère) ou de partenaire (c’est à dire femme de). En effet, alors que les hommes ont tendance à être décrit comme célibataire (41,3%) les homologues féminines sont en couple à 66,6% et mère à 50,5%. Le message est clair : une femme sans homme… n’est pas vraiment une femme.

Le film Very Bad Trip, carton au Box-office, est à cet égard évocateur. Les trois personnages féminins sont : une future mariée (la femme de Doug), une compagne jalouse et hystérique (celle de Stu) et une trip-teaseuse mère célibataire. Dans ce film comique, les personnages masculins ne sont pas non plus à l’abri de la caricature, mais ce qui les distingue des personnages féminins, c’est qu’ils ont la liberté d’exister en dehors de leur relation amoureuse, décrite comme nécessairement contraignante, astreignante et vecteur d’humiliation, la liberté de se déplacer (alors que la strip-teaseuse reste bloquée à Vegas à la fin du film), la liberté de faire la fête sans limite, ce qui ne semble pas être le cas de la future mariée, qui reste sagement à la maison entourée de sa famille.

Si les femmes ont davantage tendance à être montrées comme des amantes ou des épouses, elles sont également sujettes à une sexualisation bien plus manifeste que leur homologues masculins. Les chercheurs ont proposés à leur étudiants de décrire l’apparence des 4342 personnages au regard de trois critères : la tenue, la nudité et la beauté physique. Les résultats parlent d’eux mêmes. 25,8% des femmes portent des tenue sexy, contre 4,7% des hommes. 23,6% révèlent des parties de leur corps nu, contre 7,4% des hommes. Enfin, 10,9% sont jugées attrayantes contre 2,5% des hommes.

Le plus troublant concerne sans doute les personnages féminins adolescents. Le professeur Smith affirme que dans la fourchette des 13-39 ans, il n’y a pas de différences significatives dans l’habillement. En gros : les adolescentes de 13 à 20 ans sont (des)habillées de la même façon que les femmes de 30-39 ans. Oui, à 38 ans comme à 13, c’est mini-jupe et culotte snoopy, même régime pour tout le monde.

Megan Fox joue ici une adolescente de 17 ans (Jennifer’s body). Elle en a alors 23.

L’étude montre que 33,8 % des personnages féminins adolescents portent des vêtements sexy et que 28,2% exposent leur nudité (décolleté, ventre ou cuisses). En revanche, seulement 5,3 % des adolescents mâles s’habillent de façon sexy et 11,2 % montrent leur peau nue (la présence de Jacob dans Twilight a sans doute gonflé les pourcentages).

Un autre axe de l’étude concerne les différences d’âges entre les personnages féminins et masculins. Evidemment, vous vous doutez bien que les femmes sont, ô surprise, bien plus jeunes que les hommes. En effet, elles représentent 57% des personnages âgés de 21-39 ans. Et elles ne sont que 24% des 40 à 64 ans. C’est à croire qu’Hollywood n’aime pas les vieilles (non, vraiment?).

Récemment, un article publié sur le site américain Vulture s’amusait à comparer les âges des principaux acteurs hollywoodiens avec ceux de leur partenaires féminines tout au long de leur carrière. Et les résultats sont édifiants. C’est simple, plus l’homme vieillit, plus l’objet de son affection rajeunit.

Même son de cloche pour Tom Cruise, Harrison Ford ou encore Johnny Depp (la suite ici).

De l’autre coté de l’écran, la place des femmes n’est guère plus honorable. Seulement 3,6 % des réalisateurs sont des femmes, 13,5% scénaristes et 21,6% productrices. Mais mettre une femme au commande d’un film suffit-il à rendre les personnages féminins plus visibles? L’étude de Stacy Smith tend à prouver que oui. En impliquant ne serait-ce qu’une personne dans le processus créatif (écriture/réalisation), le pourcentage de femmes présentes dans l’intrigue augmente de façon significative (10% de plus).

Cette année au Festival de Cannes, il n’y a encore qu’une seule femme en compétition. Les filles, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

Lubna

Couv : Transformers 2 et Megan Fox (encore).

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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