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Venez troubler le genre avec Grayson Perry à la Monnaie de Paris!

La Monnaie de Paris expose en ce moment les œuvres de l’artiste Grayson Perry et ÇA FAIT DU BIEN. C’est un peu comme si l’expo Barbie des Arts Décos d’il y a deux ans rencontrait le Freak Show de Jean-Paul Gaultier de cette année, avec un zeste intemporel d’Andy Warhol et d’Alice au Pays des Merveilles. Le résultat est une exposition détonante, colorée, résolument dingue et profondément politique.

Notre père qui est aux cieux : Alan Measles, l’ours en peluche

Grayson Perry est né en 1960 au Royaume-Uni dans une famille ouvrière du comté de l’Essex. Lorsque son père déserte le foyer familial, Grayson, alors âgé de quatre ans, décide de faire de son vieil ours en peluche rapiécé une nouvelle figure paternelle.  Ainsi, Alan Measles – du nom de son meilleur ami d’enfance et de la rougeole qu’il contracta petit – se voit paré de toutes les qualités d’une masculinité idéale et apparait comme figure centrale et marginale dans nombre des œuvres de l’artiste, tour à tour héros de la Résistance, incarnation divine ou astronaute,

On le retrouve dès lors de façon spectaculaire, trônant à l’arrière d’une moto tout droit sortie d’un clip d’Aqua, tel un pape dans sa chapelle mobile, ou encore sous la forme d’une statuette islamique, au détour d’une robe, au coin d’un vase ou comme motif central d’une tapisserie. Car Grayson Perry mélange les supports et les formats, maniant avec une grâce fantasque la céramique, la peinture, le tissage, la sculpture, et j’en passe. Mais si Alan Measles fait rire, il permet aussi un questionnement profond des représentations de genre, questionnement qui parcourt l’œuvre de l’artiste comme une onde de choc.

Queer here, queer there, queer everywhere!

En effet, Grayson Perry lui-même vient troubler le genre : homme hétéro cisgenre, il aime se travestir depuis sa plus tendre enfance. « Être un travesti ne signifie pas faire semblant d’être une femme. Il s’agit de porter les vêtements faisant naître en moi exactement les sentiments que je veux éprouver », peut-on lire en ouverture d’exposition. Grayson devient donc Claire, parfois classique, parfois chic, souvent (très) excentrique. C’est d’ailleurs les robes de Claire qui nous accueillent à l’entrée de l’exposition, celles qu’il a faites mais aussi celles réalisées par ses étudiants à l’Université St. Martins Central de Londres, dont celle qu’il a portée lorsqu’il a reçu le Turner Prize, l’une des plus grandes distinctions artistiques britanniques, en 2003. Chacune d’entre elles apporte un éclairage particulier sur les stéréotypes de genre traditionnellement véhiculés par ce type de vêtements : le tissu délicat, les motifs mignons, les dentelles sages ou au contraire, le latex sensuel et la quincaillerie SM viennent ainsi commenter la féminité en tant que construction sociale.

Men, sit down for your rights!

Car tout le travail de Grayson Perry repose sur la confrontation des injonctions que chacun.e subit de l’enfance à l’âge adulte, l’artiste s’attachant particulièrement à démont(r)er la masculinité toxique. On y retrouve ainsi des figures virilo-viriles de notre époque, telle celle de Donald Trump, Boris Johnson (le leader du parti britannique en faveur du Brexit), mais aussi des anonymes, comme ces ouvriers du Nord de la Grande-Bretagne, étouffant dans une « camisole de force masculine ». Au mur, Grayson Perry a d’ailleurs fait inscrire un manifeste plaidant pour une déconstruction de ces attentes mortifères, intitulé « Hommes, asseyez-vous pour défendre vos droits ! »

« Le droit d’être vulnérable

Le droit d’être faible

Le droit de se tromper

Le droit d’être intuitif

Le droit de ne pas savoir

Le droit de ne pas être sûr

Le droit d’être flexible

Le droit de n’avoir honte

De rien de tout cela. »

Au fil des salles, le cadre de l’artiste s’agrandit pour dépeindre les violences sociales et économiques qui sous-tendent son pays, afin de faire le portrait d’une société, certes haute en couleurs, mais aussi hantée par le consumérisme, la xénophobie, l’individualisme et la vanité.

On ressort de cette exposition ébloui.e par tant de kitsch, le cœur allègre et la tête pleine de réflexions. Après une super expo sur les femmes artistes et leur rapport à l’espace domestique l’année dernière (Women House), la Monnaie de Paris et ses commissaires d’exposition Camille Morineau et Lucia Pesapane sont décidément à suivre…

Exposition Grayson Perry : Vanité, Identité, Sexualité. Du 19.10.2018 au 30.02.2018 au Musée de la Monnaie, 11, quai de Conti, 75006 Paris. 11€ tarif plein, 8€ tarif réduit.

 

Cassandre
Balade sa tignasse hirsute au musée / au ciné / en librairie / en festival / en club, et souhaiterait le don d’ubiquité pour Noël.

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