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Renée Jacobs :« Voir l’érotisme des autres femmes m’a aidé à comprendre et apprécier le mien »

Celle qui se décrit comme une « amoureuse de la nature chantant terriblement mal et qui vit constamment un karaoké imaginaire » est désormais photographe consacrée. Les photographies érotiques de Renée Jacobs lui ont valu le prestigieux prix international de la Photographie en Beaux-arts nu, et son chemin artistique n’est pas prêt de s’arrêter.

L’artiste n’a pas toujours photographié de modèles féminins. D’abord avocate en droit civil et constitutionnel, puis photographe journaliste, l’envie de capturer des images de femmes dans la ville lumière ne lui est venue que bien plus tard. Auparavant elle « haïssait les nu.e.s et les paysages » et pensait que « toutes les photos de nues objectivaient les femmes et que tous les paysages étaient ennuyeux ». Atypique, drôle et sympathique, on l’imagine mal autrement que libre dans son expression artistique. Renée a commencé au lycée, en allant en train à Philadelphie pour apprendre les bases du développement photo et de la réalisation de films. Elle emploie maintenant le digital, mais garde une affection particulière pour une caméra 4×5 qui a été reconvertie en polaroïde, et elle d’ajouter : « si quelqu’un.e a des pellicules pour celle-ci, c’est rare à trouver et je suis preneuse » ! A l’intersection des genres artistiques, ses inspirations sont tout autant picturales que littéraires ou musicales. Elle travaille actuellement sur un fond sonore « mélangeant de la trance et de la folk des années 60 ».

De son nouveau livre sur des modèles parisiennes – « un livre sur Paris, sur la pas-sion, sur le plaisir » – à sa gallerie nommée « Amoureux », en passant par son prénom francophone, son attachement pour la ville m’a intriguée. « Maintenant que j’habite dans le sud de la France, je me pose fréquemment la question […] j’adore vraiment Paris, et apprécie particulièrement le jardin du Luxembourg. C’est très difficile d’y prendre des photos mais c’est mon spot rêvé » répond-t-elle, avant de poursuivre sur la spécificité des Françaises : « les femmes que je photographie en France ne sont généralement pas des modèles professionnels. Certaines ont la fibre artistique et d’autres non, mais elles ont toujours une incroyable sensualité, et ne se pensaient pas un jour devant un objectif. Au contraire des Etats-Unis, où j’ai plus photographié de mannequins, ou de femmes qui se considèrent professionnelles ou semi-professionnelles ». S’il s’agit de choisir une décennie pendant laquelle elle aurait aimé vivre à Paris, Renée opte pour les années 20 pour « la force pure des artistes, et particulièrement des femmes : Djuna Barnes, Gertrude Stein, Romaine Brooks ». Parmi ses inspirations, elle cite les photographes de la vieille école – Henri Cartier-Bresson, Lartigue – comme ceux qui ont donné vie à la capitale.

Sur la relation particulière entretenue avec ses modèles, qu’elle apprend à connaître au-delà de la performance artistique, la photographe a ces mots « c’est inhabituelle que je ne sois pas transcendée par ces rencontres. Ces femmes m’offrent leur confiance, leur intimité et leur expression artistique, comment ne pourrais-je pas être touchée ? J’en suis toujours très honorée ». Elle le répète, dans ses écrits introductifs et durant l’interview : c’est un travail avec le.s modèle.s, un partenariat. Celle qui voudrait photographier Isabelle Adjani, Monica Bellucci, Romy Schneider ou encore Jane Birkin prête sa voix au Poète John Wood dans l’introduction du livre Le Paris de Renée Jacobs. « L’art érotique, comme tout autre art visuel, est réussi uniquement s’il incite encore et encore à observer, à s’interroger, à le reconsidérer. […] Contrairement à la pornographie, qui peut perdre sa charge érotique après un certain nombre de visionnages et nécessite de nouvelles sources, l’Art vrai […] reste esthétiquement irrésistible et sexuellement stimulant. ». Selon les mots de la photographe, « l’érotisme est un mot si chargé. Pour moi, c’est comme la lumière aveuglante une journée d’été. Vous ne pouvez absolument pas le voir ou l’expliquer. C’est l’essence de qui nous sommes – tous nos sens, notre intelligence, nos émotions dans un tout impossible à définir. Le fait que tant de femmes m’aient aidé à voir leur érotisme m’a aidé à comprendre et apprécier le mien. Pour moi, la chose la plus érotique visuellement dans le monde est de voir des longs cheveux souffler dans le vent. Mais c’est juste la partie visible de l’iceberg bien sûr. »

Souvent victime de censure sur les réseaux sociaux, Renée réagit d’abord en tant qu’avocate de formation : « Facebook a absolument le droit de poser ses propres Terms and conditions, bien sûr que je déteste cela en tant qu’artiste, esprit libre, mais je ne peux que l’admettre ». Cependant, elle critique l’hypocrisie de l’attaque contre la censure puisque « les gens tâclent la censure, mais ne vont pas en gallerie, et n’achètent pas les livres d’art. Ce n’est pas possible d’avoir les deux, les photographies se doivent d’être vues ‘en vrai’ ! Ce qui n’est qu’en ligne est réducteur ».

Des projets pour 2017-2018 ? Renée Jacobs en regorge… Entre le lancement de son atelier photo, la Maison des Rêves, l’entretien de son site www.reneejacobs.com sur lequel il est possible de retrouver ses travaux, et la rénovation de sa maison à Montpellier, celle-ci trouve tout le même le temps de nous proposer de venir la voir chez elle, pour un shooting en featuring avec des lectrices de BBX !

Merci à Marine pour la mise en contact. Et bien évidemment, merci à Renée, pour sa spontanéité et sa disponibilité.

 

Helene LC

Hélène aime parler politique et philosophie, mais s’autorise des déviations artistiques, parce que ne pas faire la critique du nouveau film de Kristen Stewart, c’est quand même dommage. Quota gamine de BBX.

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