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Diane : “Pour moi, la musique n’a pas de sexe”

Pour Diane, faire ce qui lui plaît, c’est sa façon à elle d’être un individu à part entière dans notre société française de 2017. Pas une femme, non, un individu qui ne souhaite pas sexualiser son Art. C’est un peu pour ça qu’on a invité la jeune lyonnaise à jouer à notre Wet For Me spéciale Hors les murs, pour le côté visionnaire et libératoire de sa musique, pour son univers à la fois indus et mélodique, pour le cosmos dans lequel elle a prévu de tous nous envoyer. C’est vendredi soir au Transbordeur, mais c’est là tout de suite pour tes yeux, pour te faire patienter. Rencontre.

Ta réaction quand on t’a invitée à la Wet ?

J’ai été honorée. J’aime beaucoup mixer pour les soirées Queer et LGBT. Je trouve que les gens y sont plus authentiques. Ils se déshinibent et se libèrent beaucoup plus. C’est vraiment la fête. La Transe !

Ça représente quoi pour toi de jouer pour une soirée féministe comme la Wet ?

C’est important que tout le monde s’exprime et aie sa place dans le milieu de la musique électronique. Peu importe son genre, sa particularité, sa provenance sociale. Aujourd’hui je constate qu’on se focalise beaucoup sur la personne qui fait la musique et pas assez sur le rendu en lui- même. C’est vrai qu’il y a encore trop peu de femmes sur la scène électronique, mais faut- il en faire nécessairement objet de polémique ? Pour moi le plus important est l’interaction de l’artiste avec son public. Je me focalise sur les émotions et la communication avec les personnes présentes aux soirées.

T’en as pas marre qu’on te demande ce que c’est qu’être une femme dans l’industrie de la musique en 2017 ?

Avant d’être une femme je suis un être humain, et je ne sexualise pas l’art. A mon sens le plus important c’est la sensibilité et la singularité de chaque personne. Chaque personne a un potentiel et devrait pouvoir l’exprimer comme il le souhaite ; que ce soit un dj femme ou dj homme, chacun à son univers à nous faire partager. Pour moi, la musique n’a pas de sexe. Dans ma vision personnelle, la musique est un médiateur universel qui relie les personnes et je trouve dommage que l’on puisse la réduire à une catégorie de personne ou catégorie sociale.

Mais du coup c’est quoi “être une femme dans l’industrie de la musique en 2017″, pour toi ?

Faire ce qui me plait. Et c’est ce qui compte le plus pour moi.

Et ça veut dire quelque chose, d’ailleurs, pour toi, être une femme ?

J’ai juste un organe différent de celui de l’homme, organe merveilleux d’ailleurs…

Tu as l’impression que les choses ont changé pour les artistes femmes dans l’industrie musicale récemment ?

Oui, effectivement. Actuellement, je constate qu’il y a davantage de femmes qu’avant. Continuons ainsi. Chacune à sa personnalité et aborde ce milieu à sa manière. Les femmes dj imposent chacune leur style. Certaines jouent plus sur la mode et le physique, d’autres se concentrent à fond sur la recherche musicale et ça peut être les deux à la fois d’ailleurs !

Le public choisit ce qu’il aime de chacune d’entre elles. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on doit être écartée mais ce n’est pas pour autant qu’on doit bénéficier d’un traitement de faveur. La femme est avant tout un individu.

Ton style musical il est venu comment à toi ?

Je suis née dans un milieu artistique. Dès ma naissance j’ai été face à de la musique de tous styles, à longueur de journée, mais essentiellement de la musique classique. J’ai été au conservatoire pendant 7 ans où j’ai fait du violoncelle. Mais j’ai très vite été attirée par la musique électronique. Simple curiosité d’abord, puis passion ensuite (j’adore danser et je trouve que la musique électronique a ce côté abstrait et répétitif qui donne envie de s’exprimer par des mouvements et de rentrer dans une transe). Je découvrais en même temps le métal, le rock et Marilyn Manson. J’ai fait partie d’un groupe de rock où j’étais guitare basse.

Ensuite avec mes amis nous allions chiner des vinyles de l’époque : Laurent Garnier, Daft Punk, Saint Germain, la French Touch, …. En âge de sortir, j’allais au DV1, mon refuge. Là-bas j’ai commencé à découvrir la techno de Détroit (Juan Atkins,… ), le style synthé-pop (Legowelt…) , la house, et la new wave en même temps car j’aimais traîner au SONIC.

Tu le définis comment d’ailleurs ton style musical ?

Mes sets reflètent ma culture musicale, je les définirais comme… hybrides : j’aime mélanger tous les styles en créant un univers à ma façon. Mais pour moi j’aime quand ça reste intense et fort. D’où mon penchant pour la techno. Mais j’aime aussi y ajouter quelques touches de kitch avec l’italo-disco ou même des collages post – punk pour le côté industriel et raw rock qu’on appelle EBM aujourd’hui.

Tout ceci à donné naissance à mon concept des soirées CYTOCHROME que je développe au Terminal ou je suis résidente. Et plus tard mon EP, Azimut.

C’est qui, la ou les femmes-icônes, qui ont pu t’inspirer tout au long de ta vie ?

- Audrey Hepburn pour l’élégance

- Jean Seberg pour le côté romantique et trash

- Angelina Jolie pour sa vaillance, et sa beauté… puis toutes les autres…

Tu te sens engagée ?

Je suis avant tout engagée musicalement. Je prône l’Art, et une communication intersexe.

La chose qui te fait le plus peur dans la société française actuelle ?

J’aime la France, et le but, je pense aujourd’hui, est d’y effacer les peurs, quelles qu’elles soient. On ne peut pas avoir une société libre avec des peurs. Ce qui me fait peur, c’est quand on a peur. La musique est à la fois un refuge et une arme.

La chose que tu aimes le plus dans cette même société ?

Les aides sociales, les soutiens financiers à l’art.

Tu la vois comment l’industrie musicale dans 50 ans ?

Plus mixte, avec moins d’idées reçues et de barrières. Et peut être un revival dans le rapprochement de la nature et de l’humain basé sur une technologie dominée par l’artiste… des concert dans la nature, avec des plantes, des échos du vent… etc.

 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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