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L’homosexualité discrète de Tove Jansson, créatrice des célèbres Moumines

Connaissez-vous Tove Jansson ? Cette artiste et pacifiste finlandaise, qui vécut de 1914 à 2001, fut notamment célèbre pour ses bandes dessinées des “Moumines”, une famille de petits trolls bienheureux qui accompagna l’enfance de nombreux enfants de Finlande et d’ailleurs. Mais la relation de Tove avec Tuulikki Pietilä, qui fut sa partenaire sur de nombreux projets et travaux, mais aussi dans sa vie personnelle, est souvent restée dans l’ombre.

Issue d’une famille d’artistes progressistes, Tove s’initie très tôt au dessin et à la peinture. Au début de sa carrière, en 1938, la jeune finlandaise s’engage dans le croquis politique et à l’art de la satire en s’associant au magazine anti-fasciste Garn. La Finlande est alors plongée dans la seconde guerre mondiale, et les atrocités commises marqueront à jamais l’imaginaire de l’artiste.

En 1945, dans un style radicalement différent de ses dessins satiriques, Tove commence à dessiner une famille de gentils trolls, les Moumines. Ces derniers, menacés par une dangereuse comète, sont forcés de quitter leur paisible vallée (vous avez compris la métaphore). Inspirés de son enfance heureuse et de sa famille, les Moumines font écho à de nombreuses réalité de la vie de Tove, à commencer par les personnages de Zotte et Zézette, deux petites filles qui se promènent en se tenant par la main et en portant une énorme valise. Cette valise, contient un précieux secret, une pierre précieuse magnifique qu’elles doivent cacher au risque de se la faire voler.

Ce secret bien gardé, c’est évidemment l’homosexualité de Tove. Sa vie personnelle est en effet peu connue, au point où plusieurs articles évoquent « son » compagnon pour parler de sa partenaire Tuulikki Pietilä. Tuulikki était une artiste, dont l’œuvre eut une forte influence dans les arts graphiques finnois. Elle fut professeure à l’Academy of Fine Arts d’Helsinki pendant de nombreuses années. Surnommée Tooti, Tuulikki inspira à Tove le personnage récurrent de Too-Ticky, un ami de la famille des Moumines.

La nièce de Tove et héritière de la firme, Sophia, raconte en 2010 au Guardian que face à ses interrogations sur la vie commune de Tove et Tooti , on ne lui a jamais répondu directement, que le mot de « lesbienne » ne fut jamais employé. De la pudeur, mais aussi de la prudence, dans une Finlande où l’homosexualité était illégale jusqu’en 1971 et considérée comme une maladie mentale jusqu’en 1981.

Tove et Tooti découvrirent dans les années 60 la petite île de Klovharu dans le Golfe de Finlande. Elles y installèrent leur maison de vacances et y passèrent près de trente étés, à apprécier la vie naturelle dans ce cadre totalement sauvage. Elles publièrent ensemble  Notes d’une île, un ouvrage avec les textes de Tove et les dessins de Tooti, et plusieurs documentaires furent tirés des images que Tooti tourna durant leurs étés isolés.

Une vie heureuse, dans une vallée paisible en somme.

Tuulikki Pietilä, Tove Jansson et Signe Hammarsten-Jansson en 1958

Jude

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5 Comments

  1. Li-An says:

    Voilà une information intéressante. Évidemment, comme on n’a aucun témoignage direct d’une quelconque relation autre que platonique, c’est difficile de conclure mais ça apporte quand même un éclairage sur l’univers des Moumines.

  2. Liliane says:

    Tove Jansson était plutôt bi que lesbienne… C’est dommage d’effacer encore une fois la bisexualité d’une personnalité. Voici un article en norvégien affirmant qu’elle a été dans des relations avec des hommes et des femmes, même si sa relation la plus longue et la plus importante était effectivement avec une femme. https://www.gaysir.no/artikkel.cfm?CID=14069
    J’ai trouvé l’article en 5 minutes sur google en plus…
    Vu que Tove Jansson n’est plus là pour nous en dire plus, je crois qu’il aurait été plus prudent d’écrire qu’elle aimait les femmes, et ne pas la nommer directement lesbienne.

  3. Plume says:

    Il est tout de même difficile de symétriser dans un monde où l’hétérosocialité est lourdement majoritaire et imposée. Un grand nombre de personnes qui se définissent comme lesbiennes ont été en relation avec des hommes. Si ça équivaut à une b-socialité délibérée, c’est une question. Et il est bon de rappeler qu’il ne s’agit pas que de sexualité (encore une norme relationnelle imposée-valorisée), mais aussi et peut-être surtout de socialité. Être lesbienne, c’est d’abord choisir la socialité des femmes.

  4. Liliane says:

    Le fait est que les sources les plus fiables (je parle d’interviews avec sa nièce par exemple) concernant la sexualité de Tove Jansson la définissent comme une personne sans labels, et de ce que j’ai lu ses relations ne semblaient pas vraiment être des choix dûs à la pression sociale mais bien des choix en rapport direct avec sa sexualité et ses goûts personnels. Je veux bien qu’on ne l’appelle pas bi, mais la qualifier de lesbienne, parler de son homosexualité, c’est s’avancer sur quelque chose qu’on ne sait pas et le qualifier en plus de réalité. Au lieu de se dire “bon, on ne peut pas savoir, c’est une femme qui aime les femmes, une bi ou peut être même lesbienne”, vous êtes en train de partir dans des théories qui la dépeignent en lesbienne qui s’est réalisée avec le temps alors qu’on ne connaît rien à sa vie privée, tout ça pour FORCER le terme lesbienne sur sa personne… C’est limite biphobique. Aussi, “choisir la socialité des femmes” n’influe en rien sur la sexualité d’une personne. On peut être bi et faire ce choix là.

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