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Le fist, une pratique courante ? Sept filles témoignent

On croit souvent et peut-être à tort que le fist est une pratique trop extrême pour la sexualité “de tous les jours”. Particulièrement répandue dans le porno lesbien et queer, on a du mal à la concevoir comme une pratique courante.  Il me semblait donc légitime de demander à nos lectrices si elles le pratiquaient. Témoignages.

Des dispositions psychologiques ou purement physiques ? C’est sans doute un état général qui permet de recevoir dans son vagin un poing entier. Mais concrètement, qu’est-ce que le fist ? Pourquoi le fist ? Et surtout, qu’est-ce que ça fait ? Sept filles racontent :

Ismène : « La première fois que j’ai inséré ma main, enfin, mon poignet – pour ne pas dire mon bras – dans la fille avec qui j’étais, j’avais 19 ans. Pour moi, le fist s’apparentait plus au fait d’accoucher un veau que de donner du plaisir à ma “partenaire” et j’étais résolument décidée à ne jamais accomplir un acte sexuel qui me procurait à première vue plus de dégoût que de plaisir. MAIS. Dans le feu de l’action, surtout avec les petits yeux implorants de la nana dont j’étais raide (ainsi que les deux bouteilles de blancs que j’avais ingurgité), je me suis dit : “pourquoi pas ?”. J’en garde un souvenir assez précis et plutôt comique. Ladite fille qui m’expliquait dans le feu de l’action comment m’y prendre en comparant la chose à un super-héro Marvel doté de griffes assez puissantes : “une fois que t’es dedans, fais comme lui !”. Inutile de dire que de mon côté j’avais plus envie de textoter la punchline à une de mes potes plutôt que de me concentrer sur mon jeu de paume… Heureusement, je ne suis pas si buffle que ça et je me suis attelée à la tâche les sourcils froncés de concentration. Personnellement, je n’ai pas spécialement pris mon pied, un peu seulement en voyant cette fille gémir de plus en plus mais c’était tout. Pas de révélation sexuelle miracle, pas d’orgasme réciproque mais juste une expérience mouillée et, disons, enrichissante. Dans le futur, je ne me vois pas expressément pousser la fille que je fréquente à se faire fister vaginalement. Je ne suis pas ressortie dégoûtée de cette expérience seulement, aujourd’hui, ce n’est pas une activité que j’aimerais reproduire dans mon intimité. Bon, après, si ma “meuf” souhaite ramasser mon petit poignet avec ou sans gants Mappa, ok. Je sais donner de ma personne sans y être forcée non plus… »

Laura : « Je n’ai jamais pratiqué le fist sur une fille parce que je n’aimerais pas ça. Quand je doigte une fille je ne vais pas forcément en profondeur, je préfère “jouer” et contempler et observer les réactions de l’autre… Avec le fist on ne voit rien ! Pourtant, et aussi étonnant que ça puisse paraitre, j’adore qu’on me le fasse, mais pas de façon prémédité. Ce qui est vraiment excitant c’est de ne pas voir tout ce qui se passe et du coup ne pas comprendre, laisser aller les sensations… Il y a aussi un peu de honte je crois, mais une honte coquine. Et donc voilà t’es là, ton/ta partenaire s’affaire à te caresser et te tripoter tout en te regardant intensément dans les yeux et puis ça avance petit à petit, je n’ai pas forcément besoin de lubrifiant si je suis bien excitée. Ce qui ma plait c’est le doute et l’inconscience de ce que les mains font : où en est-on ? Qu’est ce qui est déjà rentré ? Quoi déjà mais non? Mais oui ! J’aime aussi l’aspect “partage” de cette partique. Ce n’est pas juste le pénétrant qui profite du voyage. T’as l’impression d’être en expédition, tu te sens vraiment complice et très proche. Je trouve qu’ au niveau des sensations, c’est vraiment charnel… J’atteins rarement l’orgasme dit “vaginal” et me pénétrer moi-même ne me provoque presque aucune sensation ! Lorsque “je pratique le fist” tout mon corps est en apesanteur, j’ai chaud, c’est un peu comme si je rougissais de tout mon être. Je m’oublie, c’est l’intensité qui me submerge…Et ensuite quand je ne veux plus, je retire doucement la main de ma partenaire et je suffoque… Et là, à ce moment tu as juste envie de te fondre avec l’autre alors tu fais un gros câlin très fort et tu te sens reprendre le contrôle en douceur et c’est magique. »

Sophie : « Je ne sais pas si je dois dire que je pratique ou que j’ai pratiqué. Je pratiquerai sans doute encore. Enfin, le fist est quelque chose pour moi d’exceptionnel, dans tous les sens du terme. C’est une sensation et une émotion très forte, J’ai été vraiment très étonnée que l’on puisse jouir autant de cette manière, mais cela ne reste pas facile à gérer, tant émotionnellement, physiquement que psychologiquement. J’éprouve une double sensation attirance/crainte chaque fois que j’y pense, bien que j’y ai vraiment pris du plaisir. Cela me demande un travail sur moi, ça ne va pas de soi. Un travail de lâcher prise et de confiance exceptionnelle. »

crédit : We Are The Rhoads / color LA

Sonia : « J’ai été initiée au fist très tôt, lors de mon troisième rapport sexuel… C’est venu sans discussion préalable, mais par “tâtonnement” si je puis dire ainsi. J’étais inexpérimentée, mais pas mon partenaire (à l’époque il s’agissait d’un homme, plus âgé que moi). La première fois a été assez douloureuse, mais en même temps j’ai tout de suite aimé cette sensation de possession, que je trouvais extrême à l’époque. Jeune, j’étais une “peine à jouir”, et cette pratique était une des seules qui me permette de parvenir à l’orgasme. D’ailleurs, avec le temps et l’expérience, je me suis découverte sexuellement, mais le fist reste toujours la pratique qui me procure la jouissance la plus violente et la plus physique. C’est la raison pour laquelle j’ai systématiquement pratiqué le fist depuis avec tous mes partenaires, hommes ou femmes. C’est d’ailleurs via le fist que je me suis découverte fontaine. Pendant des années j’ai été uniquement receveuse, jusqu’au jour où j’ai été avec des femmes. En tant que receveuse, je connais la puissance de cette pratique, et j’ai toujours été très attentive aux réactions des femmes avec qui je donnais. Je trouve qu’il n’y a pas de pratique plus puissante que celle-ci dans la possession de l’autre, tant en tant que donneuse que receveuse. »

crédit : Camilla Storgaard

Carine : « J’ai un corps super grand et super large, forcément, mon vagin est proportionnel à ce corps, je peux y entrer des objets assez volumineux. La première fois que j’ai pratiqué, c’était l’année dernière, je découvrais le SM avec mon ex, et les sensations un peu extrêmes m’ont immédiatement plu. Ça s’est fait hyper naturellement, on faisait l’amour, j’avais envie de plus, d’avoir la sensation d’être entièrement remplie, et je lui ai demandé de mettre toute la main, elle y est parvenue sans mal. Les sensations étaient incomparables à ce que j’avais connu jusque-là, je crois que c’est une des choses qui me fait ressentir le plus d’émotions au monde. Je suis uniquement receveuse, déjà parce qu’il faut être capable d’encaisser physiquement et ensuite parce que je suis (malgré moi) souvent attirée par des filles qui n’aiment pas la pénétration. J’ai remarqué que je pratique le fist par périodes, parfois je n’ai envie que de ça, je suis dans des phases d’hyper activité sexuelle et “le seul moyen de me calmer” c’est de me faire fister et parfois je le délaisse pendant un certain temps. Même si c’est pratiqué en douceur, c’est quand même assez extrême, et il m’est impossible de faire ça tous les jours. Ce que j’apprécie particulièrement dans cette pratique, est le fait qu’elle a quelque de chose d’hyper intime à mes yeux, beaucoup plus qu’une fellation je trouve. Pour moi, accepter de laisser ma copine me faire ça c’est admettre de manière induite que je lui fais totalement confiance, ça nécessite de la douceur, d’être attentif à l’autre, de bien gérer une éventuelle douleur. Puis avouer un tel désir à l’autre, ce n’est pas toujours évident. Après, n’ayant pas essayé des milliards de choses dans le sexe, je ne peux pas établir de grandes comparaisons, mais cette pratique est une de mes préférées. »

Sarah : « J’ai commencé il y a peu, avec une fille qui n’était pas safe (ça, je m’en suis rendue compte après malheureusement) elle voulait absolument me fister mais elle ne prenait pas assez le temps du coup elle forçait un peu… Je l’ai refait ensuite avec une autre fille très bienveillante et c’était fabuleux ! Il faut absolument que la receveuse soit détendue, consentante (oui ça paraît évident, mais bon mieux vaut le rappeler) et qu’elle ait confiance en sa/son partenaire. Ne surtout pas oublier de mettre du lubrifiant en abondance pour éviter les blessures éventuelles et y aller doucement, ne surtout pas forcer la pénétration vaginale. Sinon c’est une sensation de dingue, un de mes plus gros orgasmes très puissant. Je crois aussi que ce n’est pas fait pour toutes les morphologies, une femme/mec trans pas trop large vaginalement parlant ne pourra pas le pratiquer. En tant que donneuse c’est également une sensation de foufou, un truc super intime, une relation profonde (c’est le cas de le dire) et très intense. Je peux jouir rien qu’en fistant ou pénétrant simplement une fille tellement c’est bon (si la fille/mec trans aime ça) J’aime vraiment beaucoup la pénétration du coup je me suis toujours demandée ce que ça faisait, quand c’est pratiqué avec bienveillance et de manière safe. Par contre gros point négatif, nous nous sommes jamais protégées. On a essayé d’utiliser des gants avec une pénétration mais ça nous a fait débander direct, on s’est bien lavé les mains avant et on mis beaucoup de lubrifiant. Si tu en as l’envie et que ta partenaire aussi je te le conseille c’est un moment très intense ! Prenez votre temps surtout allez y doigt par doigt doucement jusqu’à arriver au poignet sans même que vous ne vous rendiez compte.

Marion : « Je me souviens d’une fois mémorable où j’étais avec une fille très libérée sexuellement (comme moi) et nous l’avons fait devant un miroir, en plein jour. C’était moi qui “recevais”, et c’était fabuleux. Un mix entre la découverte de soi-même (l’observation devant un miroir) et le voyeurisme. Et l’impression d’être parfaitement à l’aise avec mon corps et son apparence. Dans une acceptation totale. Au niveau des sensations, je dirais que le fist donne l’impression de dépasser un peu les limites de ce dont mon corps est capable (tout en restant dans le plaisir, je veux dire, sinon l’accouchement dépasse bien ces limites-là ) Et au niveau psychologique, ça me fait penser au fait que quand je suis très amoureuse et que je fais l’amour, ça se rapproche de cette idée d’engloutir l’autre entièrement, de ne faire qu’une. C’est une envie qui me vient souvent quand je suis amoureuse justement. »

 

Et vous, vous avez pratiqué le fist ?

Photo de couv : Dwam <3

 

 

 

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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3 Comments

  1. Reinedefeu says:

    Pour la pratique courante il faudra repasser, ou alors je sous-estime la majorité de lesbiennes dont le monde est peuplé…

  2. yigalev94 says:

    Interressant juste super dommage que cette pratique ne s’étende pas plus aux heteros avec l imperatif de commencer femme donneuse afin de retablire un peu l equité homme/femme et vu le diametre de la main masculine..

  3. Nach' says:

    Wow merci des témoignages! Depuis que j’ai découvert le fist, j’ai découvert un nouvel orgasme. Je me sens entièrement possédée et en connexion intense avec ma partenaire! Je conseille cette pratique a touTEs celleux que sa tente, la peur fait partie du plaisir, et la délivrance est absolue!

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