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Portrait : Flozif et ses “sex parties” lesbiennes

Depuis 6 ans, Flozif organise l’unique sexparty pour lesbiennes, bies et trans de Paris : la Playnight. Cette soirée safe “qui ouvre à des pratiques nouvelles et peu courantes dans le respect mutuel” entend faire bouger les codes des sexualités. Aujourd’hui, elle nous parle de son nouvel atelier de cordes et bondage ainsi que de l’évolution de la Playnight. Interview.

BBX : Depuis six ans que tu organises la Playnight, as-tu constaté une évolution des comportements ?

Flo: Au début, les personnes présentes étaient curieuses et testaient vraiment la soirée ! Elles étaient un peu des “pionnières” et on découvrait toutEs ensemble. C’était comme un test et on s’adaptait à chaque soirée. C’était vraiment des personnes qui nous faisaient confiance et qui était contentes de venir faire les  premiers pas avec nous et nous soutenir! On avait toutEs conscience que c’était nouveau, que ça n’avait jamais existé à Paris ! Ensuite, au fur et à mesure et depuis le Next – car avant nous étions au Banque Club qui a fermé – notre notoriété a grandi et le bouche à oreille faisant, le public s’est élargi et s’est très diversifié. Les personnes sont curieuses, ouvertes. Bien sûr, beaucoup sont encore un peu farouches, ou n’osent franchir la porte mais ça va mieux quand elles sont en groupe, avec des amies ; et aussi avec les performances et un dance floor avec DJ. En même temps, nous restons très vigilantEs car nous souhaitons garder l’esprit de la PlayNight et nous tenons à ce que chacunE comprenne que c’est un espace autour des sexualités ouvertes et pas une simple fête à la mode ! Il y a une forme d’expérimentation à être là, un jeu avec les corps. Je dirais donc qu’au début les personnes venaient avec une réelle curiosité et une vraie volonté de construire un espace avec nous, désormais c’est un lieu plus ouvert et connu. Les filles et trans viennent quand même parce que ce genre de fête est unique et que nous avons un concept osé qui les touche.

Crois-tu que les lesbiennes et bies sont plus “ouvertes” à ce type de soirées qu’avant ?

Oui c’est certain! On a fait du bon boulot ! J’ai fait un constat assez drôle lié au changement de mentalité : dans les années 2000 toutes les jeunes branchéEs voulaient être DJ pour être IN, maintenant c’est  Porn Star! En fait, avec les festivals de films, le web, les pornos queer, les photos d’artistes, les performances… Les diverses pratiques sont plus exposées et décomplexées, plus accessibles. Les filles et trans sont plus prêtes à vivre des sexualités ouvertes, les images existent et alimentent les fantasmes, l’univers est plus vaste. Les nouvelles venues se sont détachées des critiques. Il y a tout un courant de féministes pro sexe, post porn, qui militent et se mettent en scène sans complexe  en déjouant les codes de genre et des plaisirs. Nos soirées sont devenues un lieu ouvert qui permet enfin de concrétiser les désirs, d’essayer de se lâcher. Beaucoup nous demandent même de faire la soirée plus souvent.

Quels types de critiques as-tu reçu sur la Playnight pendant ces six années?

Les critiques viennent surtout de personnes qui ont des préjugés et qui ne sont jamais venues! Ce sont les mêmes idées que pour le porno en fait, les vieux discours qui n’ont pas évolué. Le bdsm ou les sexualités en groupe sont vus comme un espace qui reproduit des valeurs de “domination”. Pour moi, il y a une différence énorme entre le consentement et le non-consentement. Les personnes qui viennent à la PlayNight sont toutes d’accord et franchissent le pas de la porte en toute liberté. C’est leurs plaisirs, dans un lieu où tout le monde se respecte dans ses différences. Ou parfois les critiques soutiennent que l’on véhicule une image trop alternative qui ne correspond pas à la réalité et souhaiteraient que l’on soit plus dans la norme du “couple”, que ce genre d’espace va à l’encontre de l’amour!! Bref toutes ces idées éculées qui sont dans le jugement et non la diversité. Aussi parfois la quasi non-mixité n’est pas comprise alors que nous cherchons à préserver un espace “safe”. Bon en fait ce n’est pas très grave et majoritairement la soirée est bien acceptée!

La Playnight que tu organise pour les six ans sera la première d’une nouvelle série, plus “spécialisée”?

En effet j’aimerais diversifier les soirées ! Garder la PlayNight avec son côté sex et festif et mettre en place un second rendez-vous plus “spécialisé” pour les personnes qui pratiquent le bdsm et qu’on appelle Kinsters (et qui se retrouvent souvent sur Fetlife) ! J’ai envie d’organiser ces soirées basées sur jeux et bdsm. Il y aurait des ateliers au début. Et les personnes pourraient se donner des rendez-vous, ou créer des thèmes à plusieurs comme par exemple une séance top/bottom en groupe, proposer des services dans des “coins kinky” : cirer des pompes (un grand fétichisme!), faire un bondage, un massage  ou encore mettre en place des combats comme le “wrestling”…Et en plus chacunE pourrait proposer ses idées à l’avance et on ferait des mini-workshops interactifs (fouets, spanking, knife play, respiration, aiguilles…)…. Ce serait pour celles/ceux qui sont plus dans ce genre de pratiques et dans un rituel bdsm. Ou pour découvrir. Encore une fois ça n’existe pas à Paris alors je me lance ! A suivre!

Peux-tu nous parler des ateliers de shibari que tu commences à mettre en place ? As-tu déjà les prochaines dates?

Je fais du bondage/shibari et je suis passionnée par les cordes depuis bientôt 5 ans. Je suis attacheuse et je suis parfois modèle pour des performances  ou pour des photos. Au fur et à mesure, j’ai mis en place des ateliers pour les GrrrlZ et trans car beaucoup voulaient pratiquer et apprendre mais ne se reconnaissaient pas dans les cours plus mixtes. J’ai donc monté des ateliers au Point Ephémère à Paris, à la Queer Week, aux UEEH et il y a aussi un rdv régulier le jeudi à la Place des Cordes, une sorte de Jam ouvertes aux queers mais sans cours cette fois. J’ai aussi fait des ateliers de cordes et massage l’année dernière.

Le prochain rendez-vous Shibari pour débutantEs aura lieu le 2 juin de 19h à 22h au Studio danse du Point Ephemere. Je mélange la technique et le rapport ludique au cordes et aux corps, avec tout un travail de connexion avec les partenaires, de mouvements dans l’espace. ChacunE progresse à son rythme.

Quel est ton avis sur le milieu queer, lesbien et féministe de Paris ?

Je trouve le milieu queer de Paris assez “jugeant” et “méprisant” envers les initiatives des autres. Chacun défend son petit espace et la solidarité semble disparaitre. C’est assez violent même parfois. J’appelle ça la Queer Police! De mon point de vue, si tu mets en place des énergies positives d’ouverture et de respects mutuels, tout est possible et tout peut cohabiter. Je ne crois pas en “un milieu”, je crois en “des milieux” et c’est sans doute le manque de tolérance qui cloche en ce moment car chacun pense convertir l’autre à sa cause ou être le/la meilleure. C’est pour moi juste la reproduction d’une forme de jugement. Plus je me libère des pensées liées aux remarques négatives des autres, plus je me sens forte. Défaire les codes. Elargir les possibles. En ce qui concerne le féminisme, des groupes sont très actifs et ont de belles initiatives comme Fières par exemple avec lesquelles nous avons fait des ateliers Préventions sexualités. La nouvelle génération invente et ne baisse pas les bras, c’est important ! Nous arrivons à créer des synergies avec plusieurs groupes comme par exemple lors de la Pride avec Fukthename.

Comment pourrait-on mieux cohabiter justement ?

Il faudrait surtout multiplier les espaces de créations. Beaucoup ne bougent pas leurs fesses et sont blasées. Par exemple certaines disent “oh il se passe rien à Paris” et quand tu mets quelque chose en place y a plus personne à l’appel. On est quand même sacrément intégrées là, le mariage et les avancées sociales, c’est bien mais où sont les révoltes et les utopies ? Où sont les communautés de vie, les projets d’autres formes de partages, les solidarités, les réseaux d’échanges…? Les prises de risques ? J’aimerais voir s’améliorer la chaleur humaine, je propose de faire de grands feux de camps urbains et de chanter, danser autour en claquant des mains et en éclatant de rire, ce serait tellement bon!

Enfin, tu ne comptes pas t’arrêter là ? Tu as d’autres projets encore  sous le coude ?

Oui ! A titre personnel, je suis sur le projet de deux films, en tant que performeuse et actrice, qui devraient se tourner en mai et juin. Je ne peux pas en dire plus pour le moment… Je vais continuer d’apprendre le shibari/bondage et développer les performances car on me demande de plus en plus mais je ne suis pas encore tout à fait prête. Je continue également les ateliers et le Tantra pour filles et trans dont la prochaine session aura lieu en septembre à Micadances (le week end du 13/14/15).

Et puis juste avant la marche le 26 juin, la PlayNight et le collectif Fukthename organisent la fête “Prude Pride, F* me in colors”  au bar la Maison et ça va donner dans le fun et le kinky, notez la date!

Crédits photos: Flo / Sadie Von Paris (Flyers)

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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3 Comments

  1. super says:

    Sans vouloir sembler biophobe ni transophobe, pourquoi mettre tout le monde dans le même “panier” ?

  2. JunonBee says:

    Une petite précision, le terme exact est “kinksters” (de kink en anglais, soit comportement sexuel, pratique sexuelle) pas “kinsters” ;)

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