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Comment je me suis réconciliée avec ma FEMitude / Partie 1

La féminité est une norme dictée par le sexisme, le racisme, le capitalisme et le validisme. Pendant très longtemps, j’ai rejeté la féminité parce que je n’en voyais que les inconvénients et qu’elle ne m’était accessible que par le biais de l’hétéro-cis-normativité. Mais depuis plus d’un an, j’ai compris que je pouvais créer ma féminité et qu’elle pouvait être queer. Voici comment je me suis réconciliée avec ma Femitude.

J’ai toujours eu du mal à avoir conscience de mon image, de ce qu’elle évoquait pour les autres. Je me suis construite en tant que grosse. C’était la première violence visible qui m’atteignait. Au CP je découvrais mon désir pour une fille et me faisais harceler par la maitresse. Enfant, j’avais une apparence neutre avec une attirance pour tout ce qui n’était pas assigné féminin.
En étant grosse, je sortais du champs de la norme du désirable. Et je sortais par là même du champs du féminin acceptable. A l’adolescence, j’étais privée de l’accès à la féminité parce que je ne trouvais pas de vêtements à ma taille. Mon désir pour la féminité est longtemps resté secret. Enfant j’étais en admiration devant Dalida, à 15 ans j’aurais voulu avoir les robes de Courtney Love, et à 18 je vénérais Rita Hayworth. Mais je n’avais pas leurs corps et mes désirs faisaient désordre. Et je ne voulais pas offrir cela aux mecs cis parce qu’il n’a jamais été question d’eux.

Pendant très longtemps, j’ai rejeté la féminité parce que je n’en voyais que les inconvénients et qu’elle ne m’était accessible que par le biais de l’hétéro cis-normativité. Lorsque j’ai commencé à être féminine j’ai pris conscience du pouvoir que j’avais et j’en ai usé beaucoup dans la revanche et souffrance. Ma sexualité me donnait le pouvoir et le contrôle de mon corps. J’étais désirable et il n’y avait que cela qui m’importait à ce moment là. Sauf que mon pouvoir venait des autres et qu’il se basait sur l’inversion de la domination.

Lorsque je suis entrée à Gouineland, j’étais complètement larguée. Parce que je passais pour une hétéra, je n’avais aucun code (encore moins ceux de la séduction neurotypique). Je me suis retrouvée face à des filles qui me désiraient mais avaient un comportement misogyne et fétichisant.

Pendant très longtemps je me demandais si je faisais gouine. Et c’est devenu une obsession. Après avoir lu Wittig j’ai rasé une partie de mes cheveux et je n’ai plus mis de robe, je ne me maquillais plus. J’ai même laissé pousser ma frange. J’avais perdu plus de 60 kg et rien en moi n’était familier. Mon diagnostic d’autisme m’a permis de me réconcilier avec toutes mes identités en réalisant que tout est une question de spectre et que rien jamais n’est figé. Qu’il n’y a pas qu’une seule et unique manière d’être. J’ai coupé ma frange et j’ai recommencé à me maquiller.

Le véritable déclic c’est lorsque qu’une amie m’a dit « ça se voit que tu ne veux pas plaire aux mecs». Parce qu’encore une fois, il n’a jamais jamais été question d’eux. Cette phrase m’a fait comprendre que ma féminité pouvait être queer. Et surtout, je me suis rendue compte que je suis plus à l’aise avec moi-même en tant que Fem.

J’aime mettre des robes, de l’eye-liner, me mettre en scène dans cette féminité que je choisis et qui symbolise mon amour pour le XIXème siècle, le glamour Hollywoodien, le rock, le new burlesque et le BDSM. C’est ma manière de dire que cette esthétique n’est pas que la propriété de l’hétéro-cis-normativité. Je suis Fem pour moi, ni pour les mecs cis ni pour mes partenaires queers.

Le féminisme est dominé par la pensée hétéra cis-normée blanche valide et capitaliste basée sur une politique du sexe hyper normative qui psychiatrise tout ce qui s’inscrit en dehors de la pratique hétérosexuelle. Et je pense que l’esthétique Fem pâtit de cette pensée et de l’omniprésence de la binarité. Tout comme il y a une tendance à dire que le porno est un outil de domination du patriarcat, tout ce qui touche à la  féminité comporte une connotation de soumission au désir des mecs cis. Or, ce n’est pas le porno qui est problématique mais la manière dont il est pratiqué.

Cette cette contrainte à la binarité de genre nous pousse à avoir comme première et souvent unique réponse le rejet de tout ce qui à trait au féminin. Les lesbiennes ont été chassée du féminisme, faut-il le rappeler ? De la lavender menace aux gouines rouges, la domination hétéra est toujours une réalité. Tout comme les gouines qui pratiquaient le BDSM ont été rejeté des mouvements féministes lesbiens. Comme s’il n’y avait qu’une seule manière acceptable de baiser. Comme s’il n’y avait qu’une seule manière acceptable d’être lesbienne. Cette manière dont nous déplaçons la domination dans nos commus est symptomatique de notre incapacité à nous extraire des normes et de la neuroTypie.

Nous connaissons tou.te.s les blagues autour des ongles des gouines et l’importance qu’ils soient courts. Or, cela s’inscrit dans une logique normée et cis de la sexualité. Cela part du principe que la pénétration est une obligation et qu’elle passe majoritairement par les doigts. Là où l’hétérocisnormativité impose le pénis pour toute pénétration digne de ce nom nous imposons les doigts. On peut pénétrer avec une infinité de choses. Et on peut ne pas aimer la pénétration, avoir des partenaires qui n’aiment pas cela. Est-ce qu’une Fem avec des ongles longs est une trahison à la gouinerie ? En est-on encore là ? Et c’est sans compter tout le champs de la politique du sexe et de la putophobie intériorisée que cela soulève. Tous les signes de féminités exacerbés ont une connotation négative parce qu’ils renvoient au travail du sexe, du moins à l’imaginaire patriarcal autour du travail du sexe. Faut-il encore rappeler qu’il y a une infinité de manière d’aborder la sexualité ? Le BDSM a une très mauvais réputation alors que la communauté BDSM a posé et pensé les bases du consentement qui passe par une communication claire et le respect des limites de l’autre. On peut faire du sexe avec les ongles longs, il y a tout un tas de pratiques y compris la pénétration qui mettent en scène les ongles longs. Encore faut-il avoir une attention particulière à l’autre et prendre le temps.

 

Il faut du temps pour accepter son identité et son apparence tant il y a une violence du contrôle de nos corps par les normes et aucun espace où nos corps nous appartiennent et peuvent rencontrer nos désirs. Nous ne savons pas à quel point ce système politique nous modifie, à quel point il s’empare de nos désirs. Il y a ces questions vertigineuses : qu’est-ce que je désire ? Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce-qui m’excite ? Comprendre ce que l’on aime et pourquoi, prendre conscience de sa puissance et l’expérimenter est ce que permet aussi notre apparence. Et donner du sens à ce que nous sommes. Dernièrement, j’étais avec un partenaire. J’avais scrupuleusement choisi ma lingerie, ma tenue, chaque détail parce qu’ils avaient un sens particulier pour moi. Ce qui m’excite c’est de voir mes partenaires comprendre politiquement tous ces détails. J’ai croisé mon reflet dans le miroir et je me suis sentie puissante et en accord avec moi même. Il n’était pas alors question de domination mais d’expérimentation de ma puissance. On peut être puissant.e sans écraser l’autre.

L’identité Fem est multiple et chacun.e l’exprime à sa manière. Le rejet ou la peur des Fems est l’expression de la putophobie intégrée héritée au fil des siècles. Prenons l’histoire de la frange par exemple,  dans the encyclopedia of hair : a cultural history de Victoria Sherrow, le port de celle-si a été controversé par l’Église au 17ème siècle. Le clergé préside alors à la direction des tendances politiques et de la mode. Les femmes qui portent des franges sont celles qui vont commettre un péché mortel. Tout comme le maquillage, la frange représente la diversité et est synonyme d’orgueil, l’un des 7 péchés capitaux. L’essor du cinéma a également contribué à redonner une dimension politique à la frange et en faire un outil d’émancipation des femmes. Les années 20 et la fameuse frange courte de Louise Brooks, l’image de la «garçonne» ( terme tellement hétéro cis patriarcal et neuroTypique) qui n’est autre qu’une femme qui enfreint les règles. Impossible de ne pas parler de Bettie Page et de sa frange Pin up qui demeure la plus influente au monde. Bettie Page n’est pas juste la meuf qui pose pour Irwing Klaw ni l’égérie du papier glacé fétichiste. Issue d’une famille précaire, elle est placée en orphelinat pendant deux ans après l’incarcération de son père pour viol sur mineur. A sa sortie de prison elle subit ses attaques sexuelles. Bettie acquière sa première liberté par le savoir grâce aux études. Mais elle continue d’être utilisée par les hommes qui parce que femme et neuroAtypique est d’autant plus vulnérable à la manipulation. Elle crée elle-même ses propres tenues et crée son image. Mais les multiples traumas subies et la violence neuroTypique la conduisent à l’hôpital psychiatrique où elle y réside pendant dix ans. C’est pour ça que je tiens à ma frange pour toute la symbolique politique, parce qu’elle fait partie de moi et qu’elle a du sens.

Notre image rend possible l’expression de notre singularité. Si la mode est un moyen de domination et de contrôle de nos identités, elle est aussi un moyen de nous reconnaitre et de résister. De survivre même. Et de nous aimer.
Avant le XIXè siècle, il n’y avait ni hétérosexualité ni homosexualité. Avec la naissance de la forme moderne du capitalisme, les normes se sont étendues à tous les champs de la vie. C’est aussi l’émergence du validisme et de l’instrumentalisation de la science pour justifier ce qui est normal ou pas. La catégorisation de la normalité est l’outil de domination  qui détruit la possibilité de se sentir légitime. Toute ma vie je me suis sentie illégitime dans mon corps, mes émotions, mon genre, mon expression de genre, ma sexualité, etc. Me sentir légitime est quelque chose de relativement récent et lié à la découverte de mon identité autiste. Et c’est sans doute ce qui m’a permis de donner du sens et d’avoir une autre lecture de tout ce que j’aime.

En tant qu’autiste, j’ai toujours eu du mal à avoir conscience de mon corps, à me délimiter dans l’espace et le temps . Me maquiller c’est comprendre mes contours, les contrôler, et signifier ma singularité. . Lorsque je mets de l’eye-liner, j’exprime ce que le regard signifie pour moi et le revendique avec fierté. L’injonction neurotypique à fixer les autres et à dépolitiser l’éthique du regard, ce qu’il exprime, je la renverse en signifiant que mon regard m’appartient et qu’il ne se soumet pas aux normes d’interactions. Que je ne regarde pas une personne parce qu’il est poli de la regarder en lui parlant mais parce qu’elle compte à mes yeux et que je ne l’exprime pas uniquement avec le regard. Voir une personne, la comprendre ne se fait pas uniquement avec les yeux, c’est avec tout le corps, l’âme, les émotions. Et ce sont précisément les codes neurotypiques de socialisation qui sont un frein à l’accès aux autres et à soi-même.

Les Egyptien.ne.s utilisaient le Khôl avant tout pour se protéger du climat aride sans aucune distinction de genre. Et s’il est utilisé aussi à des fins esthétiques ce n’est pas nécessairement à confondre avec une volonté de séduire. Là encore, la récupération du Khôl par l’hétero cis normativité coloniale capitaliste et validiste en a fait un outil de domination. L’histoire du maquillage est passionnante parce qu’elle est aussi politique. La Grèce antique utilise le maquillage a des fins médicinales. À la Renaissance, le maquillage est un outil utilisé par la noblesse pour asseoir sa position sociale. Les hommes se maquillent, ce n’est pas réservé à un genre. La révolution marque la fin de l’utilisation du maquillage par les hommes. Doit-on s’étonner qu’il revêt alors une connotation négative donc féminine emplit de putophobie ?)

 

La féminité n’est pas une essence. Être Fem est au delà du sexe, du genre, de la binarité. Il y a autant de manière d’être Fem que de Fems. Ceci est juste mon témoignage à ce moment précis de ma vie. Et il n’est en aucun cas un manifeste de ce que doit être un.e Fem. Vous seul.e.s pouvez déterminer qui vous êtes. Et c’est la puissance du Queer, être sa création et en perpétuelle évolution.

Suite la semaine prochaine

 

Delphine

Extraterrestre passionnée de métaphysique et de pizza, elle parle de féminisme, cinéma et surtout de l'invisible.

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