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Marseille, le Queeristan & la Pride

Marseille ! Nouvel eldorado du tout Paris queer (et pas que), entre mépris de classe , fascination pathologique et exotisation en tous genres, tout le monde frémis au doux  nom de MAR-SEIL-LE. Mais avant d’être le lieu de vacances post covid de la France entière, Marseille c’est avant tout la ville à l’intersection des oppressions systémiques par excellence. Loin de la carte postale et de l’engouement éphémère de la hype parisienne, La pride de Marseille a réussi un exploit cette année : faire fi des vieux bails féministes et queer qui divisent nos communautés et afficher des couleurs politiques inclusives dans toute la ville.

On l’aura compris : si t’as pas passé tes vacances à Marseille cette année, t’as raté ta vie. Après le feed insta estival  des queers  et la chronique Tsugi  de rentrée de Rag et Lubna, l’heure est venue de parler politique. Paris a toujours fait de Marseille un fantasme, une terre à part avec son lot de clichés stigmatisants. Même moi qui suis née et ai grandi à Marseille, j’ai adopté la pensée très blanche et classiste de Paris pendant très longtemps, pensant que tout se passait loin de Marseille. Et pourtant, cette année  la 27ème édition de la  Pride Marseille qui s’est déroulée du 27 Aout au 5 septembre dernier,  a réussi à exister et envahir l’espace public de manière inédite, avec un message politique fort, uni et inclusif. De la Gare St Charles au Vieux-port, le spot vidéo de la Pride Marseille se répand comme une caresse réconfortante, plaçant au cœur de la cité phocéenne nos existences et réalités aussi différentes que riches. En descendant du train et en voyant  «Lesbienne, gay,bi.e, trans,queer, intersexe, racisé.e, TDS…» je me suis réconciliée avec mon adolescence de gouine contrariée et je me suis sentie à ma place dans cette ville que j’avais passé ma vie à fuir. Comment Marseille a réussi là ou l’inter-LGBT Paris s’enlise ? Comment est le queeristan marseillais ?

 

Rencontre avec Noémie Pillas membre du bureau de l’organisation de la Pride Marseille et accessoirement sur tous les fronts ( chargée de prévention ENIPSE, organisation du festival Transform!, co-fondatrice du collectif Error.tpg)

 

La visibilité pour les minorisé.e.s est vitale. Dans nos communautés et au sein du féminisme, beaucoup de sujets nous divisent. Or, dans l’affiche de la pride 2020 de Marseille, on peut lire « lesbienne, gay, bi.e, trans, queer, intersexe, racisé.s, tds …». C’est quelque chose d’impensable pour l’instant  à la pride de Paris organisée par l’inter-LGBT. Comment la pride de Marseille s’organise-t-elle ?

Depuis 2014 nous fonctionnons avec une association porteuse de la Pride Marseille. Cette association a en charge l’organisation globale de la marche. Nous avons aussi une autre structure qui n’a pas de forme juridique, que nous appelons le Comité de pilotage. Ce comité réunit l’ensemble des associations, des commerces et des individus qui souhaitent nous rejoindre. Le comité de pilotage a pour but de contrôler l’avancement de l’organisation et de décider des choix politiques de la Pride. Ce fonctionnement a été mis en place en 2014 par le Collectif IDEM.
Nous avons créé l’année dernière une association dédiée uniquement à l’organisation de la Pride Marseille : Fierté Marseille Organisation (FMO)
Nos choix peuvent diviser mais nous sommes suivi.e.s par une très large majorité. Nous prenons le temps lors des comités de pilotage d’expliquer nos propositions et nous avons tou.te.s le souhait d’aller vers une Pride inclusive, prenant en compte toutes les oppressions et les visibiliser. Nous sommes également plusieurs à être à l’intersection de différents milieux ce qui nous apporte une richesse lors de nos échanges.

On peut parler de visibilité inédite dans l’espace public de la pride de Marseille avec ce message fort, d’autant plus qu’il s’inscrit dans le slogan mondial adopté par la global pride, «Exist, Persist, Resist». Ce qui rend d’autant plus percutant la visibilité sur l’affiche des minorisé.e.s au sein de nos commus. Et l’on retrouve dans toute la ville l’animation vidéo de la pride. Comment êtes-vous parvenu.e.s à occuper l’espace ?

Nous avons pu compter sur deux de nos bénévoles qui ont mené un travail acharné de négociations avec les agences de communications qui possèdent ces panneaux, également une collaboration avec notre nouvelle municipalité et bien évidement l’excellent travail de notre graphiste Gael Lapasset, que je remercie ici :) ! La Pride Marseille ne pouvait pas marcher cette année alors il nous paraissait indispensable de trouver un moyen d’être visible et d’investir l’espace public d’une autre façon.

 

L’épidémie de Covid a modifié nos manières d’être ensemble. Après avoir annulé pour des raisons sanitaires la pride en juin, vous avez décidé de donner une nouvelle forme à l’évènement qui vient de se tenir du 27 Aout au 5 septembre. Peux-tu nous parler du programme ?

Il y a deux axes dans notre programmation, une programmation festive organisé par FMO et ENIPSE Prévention Santé, cette programmation se déroule dans les établissements communautaires, nous nous déplaçons chaque soir de la semaine dans un établissement différents à la rencontre du public. Le deuxième axe de la programmation est la programmation militante, elle est coordonnée par FMO. Chaque association propose des événements et FMO apporte son soutien logistique et présentiel. Cette année nous avons notamment pu assister à des projections, des expositions, des débats, un OpenMic’ communautaire queer…

La pride vient de s’achever. Quel est ton bilan ?

Fatiguée ;) Ce fut une année compliquée, faite d’incertitude et de beaucoup d’engagement de la part de notre équipe.
Très bon bilan de notre côté. Le public à été nombreux a venir a tous les événements de notre PrideWeek. Nous avons eu une belle visibilité dans l’espace publique et notre travail en collaboration avec les associations s’est bien déroulé. Nous sommes très satisfaitEs.
Je me prépare déjà pour la prochaine édition où j’aurai en charge le pôle communautaire et la question de l’inclusivité. Penser l’inclusivité et faire en sorte qu’aucun.e d’entre nous ne se sente moins bien ou pas représenté.e. Je pense notamment à la question du handicap qui reste le grand impensé des luttes.

Marseille fait face à l’exode massif des parisien.ne.s  et queer depuis quelques années. Comment est la vie queer ici ?

Je vis à Marseille depuis 2014. Ici la communauté est soudée, il y a beaucoup d’entre aide, c’est vraiment ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux. Comme il n’y a pas beaucoup de lieux, on se réuni beaucoup au cours Ju et sur la plaine. C’est assez doux et bienveillant y compris lors des soirées. Notamment sur la scène techno. En novembre 2019 j’ai co-fondé avec deux amiEs le collectif Error.tpg, collectif organisant des soirées technos queer politique souvent en non mixité. Nous avons fusionné récemment avec Klub666 (collectif techno queer bordelais) Nous avons tout de suite eu un très bon accueil, y compris de la part de collectifs déjà existant comme Discordance, avec qui nous collaborons énormément, ou encore Mouillette et PailletteS. Nous sommes présent.e.s dans toutes sortes de lieux où nous imposons parfois une non mixité, comme Dar Lamifa ou le Chapiteau avec nos allié.e.s et bien d’autres.

 

Je ne peux pas terminer sans la question existentielle queer du moment : Alors trop de parisien.ne.s à Marseille ?

Ahahah et comme je comprends tellement les parisien.ne.s qui souhaitent s’installer à Marseille. Non il n’y en a pas trop, venez les cousin.e.s, au soleil on est bien !

 

Pour soutenir la  pride Marseille : ici

 

Delphine

Extraterrestre passionnée de métaphysique et de pizza, elle parle de féminisme, cinéma et surtout de l'invisible.

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