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Eva Merlier, l’autre regard

Après le confinement et cette situation politique inédite, célébrer le mois des fiertés prend une nouvelle dimension qui chamboule nos habitudes et nos modes de représentations. L’occasion de découvrir celleux qui font vivre notre communauté. C’est ce qu’évoquent les photos d’Eva Merlier qui visibilise celleux que nous sommes. Au-delà des images elle révèle l’âme et la complexités de nos corps et de nos émotions politiques.

Eva Merlier photographie depuis quelques années nos vies si peu et mal représentées. Elle participe à rendre réel nos existences. Entre émotion et réflexion, son regard toujours pertinent et sensible, nous plonge dans une dimension sincère qui émeut tout en ouvrant de nouvelles perspectives. Elle gère également avec son.a partenaire, sales gosses, un café queer vegan à Lyon, avec un espace tattoo et une  boutique vintage et de créateurs, créatrices. Des expos, évènements, performances etc y sont organisés régulièrement. 
Actuellement sur l’E-Shop d’Eva, vous pouvez soutenir le F.A.S.T (fond d’aide sociale trans) en achetant le T-Shirt wich feminist are you ? dont les bénéfices leur sont entièrement reversés.

Rencontre.

Maddie & Dal

Quand on est représenté.e nulle part, c’est très dur de se sentir légitime. Est-ce que c’est cela qui t’a poussé à visibiliser les femmes, les queers, les corps et genres qui ne l’étaient jamais ? Quelle représentation t’a le plus manqué ?
J’avais besoin de recréer des représentations parce que je ne les voyais nulle part. Je suis partie d’un constat simple, les personnes de mon entourage et celles que je pouvais croiser dans la rue, le métro, les espaces publiques n’étaient jamais visibilisées, que ce soit leur simple image ou leur vécu.
En effet, sans représentation on ne se sent pas légitime, sans modèle, c’est difficile de se projeter et de s’accepter comme on est. Je pense qu’il y a aussi beaucoup de complexes que l’on se crée du fait de cette représentation hétéronormée de la femme (et j’utilise exprès l’article LA comme si il n’y avait qu’une seule et unique manière d’être femme).
Au delà des complexes, il est aussi question de discriminations envers les femmes racisées, trans, gouines, en situation de handicap… qui ne sont jamais représentées ou mal représentées.
Finalement, c’est un combat pour moi mais surtout pour toutes ces personnes. Plus on admettra la diversité de ce qui constitue notre société et plus on en sera fort.e.s. Il n’y pas de modèle, ce que j’ai envie de montrer c’est la pluralité des possibilités qui s’offrent à toustes.
Les représentations qui m’ont le plus manquées sont toutes celles que l’on peut lier à la santé mentale. En fait, elles n’existent quasiment pas ou alors elles ne sont pas le reflet de la realité. Pourtant il y a tellement de manières différentes d’appréhender le monde.

Lorna

Dans l’hétéropatriarcat, il y a un sujet et un objet et cela instaure un rapport de force constant avec un.e dominant.e et un.e dominé.e. Or dans tes photos, les corps ne sont plus des objets. Ils sont au centre, vivants. J’ai l’impression que nos corps, notre matérialité, c’est la manière dont le féminisme nous saisit aussi. Comment le féminisme et ton travail influe sur ton corps et ceux des autres ? Et comment décrirais-tu ta relation aux modèles et à l’image ?
C’est depuis mon éveil au féminisme que mon travail photographique a pu véritablement prendre sens. Avant je photographiais des paysages, des ombres, c’était joli mais loin d’être révolutionnaire!
Les principes de base du féminisme, le soutien et l’équité ont complètement influés sur mon corps. En photographiant celui des autres, j’ai compris que nous étions toustes différent.e.s. Personne ne se ressemble a 100%, que ce soit a l’intérieur ou l’extérieur et c’est en fait ça qui nous rend si intéressant.e.s. C’est tout ça qui m’a permis de m’accepter et de ne plus voir mes défauts comme tel mais plutôt comme des particularités. Finalement c’est eux qui nous rendent uniques.

Ma relation aux modèles est un équilibre, sans modèle il n’y a pas d’image. Mon rôle c’est de sublimer le corps et la personne qui habite dedans, mais en fait c’est grâce à notre collaboration que tout devient possible. C’est très important pour moi de respecter le consentement de la personne que je photographie à toutes les étapes, autant que de lui laisser une place créative dans le processus. Il n’y a pas d’interêt à plaquer des idées toutes faites sur quelqu’un.e.

Daphné

La situation politique actuelle est inédite et pose aussi, justement, la question du corps et  de nos liens sociaux. Parviens-tu à photographier actuellement ? Penses-tu que ton rapport au corps va être  ou est déjà modifié? Comment photographier l’autre si la rencontre est impossible ?
Pendant le confinement je n’ai pas photographié du tout. Déjà parce que j’étais paralysée par la situation. J’ai eu besoin de poser mon appareil photo et de prendre un peu de recul. En général, j’ai un rythme de création très fluctuant et c’est ok, je ne veux pas me culpabiliser par rapport à ça. En sortant du confinement cette idée s’est d’autant plus accentuée, je ne veux en aucun cas produire à tout prix tout le temps et préfère choisir des projets réfléchis – quality not quantity comme on dit!
Dans ma pratique, l’image produite n’est pas une fin en soit, ce qui compte le plus à vrai dire, c’est l’échange qui se crée entre le.a modèle et moi. C’est un moment vraiment hors du temps pendant lequel on échange sur de nombreux sujets. J’ai appris énormément de ces échanges qui m’ont poussé à me déconstruire. Le résultat finalement est plutôt destiné au reste du monde, c’est comme une synthèse de tous les enrichissements que m’ont apporté ces rencontres, un hommage.

Durant la période du confinement, j’ai eu énormément de mal à communiquer en dehors de mon cercles de proches. J’ai envisagé de photographier via webcam comme certain.e.s photographes ont pu le faire (certain.e.s d’ailleurs avec de très bons résultats) mais je n’y trouvais au final pas vraiment d’interêt. J’ai déjà de base des difficultés a communiquer assez importantes donc je ne voyais vraiment pas comment le faire virtuellement. En fait, sans ce rapport de complicité qui se crée lors d’un shooting, je ne voyais pas comment photographier, pour moi, ça n’avait aucun sens, et surtout dans ce contexte.

Il y a actuellement, une flambée de validisme.Ton nouveau projet  porte sur l’ handicap invisible et la neurodiversité et dans la communauté queer il y a beaucoup de personnes neuroatypiques. Comment vas-tu t’y prendre pour représenter cela et qu’est ce qui t’as amené à ce sujet ?
C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas encore tout à fait la réponse! C’est un sujet très vaste et qui touche de multiples personnes.
En général quand je produis, je me laisse créer et orienter mon projet au fur et à mesure. C’est encore une fois une question d’échange avec les modèles qui en fait sont les personnes concernées. Je ne veux pas calquer une idée, ne serait-ce qu’esthétique, sans avoir le point de vue de la personne qui pose. Je crée toujours en collaboration avec elle. J’aime bien ajouter du texte à l’image, ça va être parfois un texte que j’écris et parfois des extraits de conversation que j’ai pu avoir avec mon modèle.

Laura & Alice

Laura & Alice

Ces derniers temps, j’ai de plus en plus envie de réaliser des projets en mouvements pour ajouter aussi du son à tout ça. Ca me fait un peu peur de me lancer dans une nouvelle pratique comme la vidéo que je connais très peu mais après tout, il n’est jamais trop tard pour tenter quelque chose de nouveau!

Comment as-tu vécu le confinement ? Le turfu  tu le vois comment ?
Après une grosse période de paralysie, je me suis résignée et réussi a évoluer dans ce nouveau rythme. Au final, ça m’a fait beaucoup de bien, j’ai appris à mieux appréhender mon corps et mes émotions. J’ai pris le validisme en plein dans la face, je crois que 2020 est vraiment une période clé où nombre d’entre nous peuvent trouver une véritable occasion d’apprendre et de faire bouger les choses sur différents sujets. Même les personnes les plus déconstruites d’entre nous ont du travail à faire.

Beverly

Le turfu, je le vois avec espoir. J’ai toujours été quelqu’un de très optimiste (même si clairement ça m’empêche pas de faire régulièrement des insomnies et des crises d’angoisse)
Tout ce que j’ai pu apprendre et déconstruire, c’est aussi grâce aux autres et je crois qu’aujourd’hui personne ne peut nier que c’est toustes ensemble qu’on pourra avancer, avec bienveillance, soutien, sororité…

Lorna & Clémentine

 

Vous pouvez découvrir le travail d’Eva Merlier et suivre son actualité sur son site

Pour la soutenir c’est ici avec l’e-shop

Sales Gosses, 11 Rue de la Vieille, 69001 Lyon Café queer, tatouage, gourmandises vegan et visuelles. Lieu de vie, d’accueil, d’échanges, à la frontière des mondes : une nouvelle espèce de lieu hybride et impertinent ouvert à touste du du mercredi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 14h à 18h30.

Delphine

Extraterrestre passionnée de métaphysique et de pizza, elle parle de féminisme, cinéma et surtout de l'invisible.

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One Comment

  1. Une belle découverte. Merci

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