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CHEETAH DJ CREATIVAHOLIC

Arrivée en France il y a 10 ans, le parcours de la camerounaise Cheetah est impressionnant. Entrepreneuse, DJ et beatmakeuse, cette trentenaire travailleuse acharnée passionnée de musique, de créativité et d’arts visuels a puisé sa force dans les événements marquants de sa vie et s’est imposée en 3 ans comme l’une des références de la scène afroparisienne. Rencontre.


Comment es-tu devenue DJ

C’est une série d’événements qui m’ont conduit là. La première fois que j’ai mixé devant 200 personnes c’était à un événement organisé par des amis, le Festival Black Movie Summer. Ils voulaient que je leur trouve des DJ et je me suis présentée pour mixer. J’ai passé les sons que j’aimais et à la réaction du public j’ai vu qu’il se passait quelque chose. Le Festival m’a contacté de nouveau 3 fois ensuite, c’est le public qui m’a adoubé DJ.
J’ai vite compris que ça aidait de connaître des gens dans plusieurs domaines, la mode, le sport… L’année 2017 j’étais partout, payée ou non, je voulais être la plus visible possible. Fin 2018 j’ai été appelé pour faire la première partie de Janelle Monae au Villette Jazz Festival devant 3000 personnes, je ne m’y attendais pas du tout. Cela m’a conforté dans le fait d’être sur la bonne voie.

Tu as connu une ascension rapide, comment l’expliques-tu ?

C’est vrai que d’autres DJ qui se sont lancé.e.s en même temps que moi ne s’en sortent pas. Le quotidien des travailleurs.ses indépendant.e.s, dont je fais partie, c’est de se demander si ça sert à quelque chose ce qu’on fait, si ça va durer, sans savoir de quoi demain sera fait. Ma seule pression c’est que je sais que je pourrais avoir plus.
Les DJ hommes, cis, racisés, il y en a pleins les boites de nuits hip hop. Les rares femmes qui en font part, c’est simple on se connaît toutes. En tant que femme, noire, pas française et expatriée, je sais que je fourni trop d’efforts pour obtenir très peu comparé à mes congénères blancs, français, qui n’ont pas à fournir autant. Je bosse 50 000 fois plus, ce n’est pas un mythe. Je sais que je pourrais être beaucoup plus loin que ça avec tout ce que je fais déjà.  Et les membres de mon collectif en sont au même point. Dans ce milieu tout est question de réseau.

J’ai fondé le Black Square Club qui est un webzine, une app mobile, une webradio avec Rinse France et une webTV dont l’objectif est la promotion de la créativité au sein de la communauté afro caribéenne. A côté j’ai également lancé Break The Beat, qui était d’abord un concours de beatmaking et qui a étendu ses activités au-delà des battles en proposant de la curation et de la création de contenu media et musical en collaboration avec d’autres structures.
Ce n’est pas possible de faire tout ce que je fais à 25 ans, sauf si tu es dans un cadre privilégié où on travaille pour ta carrière. Il faut de l’expérience, s’être cassée la gueule à plusieurs reprises pour en arriver là, c’est le message que je partage surtout aux jeunes.

 

Quel est ton rapport à la culture afro ?

J’ai été pendant longtemps exclusivement hip hop puis ça m’a saoulé car je ne me reconnaissais plus dans les codes. Je me suis replongée dans l’afro, le coupé decalé, le zoblazo… J’ai un autre regard sur les racisé.e.s qui ont grandi en France. Je pensais qu’ils n’écoutaient pas ce genre de sons vu ce que les soirées estampillées africaines faites par des blancs proposent, de la musique congolaise des années 50-60s, à croire qu’elle n’a pas évolué… Mais en fait ça leur parle car ils assistent à des baptêmes, mariages de leurs familles où la musique afro contemporaine a sa place.

J’essaye justement de donner de la visibilité à cette musique. Mon objectif est de faire écouter l’afrobeat nigérian, le kuduro angolais et pleins d’autres styles musicaux qui représentent la jeunesse africaine. Je ne veux pas qu’on nous réduise aux mêmes soirées tropicales ou endiablées – les mots ont leur importance, avec les mêmes iconographies, les mêmes visuels qui nous font croire qu’il n’y a pas de nouveaux courants. C’est ce que je fais avec les soirées Trap Africa. Parmi les artistes que j’affectionne en particuliers il y a la sud africaine Sho Madjozi qui s’est faite remarquée avec son interprétation John Cena sur A COLORS SHOW mais c’est son Dumi Hi Phone que j’adore.

Je m’intéresse aussi beaucoup aux arts visuels et je trouve ça limitant qu’à chaque expo photo sur l’Afrique 7 fois sur 10 ça soit du Malick Sidibé, qui est un grand artiste, alors qu’il y a des nouveaux artistes tout aussi talentueux qui mettent en avant d’autres regards et modes de vie. Sur Black Square Club, une fois par an, je fais la liste des 100 créatifs à suivre en Afrique, qui ne correspondent en rien aux clichés et qui se servent des traditions de leur pays pour les magnifier.

Quelle a été ta réaction lorsqu’on t’a proposé de jouer à la Wet ?

Je me suis d’abord demandé comment vous étiez tombées sur moi. Bien sûr des amies m’avaient déjà parlé de cette soirée et m’avaient dit que ce serait bien que j’y joue. Le fait que le line up soit majoritairement constitué de femmes noires, avec Lala &ce et Sherelle, une grande première, a évidemment eu son importance même si ce sera devant un public devant lequel je n’ai pas l’habitude de jouer. D’habitude je joue en soirée hip hop et afro, là ce sera l’occasion de jouer un style plus hybride, le future beats, que je ne prends pas le risque de jouer devant un public afro car ça a un penchant plus électro.

 

Retrouvez Cheetah mercredi 10 juin en stream sur notre page facebook !
Barbi(e)turix Stream w/ Rinse France : talks, dj sets, live
En direct de la Cité Fertile, à suivre sur les pages fb de Barbi(e)turix, Rinse France, La Cité Fertile.
Mercredi 10 juin 2020
18h-22h

Emmanuelle

Caution militante et intersectionnalité de la team, hyperactive touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier), co-fondatrice des soirées Peaches & Cream, DJ à ses heures perdues.

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