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Le soir, c’est l’exploitation des plus précaires que l’on applaudit

Le confinement est une situation exceptionnelle. Nous sommes en guerre, paraît il, et la Nation doit faire front commun. Cependant, subissons-nous toustes le confinement d’un même front ?

Bien évidemment, la réponse est non. Lorsque M. Lallement, Préfet de Paris, explique que celleux qui aujourd’hui occupent les lits de réanimation sont celleux qui n’ont pas respecté le confinement, il pointe du doigt les irresponsables. Mais qui sont donc ces soi-disant irresponsables ? Marie Chantal rentrée dans sa maison secondaire sur l’île de Ré ? René qui promène son chien 7 fois par jour ? Claire qui à découvert le jogging il y a 15 jours ? François qui fait trois fois le tour du pâté de maisons, entre le rayon poissonnerie et le rayon conserve ?

Mais que nenni nous dit Lallement ! Si le 93 à un très haut taux de mortalité, c’est évidemment parce que ses habitant.es ne respectent pas les règles … Mais quelle merveilleuse aubaine, que la Seine Saint-Denis (zone avec une population particulièrement racisée et précaire ) soit particulièrement touchée par le Covid-19 pour déverser son classisme et son racisme… Mais attendez ! On me dit dans l’oreillette qu’il pourrait y avoir un lien entre le fait que la population soit racisée et précaire et ce haut taux de mortalité ! Eh bien oui, parce qu’on sait bien (sauf M. Lallement manifestement) que celleux qui sont aujourd’hui en première ligne dans la lutte contre le Covid-19 à Paris c’est la France qui se lève tôt, et breaking news, elle n’habite pas dans le 16eme.

 

Oui c’est la France d’en bas, celle qui est censée être illettrée et inéduquée et qui aujourd’hui va au travail tous les jours, mettre sa vie en danger, pour sauver la France :
Ce sont les soignant.e.s qui risquent leurs vies et travaillent sans protection pour intuber les CRS qui leur tapaient dessus il y a encore quelques semaines lors des manifs pour sauver l’hôpital public,
Ce sont les agent.es d’entretien qui risquent leurs vies et à qui on refuse même parfois les repas solidaires au motif qu’elleux ne sont pas soignant.e.s,
Ce sont les livreurs et les livreuses qui risquent leurs vies pour apporter leurs commandes de sushis aux cadres parisiens partis en province propager le virus,
Ce sont les employé.es d’Amazon qui risquent leurs vies pour préparer les commandes Zalando des télétravailleurs,
Ce sont toustes les autres : éboueurs et éboueuses, vendeurs et vendeuses, conductrices et conducteurs de transports en commun..etc Toutes les petites mains de la France qui l’on méprise à longueur d’année, à qui on fait du délit de faciès dans la rue, celleux que la police assassine ou que l’État tue à coup de réformes, celleux dont les revendications rencontrent les tirs de flashball. Les fainéant.es, les sans dents, la France d’en bas, les cols bleus, les blouses blanches.. Bref les piliers de la société.

Parce que le confinement, ne soyons pas dupe ne s’applique pas à tout le monde. Que les cadres restent bien au chaud en télétravail, est une priorité, c’est même pour certain.es une renaissance. C’est le cas notamment de la journaliste Leila Slimani qui nous livre son journal de confinement où elle s’émerveille devant l’aube qui se lève sur sa maison secondaire, quelle opportunité que ce confinement qui nous permet de renouer avec l’inspiration créatrice ! Pour (beaucoup) d’autres le confinement c’est être enfermé dans 20m2 sans accès sur l’extérieur ; c’est travailler et n’avoir personne pour garder ses enfants ; c’est ne pas avoir l‘esprit monopolisé par l’inspiration créatrice parce que l’on se demande comment on va finir le mois en étant au chômage technique ; c’est se lever la peur au ventre pour soi et sa famille parce que l’on travaille sans moyens de protection ; c’est être prisonnier.es de son bourreau. Ne soyons pas dupes, la romantisation du confinement est un privilège de classe !

Au delà des personnes précaires, les femmes sont particulièrement touchées par cette crise pour plusieurs raisons :

Premièrement parce qu’elles sont surreprésentées dans le secteur du care. Le « care » de l’anglais « prendre soin » c’est toutes les activités en lien avec le fait de prendre soin des autres, ou mettre en place les conditions pour le bien-être des autres : c’est le secteur de la santé, le secteur de l’entretien… Ainsi selon une étude de l’Observatoire des Inégalités de 2011, les femmes représentaient : 97 % des aides à domicile/ aides ménagères et assistantes maternelles, 90 % des aides-soignantes, 87% des infirmières/ sages-femmes, 70% des agentes d’entretien… Un pourcentage d’autant plus élevé chez les femmes racisées. Vous remarquerez que ce sont les métiers essentiels qui sont les plus précaires, et que l’échelle de rémunération et de reconnaissance sociale ne prend en compte ni l’utilité publique ni la pénibilité. On serait presque à se demander si la société ne repose pas sur les pauvres, et les femmes ( qu’on se le dise, je pose la question pour le style) ? Bref, s’il paraît que derrière tout grand homme se trouve une femme, on peut facilement convenir que derrière toute société en marche se trouve une armée de femmes effectuant le travail invisible du care.

Deuxièmement, les femmes sont particulièrement touchées par la crise du Covid-19 et les mesures qui en découlent par ce que leurs droits déjà bien fragiles, sont remis en cause. La situation actuelle rend l’accès aux soins moins accessible, cela touche les femmes enceintes ou celles voulant mettre terme à une grossesse par exemple. Cela touche les femmes qui se font verbaliser en allant acheter des protections hygiéniques au titre que ce ne serait pas des produits de première nécessité. Cela touche les femmes hétérosexuelles qui se retrouvent à la maison à devoir gérer des enfants, mais aussi le travail domestique aux dépens de leurs carrières, face à des conjoints qui refusent de partager les tâches. Ce sont les femmes battues qui se retrouvent confinées avec leurs bourreaux, tandis que les violences domestiques ont augmenté de plus de 30% depuis le début du confinement.

De manière générale, le confinement représente une double peine pour toutes les minorités :
Pour les banlieues, où l’Etat policier s’en donne (encore) plus à cœur joie pour tuer et mutiler. Pour les personnes queer qui déjà isolé.es dans la société se retrouvent désormais sans possibilité de sociabiliser. Pour les personnes LGBT qui subissent les LGBTphobies de leurs voisin.es sous couvert du Covid-19. Pour les personnes qui se retrouvent isolées avec leurs angoisses et leurs idées noires. Pour les régions de provinces et les campagnes qui en temps normal font déjà face à des déserts médicaux, aujourd’hui aggravés. Pour les personnes isolées, les personnes âgées ou en fin de vie, qui subissent de plein fouet la solitude. Pour les personnes (enfants, personnes LGBT notamment) confinées avec des proches toxiques et dangereux. Pour les personnes trans qui ont beaucoup plus difficilement accès à leurs traitements et soins. Pour les personnes SDF qui n’ont plus accès aux toilettes et douches publiques et qui en plus se font verbaliser pour non-respect du confinement.

Il semble clair qu’à 20h nous n’applaudissons pas un engagement choisi par les travaileuses-eurs, mais bien le sacrifice de tout un pan de la société par le gouvernement. Finalement, c’est l’exploitation des plus précaires que l’on applaudit. Alors bien sûr, on continue d’applaudir parce que malgré tout ça met le baume au cœur des concerné.es, et que ça c’est important. En parallèle, n’hésitez pas à accrocher des banderoles a vos balcons, et à la fin du confinement c’est la rue qu’il faudra à nouveau investir !

Bref, c’est le capitalisme et le patriarcat qu’il est urgent de mettre en confinement !

Si vous avez besoin d’aide, plusieurs associations et dispositifs ont été mis en place. Stay safe !

 

Femmes :
39 19 pour signaler des violences domestiques, ou votre pharmacie qui devient un relais avec les autorités

Queer :
La page Facebook : Permanence de soutien destinée aux personnes queers face au confinement
L’asso Acceptess-Transgenre qui vient en aide aux personnes trans, aux refugie.es, aux personnes SDF

 

Roxanne Valin

Globe-trotteuse et passionnément tête en l’air, elle adoucit son côté radical par son amour des chaussettes pilou-pilou et des macarons pistache. Elle parle genre, lutte des classes et patriarcat sans invitation. Sa devise « the personal is political »

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