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Covid Daily #3

On va beaucoup tourner en rond, penser, angoisser, rire et ressentir des émotions fortes durant cette quarantaine. Installe toi bien dans ton canapé (tu dois être rodé.e now)  :  le covid daily est de retour baby !

Samedi 28 mars
À présent c’est tous les jours dimanche. Dimanche férié. Je suis obsédée par la politique du corps. J’ai juste envie de me préparer, me maquiller, choisir une tenue pour sortir. Tout est politique. Se maquiller est politique. Le matérialisme prend une autre dimension. Avant la quarantaine, le capitalisme occupait constamment notre esprit et notre corps dans l’action. L’action vide mais l’action. Aujourd’hui, le capitalisme nous assiège dans l’immobilité. Il nous isole. Pas seulement des autres mais de nous-mêmes. Comment allons nous être modifié.e.s ? Est-ce que l’on se touchera encore après ?
Une meuf me demande si il y aura toujours des seins nus à la Wet. Est-ce que l’on aura peur les un.e.s des autres ? Est-ce que nous serons dématérialisé.e.s ?
J’ai mangé des frites. C’est lourd dans mon estomac. Mais j’aime cette sensation parce que je ne ressens plus le vide. Je ne parviens pas à me concentrer sur quelque chose. Je ne parviens pas à faire quelque chose que j’aime longtemps. Je fais plusieurs choses à la fois. Elle est étrange cette journée. Je danse sur Britney Spears. Sarah fait des pop corn. Et puis rien.

 

Annie Sprinkle, Vincent Zobler

Dimanche 29 mars
Rue du faubourg Saint Antoine. Un mec sort en courant d’Auchan des paquets dans les bras. Le caissier n’a pas le temps de le rattraper. Pourquoi veut-il le rattraper ? Si tu voles à manger c’est parce que :  soit tu peux pas payer, soit tu craches sur le capitalisme, soit t’es clepto. Dans les trois cas c’est légitime. Quand j’étais étudiante je bossais dans une boulangerie. Une fois un mec a volé et je l’ai rattrapé. Pourquoi avais-je le sentiment qu’il me volait moi ? La notion de propriété est-elle ancrée fort en nous ? Le capitalisme crée du vide, aspire la substance de tous désirs véritables et profonds. Dépossédé.e.s de nous-mêmes nous voulons tout posséder. A t-on réellement conscience de notre aliénation au système ?
Il y a des gants et des masques sur le sol. Du pollen aussi. Le vent glacé lacère impétueusement mes tempes et mes oreilles. C’est bon et douloureux à la fois. Est-ce que c’est ma première expérience BDSM avec le vent ? Je pense à Annie Sprinkle et à l’écosex. À la première fois où j’ai porté un harnais. Au plaisir de sentir mon corps contraint. Aux journées que je passais ado à me masturber et écrire de la poésie. C’était peut-être ma tentative de connecter mon corps à mon esprit. Le vent glacé me lacère et m’excite. Je me sens vivante dans les rues sans vie. Il n’y a personne, c’est ça le problème.  L’ardeur s’évapore instantanément. Je regarde la story de Sapphosutra : les gouines sont en feu.


Lundi 30 mars
J’analyse le rêve de Sarah. Je ne rêve pas ou ne m’en souviens plus. Ce qui se joue dans le rêve c’est la signification de nos émotions devenues matières. La manière dont notre corps nous parle, ce corps qui n’est plus occupé physiquement et peine à déchiffrer ses émotions. Ce corps qui vit une nouvelle expérience spatiale limitée et dénuée des autres. Les limites de mon corps me permettent d’établir une frontière entre moi et autrui. Elles participent à la différenciation entre moi et l’autre, entre moi et les objets qui m’entourent. Le vécu spatial contribue à la continuité corporelle de soi ainsi qu’à la conscience d’être une personne distincte du monde. Le monde, nos limites, nos consciences, nos corps, nos pensées, nos émotions sont confus.es. Et dans cette tempête de sable tout se brouille faisant ressurgir nos plus profondes peurs et traumas. Cette confusion obscurcit notre jugement et ressenti émotionnel. J’entends autour de moi les inquiétudes, le stress, l’invisible autre qui nous habite. Pauline ne fait plus de selfie en maillot. Quelque chose a changé.
Je regarde HER. La matière va t’elle être redéfinie ? Quel est le temps de nos émotions ? Est-ce qu’on va pouvoir plus facilement voyager dans le temps ? J’espère qu’il n’y aura pas pénurie de chips.

 

Mardi 31 mars
Pourquoi tout le monde mange des chips ?
L’invention des chips est attribuée à George Crum, chef cuisinier à Saratoga. Un jour, un client se plaint des frites les trouvant trop épaisses. Saoulé, Crum en fait des ultras fines. Et là surprise : le client adore ! Crum décide en fait sa spécialité : Saratoga chips. Georges Crum ne peut pas déposer de brevet étant à la fois afro-américain et amérindien mais il a ouvert son propre restaurant dès 1860 avec les profits engendrés. Herman Lay, vendeur itinérant popularisa les chips dans tout le Sud-Est des Etats-Unis. En 1934, il fonde la société H.W Lay Distributing Company. En 1937, Herman a 25 employé.e.s et produit sa propre gamme. En 1961, H.W Lay fusionne avec Frito : Frito-Lay devient la plus grande société des Etats-Unis d’amuse-gueule. 1965, Frito-Lay et Pepsi-Cola fusionnent. Mais il est fort probable que les chips furent la découverte de Katie Speck Wicks la soeur de Crum.
Manger des chips c’est la logique capitaliste. C’est terrifiant de justesse : l’oppression systémique race, classe, genre tient dans une chips. Est-ce que manger des chips c’est alimenter le système ou l’engloutir ? Mais qu’est-ce que je vais faire des trois paquets qu’il me reste ?

Mercredi 1 Avril

Est-ce que je vais reconnaitre Paris après le confinement ? Pauline me parle de Londres, on se dit qu’on y retournerait bien quand ce sera possible. Est-ce qu’on pourra encore voyager ?
J’analyse le rêve de Lubna. Pour une consultation rendez vous sur 3615 Covid Dream. Je mange des chips en dansant.
Hey ! I’m Dua and i’ll be your instructor today

Rag, tu peux faire venir Dua à la prochaine Wet, stp ?

 


Jeudi 2 avril
Je fais la queue à la pharmacie. Le ciel est bleu. Boulevard Voltaire il n’y a que le silence et le soleil. Le métro passe sous les grilles d’aération : je suis au bord de l’extase. Tout est lent. Je patiente devant la pharmacie, yeux clos face au soleil : c’est doux et chaud. Le noir est rouge. Je prends racine.
Je ne m’habitue pas aux masques, à ces visages tronqués. J’ai croisé une femme qui me regardait et je n’ai pas compris qu’elle me souriait. C’est peut-être cela qui m’angoisse : ne voir que des yeux et ne rien comprendre. Ma terreur d’autiste : être immergée dans un perpétuel test de Baron Cohen.
 Les américains ont rachetés aux chinois 3 à 4 fois plus chers, les masques commandés par la France. Logique capitaliste. J’espère que nous changerons pour changer le monde. Je n’ai plus envie de penser au monde. Ni aux chips et au capitalisme. Je pense à la fille qui me plait pour rendre le monde plus supportable, à ma tenue pour la Wet avec Dua Lipa.  Elle est quand alors la prochaine Wet ? C’est vrai qu’elle va durer 48 h ?

 

 

Delphine

Extraterrestre passionnée de métaphysique et de pizza, elle parle de féminisme, cinéma et surtout de l'invisible.

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