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Debrief Festival d’Avignon : nos coups de coeurs féministe et LGBT+

Et voilà, c’est fini Avignon ! Vingt-cinq jours d’ébullition artistique, sous une chaleur de plomb certes, mais ça valait tellement le coup ! Il fallait les voir tous ces gens passionnés parader en costume dans les rues pour attirer les chaland.e.s, distribuer des tracts et répéter encore et encore pourquoi leur spectacle valait le détour. Il fallait entendre cette foule de festivaliers parler des pièces qu’iels venaient de voir, s’échanger des conseils et se précipiter dans les théâtres obscurs comme on va en teuf.

Avignon en juillet, c’est un marathon du plaisir. Aller voir deux, trois, quatre, cinq pièces par jour, la folie ? Un peu, mais pas tant. Si votre portefeuille peut suivre (chaque spectacle valant entre 10 et 20 euros, avec la carte du OFF), chaque journée est incroyable. Car on y trouve de tout : du vaudeville, du seul en scène, du grand classique, du jamais vu, de l’historique, de l’autobiographique, du rêve, du provocateur, du militant jusqu’aux dents… Bref. Avignon, c’est que du kif.

Alors oui, il y a les indécrottables affiches sexistes, homophobes et/ou racistes, mais il y a aussi et surtout une quantité de pièces féministes et/ou LGBT+ qui viennent exploser les codes, bousculer une salle pas toujours très woke et provoquer de (très) chouettes réflexions. Barbieturix vous a concocté une petite liste des faves de la saison (on n’a pas pu tout voir hein) : guettez-les bien, il y a de fortes chances qu’elles passent dans votre ville cette année !

En théâtre jeunesse

Suzette Project, de la compagnie “Daddy Company”

S’adresse autant aux petit.e.s (dès 8 ans) qu’aux grand.e.s. Un spectacle drôle, sensible, intelligent, sur une petite fille qui a une maman et une mamoune. A l’heure où la PMA va de nouveau être discutée par l’Assemblée Nationale et que la Manif pour Tous redresse sa triste tête, qu’il est bon de voir la notion de famille sortir de son carcan tradi. Les trois comédiennes sont touchantes, l’esthétique super soignée, avec de beaux jeux de lumière et d’ombre, dans une mise en scène astucieuse, qui capture à merveille l’imaginaire enfantin. Ca danse, ça chante, ça témoigne, ça revendique, ça émeut… Keur keur sur la metteure en scène, Laurane Pardoen, qui a 30 ans et  plein de talent.

Les grosses productions féministes

Les Filles aux mains jaunes, de Johanna Boyé

Complimentée partout, cette pièce a clairement su charmer les foules, le théâtre ayant fait salle comble jusqu’à la fin. L’histoire tourne autour de quatre ouvrières françaises qui travaillent dans une usine d’armement durant la Première Guerre mondiale et qui prennent graduellement conscience des injustices liées à leur condition de femmes. C’est alors le début d’un éveil politique qui les mènera à la tête de grandes grèves pour “un salaire égal à travail égal”. Une scénographie splendide, réglée comme du papier à musique, des comédiennes justes et poignantes et plusieurs portraits de femmes, qui permettent à toutes de s’y reconnaître. En conclusion, une voix off vient rappeler que les inégalités salariales perdurent toujours aujourd’hui. On en ressort à bloc, prêt.e.s à casser des dents.

Les Secrets d’un gainage efficace, compagnie les filles de Simone

Là aussi lourdement complimenté par divers médias, la nouvelle pièce de la compagnie “Les Filles de Simone” est un petit bijou féministe, qui traite du corps des femmes dans toute sa complexité (anatomie féminine, complexes, violences, beauté, etc) et cite allègrement Beauté Fatale, de Mona Chollet comme référence primordiale. Un gros bémol s’impose néanmoins, car les vingt premières minutes du spectacle ressemblent étrangement à Mon Olympe, une autre excellente pièce féministe  créée par “la Compagnie des 1001 Printemps” en 2017, et jouée à Avignon en 2017 et 2018. En effet, on retrouve dans les deux pièces le même postulat de base (cinq filles se retrouvent entre elles pour discuter d’un sujet féministe), le même rythme endiablé (chansons et danse au programme), les mêmes personnages sur scène, … Coïncidence ? On peut avoir du mal à y croire, quand on sait les rapports de proximité qu’entretiennent les deux compagnies. Dommage !

En plus intimistes

Roi du Silence, compagnie La Gueule ouverte

Un jeune homme vient de perdre sa mère. Il lui adresse un long monologue dans lequel il lui reproche ses attentes virilistes et l’aveuglement dont elle a fait montre face à son homosexualité. Un texte fort, aux phrases souvent très percutantes, porté par un comédien habité par la passion (Geoffrey Rouge-Carrassat, aussi auteur et metteur en scène), et sculpté par une lumière splendide (merci Emma Schler, l’ingénieure lumière à l’origine de tant de beauté).

La Moitié du Ciel du collectif Dixit

Dans un pays indéfini à une époque proche de la nôtre,  l’enfant unique fait loi. Gare à celles et ceux qui tenteraient de l’outrepasser … Une dystopie assez glaçante aux accents shakespeariens qui montre l’ignominie rôdant derrière la volonté de contrôler le corps des femmes. Chapeau pour une première création, là encore magistralement mise en lumière (toujours par Emma Schler, décidément !).

En spectacle T

Pronom du Groupe Vertigo

Pronom, c’est l’histoire d’un adolescent, Dean, en pleine transition. Auparavant identifié comme fille, il doit faire face à l’incompréhension de ses parents, de ses ami.e.s et de son ancien petit ami. On se croirait devant un teen movie tant les personnages qu’on y rencontre nous sont familiers et la mise en scène léchée. Si l’histoire est belle, les dialogues et le jeu des acteurices pêchent un peu, probablement parce que le texte est une (mauvaise) traduction de la pièce anglaise d’Evan Placey. A voir toutefois, surtout avec des ados, que la pièce a enjaillé outre-Manche !

Enfin, il y a les spectacles qui ne s’affichent pas ouvertement féministes, mais qui peuplent leurs pièces de femmes complexes, admirables et non-conventionnelles, comme Le Dernier Cèdre du Liban, de Nikola Carton. Celle-ci met en conversation deux femmes, la mère et la fille, qui ne se connaissent pas : la mère est photo reporter et refuse tout compromis, que ce soit pour les hommes qui croisent sa route ou pour son bébé à naître; la fille est en Centre de Rétention Fermé pour Mineurs et ne se plie à aucune règle. Lorsque la première meurt, elle lègue à sa fille plusieurs cassettes sur lesquelles elle raconte son, leur, histoire..

De même pour Iphigénie à Splott, de la compagnie “Les Cris du Nombril”, qui met en scène Effie, une jeune femme féroce qui se la colle tous les soirs pour oublier la sombre banlieue anglaise dans laquelle elle vit. Traduit par la fantastique Kelly Rivière, autrice de la pièce à succès An Irish Story (de nouveau au théâtre de Belleville à la rentrée) et Blandine Pelissier, également la metteure en scène, Iphigénie à Splott transcende tous les clichés sur les white trash en montrant un personnage féminin doué d’une force et d’une abnégation sans égard. Méga big up à la comédienne Morgane Peters, dont la géniale performance file des frissons dans le dos.

Enfin, un grand merci à tous.tes les intermittent.e.s, technicien.ne.s et saisonnier.e.s pour leur énergie sans faille et cette saison de fifou. Rappelons qu’Avignon, c’est beaucoup d’efforts pour un salaire souvent ridicule. Alors, c’est vrai que c’est une belle vitrine des spectacles à venir, mais ce serait bien que ça en devienne une pour les conditions de travail également. A bon entendeur.euse…

Cassandre

Cassandre - Balade sa tignasse hirsute au musée / au ciné / en librairie / en festival / en club, et souhaiterait le don d’ubiquité pour Noël.

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