The Jewel Box Revue

Qui était Stormé DeLarverie, la grande oubliée de Stonewall?

Le mois de Juin 2019 a marqué les 50 ans  de Stonewall, l’occasion pour nous de revenir sur cet événement clé de la lutte pour les droits LGBT+ contemporaine. De ce soulèvement général, on se souvient des noms de Marsha P. Johnson et de Sylvia Rivera, mais celui de Stormé DeLarverie est malheureusement très souvent omis. Pourtant, tout porte à croire qu’elle pourrait être la première personne à avoir riposté contre la police, lançant malgré elle une offensive historique.

Il y a quelques semaines, nous avons publié un article retraçant les 50 ans des émeutes du Stonewall Inn et certains.es d’entre vous nous ont à juste titre, rappelé qu’à aucun moment, nous avions cité Stormé DeLarverie. Ne souhaitant pas invisibiliser une énième fois une personne lesbienne et racisée, Barbi(e)turix a donc décidé de lui consacrer un article.

Retour sur la grande oubliée de Stonewall.

Stormé DeLarverie était une artiste performeuse, drag-king, bounceuse et activiste américaine née le 24 Décembre 1920 d’une mère afro-américaine et d’un père blanc. À une époque où les unions mixtes étaient interdites, Stormé n’a jamais pu bénéficier d’un acte de naissance, la date est donc approximative. Originaire de la Nouvelle-Orléans, elle commence son parcours artistique dès l’adolescence en intégrant un cirque, le Ringling Circus Brothers, où elle fait du saut d’obstacles à cheval. À l’âge de 18 ans, elle prend conscience d’être lesbienne  et quitte plus ou moins au même moment sa région natale. Elle devient chanteuse de Jazz et se produit avec ses groupes, à travers les Etats-Unis. Après cela, elle rejoint la légendaire compagnie de spectacle The Jewel Box Revue, une des toutes premières revues mettant en scène des Drag-Queens en 1939. Stormé est l’unique Drag-King (ou male impersonator) de la troupe, si bien que le spectacle fut longtemps appelé “25 Men and One Girl”. Stormé DeLarverie était d’ailleurs connue pour porter ses smokings sur scène mais aussi à la ville, se jouant bien des codes vestimentaires genrés, ouvrant ainsi la voie à beaucoup de lesbiennes butch.

Elle met un terme à sa carrière artistique peu après le décès de sa compagne, une danseuse appelée Diana, avec qui elle est restée 25 ans. Elle devient garde du corps pour des familles aisées le jour et videuse la nuit. Stormé s’occuppe de la sécurité des bars lesbiens de New York. Sa stature et son allure butch en imposent ! Elle dispose même d’un port d’arme. Figure appréciée du milieu LGBT, elle est perçue comme une personne discrète et bienveillante, toujours prête à venir en aide. Venir en aide, c’était justement ce qu’elle avait prévu de faire ce soir de Juin 1969, quand elle décide de faire un saut au Stonewall Inn pour voir si tout va bien. Inutile de dire que la soirée ne s’est évidemment pas passée comme prévu.

Nuit du 28 Juin, les policiers font irruption dans le bar, la tension monte, l’un d’entre eux hurle sur Stormé. Celui-ci, la confond avec un homme, lui ordonne de “bouger de là” en la traitant de “pédé”*, chose qu’elle refuse de faire. Le policier lui donne alors un coup de matraque en pleine tête, à cela Stormé répond en lui donnant un coup de poing au visage, s’ensuit une violente altercation et très vite, elle se retrouve menottée, maîtrisée par au moins quatre officiers, emmenée à l’extérieur, puis jetée dans un fourgon. C’est à ce moment là que Stormé, la tête en sang, crie à la foule: “Pourquoi vous ne faites rien?”. La réponse du Stonewall Inn est sans appel: c’est le début des émeutes. En ce qui concerne le déroulé exact de l’altercation, il est très difficile de s’en tenir qu’à une seule et unique version des faits. Selon des témoins oculaires, elle aurait été frappée par un policier après avoir protesté que ses menottes étaient trop serrées; selon Stormé elle-même, le policier l’a frappée car elle n’a pas voulu lui obéir. Ce que l’on sait, c’est qu’elle aurait répondu à l’assaut du policier et tout le monde s’accorde à dire qu’elle s’est courageusement battue.

Son attitude héroïque a changé l’histoire à jamais et elle en a été bien trop souvent injustement écartée. Il faut dire que Stormé ne s’est jamais vraiment vantée de son intervention. Elle a, pendant très longtemps jugé bon de ne rien dire, car pour elle, “cela ne regardait personne”. Elle était la “stone butch qui avait frappé la première”, mais personne ne connaissait son nom. Son histoire, elle la racontera à son amie de longue date Lisa Cannistraci, (co-fondatrice du très célèbre bar lesbien de New York Henrietta Hudson) qui se bat aujourd’hui pour que celle-ci ne soit pas oubliée. Elle apparaît également dans le livre de Charles Kaiser, The Gay Metropolis. Vers la fin de sa vie, Stormé donnera quelques interviews, (la plus connue étant certainement celle donnée à Curve Magazine en 2008), fera quelques apparitions lors de la Pride ou lors d’évènements organisés par une association de vétérans de Stonewall, dont elle est l’ambassadrice. Un film réalisé par Michelle Parkerson intitulé Stormé: The Lady of the Jewel Box lui est également consacré.

Stormé en 2002 à la Pride de Brooklyn

Si beaucoup d’entre nous pensaient bien connaître l’histoire des émeutes du Stonewall Inn, nous sommes malheureusement trop nombreux.ses à ne pas réagir à l’évocation du nom de Stormé DeLarverie, participant malgré nous à l’invisibilisation d’une ce des personnes qui ont fait l’histoire, notre histoire. D’ailleurs, en parlant d’émeutes, il semblerait que Stormé DeLarverie n’ait jamais été d’accord avec ce terme: selon elle,  “C’était une rébellion, un soulèvement, un acte de désobéissance civile, ce n’était pas une foutue émeute!”.

Stormé DeLarverie  s’est arrêtée de travailler très tard, à plus de 80 ans. Elle finit sa vie dans une maison de retraite de Brooklyn jusqu’à son décès, le 24 Mai 2014, à l’âge de 93 ans. Elle est enterrée le 29 Mai à Greenwich.

À ce jour, une poignée d’activistes (dont Lisa Cannistraci), se battent pour faire ériger un monument en son honneur, au même titre que Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera.

Blandine

Sosie non officielle d'Ellen Page avec la coupe de Tegan et Sara. Artiste en musique électronique et apprentie rédactrice web. Aime l'eau gazeuse et les pâtes au pesto.

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