Goudou.e.s sur Roues !

Cette année nous célébrons les 50 ans des émeutes de Stonewall, événement fondateur des combats LGBT puisque ce jour-là notre minorité a pris conscience qu’elle n’était plus obligée de subir et qu’elle pouvait, devait même, se battre. Étonnamment le mot d’ordre de la Marche des Fiertés de Paris cette année, « Filiation, PMA : marre des lois à minima ! » ne cite pas Stonewall mais l’esprit est là puisqu’une fois n’est pas coutume les féministes ouvriront le cortège avec la mise en avant des « Goudou.e.s sur Roues », référence direct aux « Dykes on Bikes », gouines motardes, qui traditionnellement aux Etats-Unis ouvrent les Pride.

 

« Goudou.e. sur Roues » est né du rêve de Paulien de faire un « Dykes on Bikes » à la Marche des Fiertés de Paris où les « bikes » seraient des vélos, mode de transport privilégié de la gouine à Paris. Emma, qui fait de la mécanique vélo, était partante pour lancer ce projet et en a parlé à Anne-Fleur et Viviane qui ont immédiatement su quoi faire pour transformer ce doux rêve en projet concret. Ensuite tout s’est vite emballé, d’autres membres sont venu.e.s rejoindre les rangs de « Goudou.e.s sur Roues » et ont contribué à faire connaître le projet : Suzanne, Théo, Soraya, Claire, Katy, Adrienne, Louise… L’action se veut volontairement collective.

Le choix du nom « Goudou.e.s sur Roues » est la traduction choisie de « dyke » et répond à la volonté d’avoir un nom français qui rime. Bien que l’ensemble des membres n’aient pas comme référence personnelle « Dykes on Bikes », le terme « dyke » leur est très cher car il traduit une identité affirmée, puissante, qui assume pleinement la marginalité et la différence. Une sorte de pied de nez aux personnes qui prétendent nous juger et nous catégoriser. Pour Paulien il s’agit de « l’expression la plus radicale de la lesbianité, ce n’est pas la version polie et heteronormée de la lesbienne acceptable et invisible, mais plutôt celle de la grosse gouine qui prend bien de la place, dérange tout le monde et les envoie se faire foutre ».

Une des raisons pour lesquelles Paulien est fan des « Dykes on Bikes » est le rapport décomplexé au corps, à la virilité non genrée, à la prise de place dans l’espace publique et la façon dont elles ont plaisir à déranger. Leur fondatrice et présidente, Soni Wolf, décédée en 2018, a dû livrer bataille pendant des années pour pouvoir déposer le nom « Dykes on Bikes ». Elle n’arrêtait pas de s’entendre dire par des magistrats bien-pensants que « dyke » était une insulte et que son projet était insultant…. l’enjeu de la reappropriation de ce terme était évident.


Le choix du terme « Goudou.e.s » intégrant l’écriture inclusive répond à la volonté d’inclure toutes les identités lesbiennes et de faire converger les luttes des minorités invisibilisées. Dans son manifeste, « Goudou.e.s sur Roues » revendique être une initiative en non-mixité choisie, handi-accessible, trans-inclusive, grossopositive et racisée. Se définissant comme un collectif intersectionnel, « Goudou.e.s sur Roues » reconnaît que cette position n’est pas facile à tenir. « On a souffert du fait qu’on débarque, on n’est personne, on propose un truc qui n’a encore jamais été fait. Du coup on n’est pas forcément un partenaire évident et les réponses d’associations existantes ont été bienveillantes mais peu motivées à nous soutenir. Elles sont en position d’observation. On sera ravi.e.s de voir ces personnes lors de la Marche. »

« A partir du moment où on s’appelait « sur roues » et qu’on élargissait la définition, l’idée était de travailler l’accessibilité dans notre collectif et de faire une vraie place aux fauteuils roulants ». Paulien souhaiterais reproduire une initiative qu’elle a vu lors de la marche #NousToutes du 24 novembre dernier contre les violences sexistes, dans lequel des personnes en fauteuils roulants étaient entourées d’un cordon de personnes valides marchant main dans la main au sein du cortège. « On a tenté de rencontrer plusieurs associations mais ça ne s’est pas fait, peut-être parce qu’on est novice et on a une approche peu professionnelle. »

« Pour ce qui est de la non-mixité choisie, certaines personnes aimeraient se joindre à nous mais le vivent comme un choix difficile. Or, les espaces sans hommes cis, qu’ils soient homos ou hétéros, n’existent pas, et sont sans cesse remis en cause quand ils tentent de se créer. Cette remise en cause systématique fait partie de l’oppression des femmes, qu’elles soient cis, trans, gouines, bies ou hétéros. »

Étonnant que des alliés ne voient pas qu’en insistant à être inclus dans un milieu minoritaire exclusif, iels perpétuent cette oppression. « On se retrouve en position de de voir se défendre, se justifier, devoir envisager des compromis qui affaiblissent notre cohésion et notre propos. La prise de place exclusive et confiante dans l’espace publique par des corps féminins ou trans, comme ceux d’autres minorités, est extrêmement rare. C’est ce qu’on essaye de créer : un nouvel espace. On exclue pas des gens pour le plaisir de le faire. On a besoin et envie d’alliés qui comprennent ça, qui sont capable de se poser la question de savoir s’ils sont légitimes à leur place. »



« Goudou.e.s sur Roues » prévoit un cortège où les personnes concernées puissent être torses nus si iels le souhaitent. Nous leur avons demandé si ce n’était pas un risque qu’en tête de cortège les médias utilisent leur image et leur nudité à mauvais escient.
« Ça a été un vrai sujet de discussion, mais on est assez rapidement tombé.e.s d’accord pour dire qu’on n’allait pas attendre que les médias comprennent ou interprètent correctement ce qu’on essaie de faire, pour le faire. On pourrait attendre longtemps. La vraie question avec la nudité politique, c’est que ce n’est pas une formule qui marche pour tout le monde. Un certain nombre d’entre nous se dit que c’est pas normal que des mecs puissent tranquillement faire la Pride en string sans problème et que des lesbiennes torses nus soient un problème, ou choquant, ou perçu comme trop radical. Iels ont envie d’être à poil comme tout le monde, normal. D’autres ne pensent pas que ce soit le meilleur cadeau à faire, à des corps minoritaires, que de les exhiber. »

Nul doute que la première Marche de « Goudou.e.s sur Roues » marquera les esprits. L’idée étant de pérenniser l’ouverture des marchés par des « Goudou.e.s sur Roues » comme c’est la tradition aux États-Unis et de prendre le temps de forger des liens durables avec l’ensemble des associations pour rendre cette tête de cortège vraiment inclusive « sinon ça ne vaut pas la peine de réclamer la première place du cortège ».

Si vous souhaitez soutenir cette initiative n’hésitez pas à faire un don pour aider « Goudou.e.s sur Roues » pour les frais liés à leur participation à la Marche des Fiertés de Paris : ici
Et si vous souhaitez vous joindre à leur cortège, à vélo, en roller, en fauteuil roulant rejoignez leur groupe Facebook

 

Emmanuelle

Caution militante et intersectionnalité de la team, hyperactive touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier), co-fondatrice des soirées Peaches & Cream, DJ à ses heures perdues.