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Aïsha Devi : Who’s that grrrl?

Elle fait partie des artistes qui se produiront le 16 Mars à la Gaîté Lyrique lors de la soirée Carte Blanche à Barbi(e)turix, dans le cadre de l’exposition Computer Grrrls, dédiée à la musique expérimentale. Elle sera accompagnée à cette occasion du VJ Emile Barret pour un live A/V qui s’annonce des plus hypnotiques. Mais qui est Aïsha Devi? Zoom sur cette artiste citoyenne du monde que beaucoup considèrent comme inclassable tant sa musique bouscule les codes établis.

Apparue dans les années 2000 sous le pseudonyme de Kate Wax, elle sort son premier EP, Black Sheep, en 2004. A l’époque, Kate Wax signe une musique pop-électro dark aux accents new-wave. S’en suivront un autre EP, Pleasure Zone, puis deux albums, Reflection On The Dark Heat et Dust Collision, respectivement sortis en 2005 et 2011.

Suite à la fondation de son label, Danse Noire, en 2013, elle abandonne l’alias de Kate Wax et sort un nouvel EP, Hakken Dub/Throat Dub, en 2014, puis un nouvel album, Of Matter And Spirit, en 2015, le tout sous son véritable nom, Aïsha Devi. Le changement ne s’arrête pas qu’au nom. En effet, Aïsha Devi propose à présent une musique solennelle et expérimentale, qui transporte ou qui inquiète, mais qui, une chose est sûre, ne laisse personne indifférent : exit les synthés et les lignes de chant en anglais, maintenant ses morceaux se vivent comme une expérience à part entière. En effet, même si les beats et les sonorités électroniques sont toujours là, ils défient les normes conventionnelles, tout comme les parties vocales pleines d’effets qui désormais semblent plus s’apparenter à des incantations lointaines, le tout dans une langue qui est difficilement identifiable.

Il en est de même pour son dernier album, DNA Feelings, sorti en 2018. Interviewée dans le cadre de l’émission d’Arte Tracks la même année, elle compare sa musique à un trip sous Ayahuasca, une mixture hallucinogène à base de lianes consommée par les chamans des tribus Amérindiennes à des fins thérapeutiques et divinatoires. Tout comme la plante, sa voix servirait alors de guide qui, accompagnée de ses instrumentales, emmènerait ses auditeurs.rices très loin, bien au-delà des trois dimensions que l’on connaît. Un voyage spirituel du corps et de l’esprit accompagné d’images en 360°. C’est sans trop de surprise qu’elle est souvent définie comme une “chaman électronique”.

Le parcours d’Aïsha Devi est aussi singulier que sa musique. Cette Suissesse aux origines Népalaises et Tibétaines a été élevée par sa grand-mère, physicienne, avec qui elle voyagera aux quatre coins du monde. Après une enfance solitaire, elle dit avoir été “broyée” par le système scolaire traditionnel, ne sachant trouver sa place. Heureusement, elle découvre au même moment le chant et rentre alors dans une chorale. Une révélation pour elle, qui a enfin le sentiment d’exister et de faire partie d’un groupe. Plus tard, elle deviendra Soprano et s’intéressera aussi de près à la physique quantique et à la méditation.

Si au premier abord tout cela pourrait paraître déroutant, voire étrange, les inspirations d’Aïsha Devi sont pourtant bien ancrées dans la réalité. Son parcours et ses expériences personnelles lui font se questionner sur notre société actuelle, sur le capitalisme et le monde occidental. Intimement convaincue que celui-ci arrive à sa fin, ce questionnement s’étend jusque dans sa musique : Aïsha n’a plus envie de limiter son chant aux accords et harmonisations classiques que nous connaissons, elle préfère se laisser aller à l’expérimentation avec les tons et demi-tons, en s’inspirant de certaines musiques traditionnelles.

Car si les accords et gammes diatoniques que l’on connaît sont jugés esthétiques, ils réduisent le champ des possibles et nous obligent, d’une certaine manière, à nous restreindre dans notre façon de faire ou de percevoir la musique. Cette technique est pour elle, un moyen d’atteindre une forme de transcendance, autrement dit, de briser les limites de la physique.

L’expérience Aïsha Devi c’est samedi à la Gaîté Lyrique !

Blandine

 

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