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Girl’s Love : quand le Manga Yuri fait peau neuve…

Le Yuri Girl’s Love tendance S (S pour “Sexy”) se démarque ces derniers temps en misant sur un genre littéraire traitant des relations intimes et psychologiques entre femmes. Ce “S” Girl’s Love se distingue par l’émergence de mangakas au féminin et pour bon nombre lesbiennes. Un retour aux sources, en somme, quand on sait que le genre s’adressait au départ aux femmes et aux jeunes filles japonaises…

Il y a une dizaine d’années, parler du genre Yuri aurait sans doute divisé voire inspiré le mépris. Sa popularité auprès du public masculin, l’idée (fausse mais répandue) d’un style créé par et pour des hommes hétérosexuels avec, en prime, un penchant prononcé pour le ecchi (lubrique) voire le smut (pornographique) : quoi de plus réducteur ?

La p’tite histoire

En 1919, Yoshiya Nobuko, lesbienne assumée, introduit les prémices de ce qui deviendra le manga Yuri au Japon avec son roman Yaneura no nishojo (Deux vierges dans le grenier). Elle y brosse le portrait d’une jeunesse féminine romantique et homosexuelle tout en délicatesse. En 1971, l’artiste Yamagishi Ryoko publie l’un des premiers mangas dit “Yuri” avec Shiroi Heya no Futari (Notre chambre blanche).

Le terme Yuri signifiant “lys blanc”, il désigne une femme idéale caractérisée par les concepts de beauté et de pureté, et c’est bien là le problème…

Jusque dans les années 90, le terme Yuri sera ainsi asexualisé et se distinguera des mangas à contenus explicites. À son arrivée en Europe, c’est le terme Shojo-ai qui sera finalement adopté pour qualifier les romances chastes entre filles par opposition au Yuri, plus suggestif.

Dans les années 2000 et simultanément à la globalisation du Yaoi (un genre déjà bien exploité et proposant des relations intimes entre hommes), le Yuri se développe. Toutefois, il continue à se vendre au Japon comme simple sous-genre du Shojo Fantasy, proposant des contes de fées qui dépeignent des relations chimériques entre filles, de manière à ne pas faire trop de vagues.

Évidemment, en Occident, peu de lesbiennes se retrouvent dans ce qui est décrit à travers ces dessins dit “peu crédibles”, tantôt trop fleur bleue, tantôt trop tragiques.

C’est alors que de nouvelles auteures osent le Girls Love dans une vision plus tranchée et plus réaliste.

L’écrivain Chris Kincaid explique l’évolution du Yuri en ces termes : Le Yuri correspond à de la littérature lesbienne, mais dans l’esprit japonais ce n’est qu’un monde de Fantasie. Cette attitude est en train de changer…

Les pilliers du nouveau Yuri

Ebine Yamaji est la première mangaka de Yuri à avoir été publiée en France en 2004 aux éditions Asuka. Lesbienne et fière de l’être, elle s’interroge sur la nature de la relation homosexuelle à travers son manga Rabumairaifu (Love my life) qui sera sélectionné à Angoulème la même année. Le film éponyme est sorti en 2006.

Fin 2005, Aoi Hana (Fleurs bleues), de Takako Shimura, est publié par Ohta Publishing. Avec beaucoup de profondeur et d’émotions, l’auteure raconte les premières amours de deux adolescentes en s’attardant sur leur relation et leurs sentiments. Erica Friedman, fondatrice de la Yuricon et des éditions AniLesboCon Publishing , note que le manga “surpasse de loin la majorité des Yuri existants”. En 2009, elle décrira l’adaptation animée comme étant l’une des “représentations les plus réalistes de l’amour entre femmes”.

Avec Omoi no Kakera (Fragment of Love) en 2010, l’artiste Takemiya Jin ouvre la voie à un nouveau genre plus dynamique qui étudie davantage les relations sociales et la psychologie des personnages. Elle brosse le portrait d’une lycéenne qui s’assume en tant que lesbienne dans un style proche de la littérature homosexuelle. Selon Erica Friedman,  Takemiya est l’une des leaders du nouveau mouvement Yuri.

En 2016, le poignant Sabishisugite Lesbian Fuzoku Ni Ikimashita Report manga (Solutide d’un autre genre), d’après l’histoire vraie de la mangaka Nagata Kabi, fait sensation. Avec émotion mais non sans humour, l’auteure se livre entièrement : dix années de souffrance, de mal-être, une quête d’identité, un besoin de reconnaissance. Elle y témoigne de sa post-adolescence, de sa perte de repères, de ses troubles compulsifs (aliments et mutilations), de sa dépression et de sa première fois, à 28 ans, avec une prostituée… Un petit bijou d’introspection à lire absolument.

En 2018, Nagata Kabi publie la suite de son histoire : Hitori Koukan Nikki (My Solo Exchange Diary).

Sélection

Secret Girlfriends puis Girlfriends de Milk Morinaga sont sortis en 2006 chez Taifu Comics. Avant de s’adonner complètement au Yuri, la mangaka était spécialisée dans les mangas seinen (matures) axés sur les relations entre femmes. Son style pour un public adolescent se caractérise par un design plutôt girly et kawaii.

En 2010, Amano Shuninta publie l’un de ses mangas les plus sombres : Philosophia. Elle y décrit des émotions complexes et contrariés entre deux adolescentes, un contexte familial difficile, des pensées tourmentées, ceci dans un récit particulièrement crédible.

Candy, créé en 2010 par Suzuki Yufuko & Akira Kiduki, est un manga sublime visuellement et traitant d’une romance  touchante et assez réaliste. L’histoire tendre et romantique est dans la même veine que le Girlfriends de Morinaga.

En 2012, Taifu publie Citrus de la mangaka Saburota. Cette comédie romantique se démarque par ses aspects réalistes qui “parlent” aux adolescentes mais sur un ton léger et humoristique. Le duo d’héroïnes est d’ailleurs particulièrement attachant d’où les nombreux volumes et animés qui sont déjà parus.

En Thaïlande, on trouve Ratana Satis, une artiste spécialisée dans le manhwa Yuri (comparable au manga). En 2016, elle publie Lily Love sur Lezhin, une série de romances aux graphismes magnifiques et dont le second volume vient de paraître.

Côté France, Caly est connue pour sa série Girl’s Love rafraîchissante Hana no Breath prépubliée sur Weeklycomics en 2016. Elle met en scène une jeune fille qui ne comprend pas l’intérêt de ses amis pour le Yuri ou le Yaoi, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse…

 

Sources :

Le manga, de son origine à aujourd’hui, collectif anonyme– 31 janvier 2017

Rethinking Yuri: How Lesbian Mangaka Return the Genre to Its Roots, Ana Valens –  6 octobre 2016

Yuri’s History and a Love Suicide that raised Awareness, Chris Kincaid – 23 mai 2016

Yuri isn’t Made for Men: An Analysis of the Demographics of Yuri Mangaka and Fans, Zeria – 27 novembre 2017

Interview with Yuri Manga Artist Takemiya Jin, in Okazu magazine, Erica Friedman – June 2nd, 2013

 

Christel No

Écrivaine libérée, vendeuse de rêves et d’amour, yaoïste et yuriste convaincue

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One Comment

  1. Bonjour, seriez-vous intéressée de recevoir pour chronique La Fille dans l’Ecran, un roman graphique qui sort aujourd’hui en librairie ? En cliquant sur le lien du site web vous aurez accès au dossier de presse. L’histoire : Coline vit en France et rêve de devenir illustratrice. En quête d’inspiration, elle contacte Marley, une photographe installée au Canada qui a abandonné sa passion pour une vie sociale trépidante.
    Ces deux jeunes femmes que tout oppose vont tisser sur Internet un lien troublant, plus fort que la distance et le décalage horaire…
    A bientôt j’espère; Hélène pour Marabulles

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