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Laetitia ou du destin d’une boxeuse française

A 26 ans, Laëtitia devient championne du monde boxe thaï – en Thaïlande et contre une thaïlandaise, de surcroit-. Elle obtient alors le plus haut titre qu’une boxeuse puisse espérer. Mais lorsque une sportive atteint le plus haut titre dans sa catégorie, qu’est ce qui lui reste à accomplir ? Comment poursuit-on sa carrière après avoir réalisé son rêve ? Julie Talon, documentariste, a commencé à suivre Laetitia un an après qu’elle ait gagné son trophée et jusqu’à son ultime combat. Celui où l’on demande à tout champion de déposer les gants avec force et grandeur. Rencontre avec Julie Talon.

Comment s’est passé ta rencontre avec Laetitia mais surtout avec la boxe ?

Alors que je suivais une infirmière pour un documentaire sur Arte, je suis entrée pour la première fois dans une salle de boxe et y ai découvert une jeune femme qui souhaitait être championne de boxe. Abandonnant mon sujet, je suis devenue fascinée par celle-ci. Le temps a passé et nous n’avons pas fait de projet ensemble mais cette rencontre m’a profondément marquée.

J’avais en tête la question suivante : pourquoi une jeune femme souhaite-t-elle devenir championne de boxe ? Le sujet a fait son chemin et je me suis mise à parcourir les salles à la recherche de la personnalité qui me marquerait de nouveau. En enquêtant, on m’a conseillé de me diriger vers JM. Ce dernier a souhaité me présenter Laetitia.

J’ai été sidérée de voir à quel point cette jeune femme, qui venait de gagner le champion mondial de boxe thaï, avait une incroyable volonté de donner des coups et d’en prendre. Mais j’ai aussi découvert qu’avec la boxe, il était hors de question de tout rendre intelligible ou discursif sous peine de passer totalement à côté.

Que voulais-tu montrer avec Laetitia ?

Je souhaitais sortir de l’image de Million Dollar Baby, film dans lequel Hilary Swank est une bonne élève, combattive, disciplinée et prêt à tout. Non, Laetitia  n’est pas une bonne élève. Elle arrive en retard, ne s’entraine pas, se pèse mal, ne vient pas, essaie d’entourlouper son coach etc. Elle n’a pas de rigueur. Elle est arrivée au sommet et s’est laissé aller après, elle n’a pas conservé sa discipline pour continuer à ce niveau. Elle avait largement les capacités de faire plus de combats. Mais elle est restée accrochée à son nuage.

Pourquoi avoir fait le choix de ne qu’entr’ouvrir la porte de la vie privée de la championne ?

Je ne voulais pas justifier la passion de Laetitia par un parcours de vie difficile. Il est inutile de connaître son passé ou encore sa vie en dehors de la boxe – car elle ne vit pas de sa pratique sportive. NDA.- afin de comprendre son personnage. La boxe donne un sens à son existence, elle est au centre de sa vie, elle, qui n’a pas de métier fixe. Elle n’est une professionnelle que sur un ring.

De la même manière, son corps et sa féminité sont évoqués très sporadiquement alors qu’il semblerait que ce soit des problématiques centrales dans la vie d’une boxeuse -si l’on s’accorde que la boxe est un sport largement considéré comme réservé aux hommes-

Laetitia est une jeune femme apprêtée et soigneuse mais qui n’est pas heureuse de son corps. Comme elle le dit elle-même, elle voudrait un corps de salle, un corps de boxe et un “corps de femme”, c’est à dire de ne pas avoir de bras aussi musclés et une poitrine plus proéminente.

Dans le milieu de la boxe, les femmes ont mauvaise réputation.  Il serait difficile de les entrainer parce qu’elles ne feraient pas la différence entre leur vie personnelle et la salle, d’autant plus qu’elles doivent, pour la plupart, gérer leur famille et un travail à côté.Mais, Laetitia est quelqu’un qui résiste et qui se distingue. Malgré son énergie parfois dispersée, c’est une personne pugnace qui fait de nombreuses heures de voiture pour s’entrainer, court, se met en danger. Elle n’a peur de rien et c’est là, où réside sa force.

Laetitia de Julie Talon, 1h20. En salles.

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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