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Rencontre avec “Comme nous brûlons”, festival queer et incandescent.

Le festival “féministe et queer incandescent”, “Comme nous brûlons” ouvre ce soir à La Station-Gare des Mines. Pendant cinq jours, auront lieu concerts, expositions, performances, lectures et autres ateliers queer. Une programmation riche et une belle émulation pour cette première édition ! Rencontre avec Soraya, des Amours Alternatives et Judith, de la Brigade du Stupre, noyaux durs du festival.

“Comme nous brûlons”, c’est qui ?

 

SORAYA : La Station a donné carte blanche à la Brigade du Stupre pour organiser ce qu’elles souhaitaient et elles ont lancé l’idée de “Comme nous brûlons”. Elles nous -Les Amours Alternatives, ndlr.- ont invité à jouer dans leur QG à Aubervilliers avec d’autres collectifs ou des personnes de nos différents cercles. C’était une sorte de brainstorming d’idées jusqu’au petit matin. Au fil de la journée, l’idée de festival est né. Je pense que dans le noyau dur doit être composé de 15 à 30 personnes.

JUDITH : “Comme nous brûlons” c’est les collectifs Retard, Les amours Alternatives et Brigade du stupre, mais c’est surtout le résultat d’une grande réunion initié par la Brigade, dans son salon, le temps d’un week-end, il y a 6 mois. Nous avions invité des personnes d’horizons différents, rencontrés au fil de nos engagements mais aussi de nos vies personnelles, avec lesquelles nous avions envie de collaborer, que nous avions envie de connecter aussi ensemble afin de faire grandir nos luttes, notre déconstruction et avec tout ça notre créativité . Nous ne savions pas du tout ce qui allait émerger de ces rencontres, et l’initiative est née, le dimanche soir. Nous sommes toutes-s uni-e-s par des convictions et des luttes communes, il y a de la diversité dans nos manière de les vivres et de les revendiquer.

“Comme nous brûlons”, ça vient d’où ? Qu’est-ce qui vous brûle au point de créer un festival ?

 

SORAYA : C’est surtout de beaucoup d’heures de réflexion, pendant les réunions où l’on devait trouver un titre, qui plaisait plus ou moins à tout le monde, et qui n’excluait personne. On avait un groupe où chacune balançait ses idées, jour et nuit. De mon côté, le nom représente le fait de vouloir discuter et s’approprier « ces enjeux brûlants », notamment la place des femmes dans notre société, la place et l’importance de la culture queer, en la rendant plus politique et moins « pailletée» . Le feu est un phénomène qui produit « un dégagement de chaleur et de lumière”, la chaleur ce sont nos convictions et tout ce qu’on essaie de défendre. Puis, la lumière c’est la mise en en place d’un endroit safe, où le dialogue est possible, entre nous, d’ouvrir cette culture à un public qui ne la connait pas, de proposer un long moment à ceux qui la connaisse, la lumière c’est l’union fait la force. Ce qui a brulé au point de vouloir créer un festival c’était aussi l’envie de visibiliser ces problématiques, de faire quelque chose qui n’a jamais vraiment été fait ici à Paris, proposer un line-up 100% féminin et queer, qu’on a aussi choisi en fonction des engagements personnels de chacun-e. En parallèle, on met aussi en avant des types de musiques, également peu représentés : garage, expérimentale/ambiant, punk …

JUDITH : On a passé un temps assez long à trouver un nom qui nous convienne à toutes, il faut dire que l’on a construit ce festival de manière horizontale, donc le nom devait convenir aux trente personnes de l’organisation. On a brainstormé des heures, des jours ! Et “Comme nous brûlons” est sorti, parce qu’il n’est a priori excluant pour personne dans ce qu’il vise, parce qu’il nous semble être un juste milieu entre la rage et la chaleur qui nous habite. À mi chemin entre l’espoir, le désir de rassemblement et la lutte. Et puis, il y a un truc noir romantique dans ce titre qui a dû nous séduire ! Nous sommes arrivé à un festival parce que la plupart d’entre nous agit dans le milieu artistique en tant que plasticienne, technicienne de l’image, administratrice, programmatrice, régie etc. Le format festival nous permet de donner de la visibilité et une place libre et safe à un grand nombre de femmes. Et qu’un festival est assez long, encore plus long qu’un week-end dans un salon d’Aubervilliers, pour faire naître des rencontres, des initiatives et nous emporter plus loin. Chaque festival est un petit monde qui ressemble à des vacances adolescentes, dont tu reviens -souvent- un peu transformé.

Born in Flames

Qu’est -ce qu’on pourra faire pendant ces cinq jours au festival “Comme nous brûlons” ?

 

SORAYA : Le but était de créer un espace où le public pourrait circuler entre expositions, projections, performances et musique. Tout au long du festival, une exposition sera présente : dessins, photos et peintures ( Superfeat, Celine Le Gouail, Camgirl 1.0 …) A partir de jeudi, des performances auront également lieu. On aura aussi le plaisir d’accueillir le dimanche, le Festival du Film de Fesse qui clôturera “Comme nous brûlons” avec une projection de courts-métrages.

JUDITH : Tu pourras assister à un bon nombre de concerts assez différenst et faire pas mal de découvertes, tu pourras plonger tes yeux dans des projections choisies avec soin et te délecter des œuvres choisies de 15 artistes visuels expossé dans l’espace de fête de manière un peu sauvage. Tu pourras aussi rencontrer une cartomancienne, admirer une performance de voguing, participer à des ateliers de self-défense, sérigraphie, déguster des élixirs éthérés fait maison, faire ton marché à la zinefair du dimanche etc.

Vous avez une programmation très riche qui mêle différents moyens d’expression. Quels étaient les critères que vous avez mis en place pour les sélectionner ?

 

JUDITH : Notre intention était de rendre la visibilité aux femmes et aux minorités opprimées. Du coup, notre sélection s’est d’abord focalisée sur ce premier critère, et c’est pourquoi nous n’avons pas d’homme cis-genre qui font partie de notre programmation. Nous souhaitions aussi diffuser des artistes qui se rattachent à une culture plus alternative. En acceptant notre proposition, nos artistes se doivent d’être sensible aux causes qui nous animent et qui nous amènent à créer ensemble, ce festival.

Dans la description du festival, vous dites “proposer aux intervenant.e.s et aux publics des opportunités de mise en scène, de mise en réseaux et d’agir ensemble”, comment cela va-t-il se passer, concrètement ? Ou comment espérez-vous que cela se déroule ?

 

SORAYA : Premièrement on a proposé aux artistes une scénographie libre, sur ce qu’elles allaient jouer, la prise de parole est libre. Je pense également que les ateliers comme la sérigraphie ou la lecture optimisent le dialogue et permettent au public de rencontrer des personnes, d’apprendre, d’échanger.

JUDITH : Les propositions de mises en scènes concernent les artistes essentiellement et les techniciennes lumière. L’idée est que nous ne cherchons pas nécessairement des formats classiques de concert ou d’intervention, mais surtout à ce que la scène soit pour elle un tremplin d’expression et un espace de carte blanche le temps de leur intervention. C’est le moment et le lieu pour tenter, par exemple, une idée de mise en scène, un nouveau son, un texte lu… La mise en réseau passe par la mise à disposition de nombreux moyens d’expression, d’action, et de rencontre. D’intervenantes à intervenantes, d’intervenantes à public, c’est un moment parfait pour créer des synergies spontanées et pérennes

Pourquoi avoir choisi La Station pour cette première édition ?

 

SORAYA : La Station a proposé cette carte blanche à la Brigade et c’est aussi un lieu que l’on connaissait toutes bien, d’ailleurs certaines filles de La Brigade bossent là-bas, facilitant le dialogue et surtout, nous avons eu une liberté quasi totale sur la programmation des artistes. C’est aussi un lieu qui rentre dans un engagement pluridisiplinaire et associatif, puisqu’ils proposent aussi des ateliers, des projections la semaine, des prix libres. Nous nous retrouvons dans les valeurs qu’ils prônent.

JUDITH : En effet, plusieurs filles de l’organisation travaille avec Mu, et que c’est un lieu intéressant, au milieu d’un rond point entre un périphérique, des prostitues et des réfugiés, initier un festival féministe à ce carrefour nous plaisait.

“Comme nous brulons”, ça va continuer après ? Est-ce que vous allez tenter d’ouvrir un espace d’échanges et de visibilités pérenne, continu ? Ou du moins, est-ce que ce collectif va poursuivre ses activités ?

 

SORAYA : Ca serait évidemment une bonne idée que l’alliance continue, que les énergies continuent de circuler de cette manière, travailler à plusieurs c’est bénéfique et il n’y a qu’à travers l’échange que les choses peuvent évoluer du bon côté.

Un dernier mot ?

 

SORAYA : Remercier Anna Wanda Gogusey de Retard Magazine pour son travail sur les visuels, le collectif Mu pour l’accueil, la Brigade du Stupre pour l’initiative, toutes les personnes qui soutiennent le festival, et j’espère qu’à notre échelle, dans l’union, on pourra changer quelques petits trucs ou même des grands, qui nous permettront de nous sentir plus à l’aise dans cette société. Venez-nous voir, venez voir les artistes, parce qu’on brulera même sous la pluie !

“Comme nous brûlons” du 28 juin au 2 juillet : https://www.facebook.com/events/697787690422870/

Préventes : https://www.yesgolive.com/station/cnb-1er-juillet

 

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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One Comment

  1. Guiboud says:

    Bel article et bravo pour cette manifestation diverse et variée. .

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