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DEENA ABDELWAHED : « Derrière mes platines je me sens comme un chef en cuisine ! »

Parce que l’ethnocentrisme musical n’a qu’à bien se tenir, depuis quelques années, des noms comme celui de Deena Abdelwahedviennent faire grincer les systèmes établis. La musique électronique peut être mélodique et raconter des histoires, ethnique et proposer de nouvelles choses, novatrice et donner à toute une génération le courage de la liberté. Deena Abdelwahed c’est la Tunisie nouvelle, encore emmitouflée dans ses fantômes du passé, mais en pleine transition, c’est la force de dire en mélodie ce qui se crie dans la rue. Deena Abdelwahed, tout juste signée chez Infiné Music et membre du collectif Arabstrazy, hypnotise le monde, renverse les codes, exalte le symbole d’un nouveau courage, celui de s’amuser et de l’assumer.

Voilà pourquoi il nous était impossible de ne pas l’inviter. Rendez-vous samedi 03 juin à Lille pour la Wet For Me – hors les murs – à l’Aéronef, pour un voyage tribal et divinatoire. Décharge à signer à l’entrée. En attendant, rencontre !


Le collectif Arabstazy : Mettani, WAF et Deena Abdelwahed © Wafa Benromdan

Née de parents tunisiens, tu as grandi au Qatar. Pourquoi ce choix du retour en Tunisie ?
Pour fuir le Qatar et étudier à l’Institut des beaux-arts à Tunis.

Tu te rappelles de tes premières impressions quand tu es arrivée à Tunis ?
Je crois que je me suis empêchée d’en avoir. Mon but ultime était d’observer les gens et de comprendre la société d’un point de vue totalement vierge. J’avais besoin de me faire ma propre idée du pays sans me laisser influencer par celle qu’on aurait pu tenter de m’inculquer.

Tu te souviens de ton premier coup de cœur musical ?
Mon tout, tout, tout premier ? Peut-être un des singles de Michael Jackson ou de sa sœur Janet !

Tu étais plutôt soul et hip-hop à la base non ?
J’écoutais tout ce qui passait par le walkman de ma grande sœur quand j’étais ado, avant de découvrir le Jazz via Internet. Une fois qu’Internet est devenu plus rapide, une fois que MySpace est devenu l’outil indispensable du moment pour promouvoir musiciens et DJs, Je me suis retrouvée à faire des playlists de Hip-Hop instrumental comme J-Dilla et Flying Lotus. Ensuite, je ne sais pas comment… mais le Juke et le Footwork sont devenue mes deux nouvelles obsessions !

Tu te rappelles de ton premier dj set ?
C’était avec le Collectif WORLD FULL OF BASS dans un bar/restaurant à Tunis. Les membres de ce collectif de DJs tunisiens locaux sont très fans de musique électronique, en particulier celle qui vient de Grande-Bretagne. Ils sont très ouverts d’esprit et essaient un maximum de promouvoir toute musique électronique expérimentale ou underground via leurs soirées.

Tu ressens quoi derrière des platines aujourd’hui ?
Je me sens comme un chef en cuisine ! J’aime vraiment me réapproprier les morceaux des autres et leur donner un autre sens. J’aime proposer des choses nouvelles. Ce qui me fait le plus plaisir c’est de faire hausser les épaules des gens qui ne dansent pas dans la salle. Mais en fait depuis un an je fais plus de lives que de DJs Sets. Mixer me manque ! C’est une prestation artistique directe et indirecte à la fois, j’adore ça !

Il se passe quoi aujourd’hui en Tunisie avec la musique électronique ? Un nouveau vent de liberté ?
Je dirais plutôt « nouveau vent de courage », le courage de lutter et résister. On n’est toujours pas libres ici. Les soirées de musiques électroniques en Tunisie existaient avant 2011. Mais de mon expérience, elles étaient moins populaires, moins accessibles et moins assumées. Aujourd’hui on trouve plein de soirées et évènements liés à la musique électronique “dansante”. Et cela sous plusieurs formes, toujours très bien organisés et qui intéressent la majorité des jeunes tunisiens.

Ces initiatives-là sont aussi bien commercialisées que les cabarets/Club Meds (pièges à touristes) de l’époque de Ben Ali et attestent d’une bonne direction artistique, bien authentique. En gros ce sont des teufs entre amis dans la campagne tunisienne pour fuir les flics. C’est quoi LE club underground à ne pas rater à Tunis ?
À mon avis, tout est underground en Tunisie quand il ne s’agit pas de musique POP arabe…

Tu as des noms d’artistes qui émergent en ce moment à Tunis et qu’il faudrait écouter absolument ?
En musique électronique je dirais Benjamy et EPI. Pour ce qui est pop alternative je dirais Ghoula.

Tout comme Fatima Al Qadiri tu as grandi dans un émirat. Tu penses que tu serais là où tu es aujourd’hui si tu étais restée en Tunisie ?
En y réfléchissant, je dirais que oui. Je ne serais peut-être pas aussi geek par contre. Mais, j’aime danser et j’aime m’exprimer à travers la musique, je pense que c’est quelque chose d’inhérent à ma personnalité.

On te compare souvent à elle ? C’est quelque chose qui te fait sourire ou t’agace un peu ?
Ça me fait sourire bien sûr ! Mais je ne suis pas d’accord pour me comparer à elle. On a, c’est vrai, grandi dans la même région, mais Fatima a beaucoup plus d’expérience et de projets derrière elle que moi. Moi je viens juste de commencer !

Tu as réagi comment quand on t’a invité à jouer à la Wet For Me ?
J’ai sauté de joie ! Je saute toujours de joie d’ailleurs à l’idée d’y rejouer samedi ! Mes ami(e)s m’ont beaucoup parlé des soirées Wet For Me, en particulier ma pote VJ Wafa Ben Romdhane. C’était ma première soirée exclusivement Queer et Femme l’anée dernière à Paris. J’ai hâte d’y être !

Tu connais un équivalent tunisien à Barbi(e)turix, quelque chose qui s’en rapprocherait dans la “promotion” du féminisme et de la culture lesbienne ?
En termes de soirées, non. Mais activisme, oui. Il y’a une association émergente et prometteuse qui s’appelle Chouf Minorities.

Être lesbienne/gay/queer à Tunis c’est quelque chose que tu jugerais de plutôt compliqué ou de plutôt “en pleine évolution” ?
Je dirais compliqué. Ce qui est en évolution c’est le fait de le revendiquer en public. Mais les conséquences sont très graves…

Tu te vois où et comment dans 10 ans ?
À l’aise avec le temps !

 

Retrouvez Deena Adbelwahed sur la scène de l’Aéronef – Lille à l’occasion de la Wet For Me – Aerogouine editionsamedi 03 juin, à partir de 19h, 168 avenue Willy Brandt, 59777 Lille.

 

 

 

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. timide says:

    La classe ….

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