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Cannes 2017 : et la Palme du sexisme revient à….

Barbieturix est partout ou presque. A Cannes aussi. Vous aviez suivi l’affaire de l’affiche où la plastique de Claudia Cardinale était amputée ? Vous pensiez qu’on en avait fini avec le mauvais goût et le sexisme ? Quenini… Cette édition 2017 ne nous a pas laissé de répit.

Épisode 1 : Petite leçon de phallocratie dans Libération. Terreur Graphique, sensé croquer le festival de Cannes avec humour, représente un couple arrivant au pied du tapis rouge : la femme, accrochée au bras de son mec car vacillante sur ses échasses, montre largement seins et fesses dans sa longue robe de sirène.

Elle ne pense qu’à se faire prendre en photo par la horde de photographes qui fusillent les célébrités. Elle réprimande son mâle hirsute (lui s’en fout bien sûr de son apparence, c’est un homme un vrai). Ils sont en retard car il « attendait la composition du gouvernement », elle ne veut pas « qu’il parle politique » car il lui « collerait la honte ». Elle, bien sûr, ne pense qu’à se pavaner et il ne semble pas prévu qu’elle puisse entretenir une conversation avec qui que ce soit (la parole étant réservée au sexe fort).

À la page suivante, une critique nébuleuse mais élogieuse de L’Amant d’un jour, film rance de Philippe Garrel qui ferait peut-être « un pas de plus vers le point de vue de l’autre sexe », on dirait plutôt vers le point de vue de l’autre sexe fantasmé par Garrel, car, dans ce film, les forcément très jeunes filles en fleurs passent leur vie à pleurer dans des hoquets orgasmiques, tentent de se suicider à cause d’un chagrin d’amour et l’une d’entre elles est fascinée par un professeur d’université (c’est bien connu, seuls les hommes occupent de telles fonctions comme il apparait clairement dans le film). Ce professeur au désuet petit cartable en cuir usé est qualifié de « sommité », ce qui doit sans doute le rendre attirant aux yeux de Garrel (parce qu’on cherche vainement la sexitude torride de ce petit homme rabougri). En outre, au sein de cette « université » les mâles professeurs s’enflamment pour la beauté de leurs étudiantes- leur intelligence n’est pas évoquée- : « tu as vu comme elles sont belles cette années » affirme l’un d’eux…

Enfin, pour couronner le tout, chez Libé, ils n’aiment pas du tout le magnifique Visages villages de la grande Agnès Varda, tourné avec l’artiste JR et pourtant l’un des plus beaux films de Cannes. Bref de quoi résilier son abonnement illico!

Épisode 2 : La PhalloPalme. Cette année, les « œuvres » en compétitions semblent s’être donné le mot. Dans les films, les femmes, si elles ont une profession, ne semblent jamais devoir l’exercer, toute dévouée à la cause du foyer. Dans le film La mise à mort du cerf sacré du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, Nicole Kidman est censée être « ophtalmologiste » et son mari chirurgien –le chirurgien est toujours au masculin au cinéma, car cette profession prestigieuse est forcément réservée aux hommes, point trop n’en faut– Nicole Kidman s’occupe constamment de ses enfants malades, fait la cuisine et – contrairement à son mari, présenté dans toute la splendeur de son art – n’est jamais représentée au travail qui ne semble pas exister. Il ne s’agit donc que d’une « étiquette » vide sans doute destinée à éviter les critiques féministes.

La PhalloPalme revient néanmoins sans conteste au Jour d’après du coréen chouchou des cinéphiles : Hong San-Soo. Le film est un vrai petit bijou qui semble avoir été créé tout exprès pour servir d’exemple à l’analyse des stéréotypes de genre au cinéma :

Un HOMME (la cinquantaine moche comme un pou, mais on s’en fout, c’est un homme donc il est séduisant) est bien sûr créateur : écrivain et éditeur prestigieux (associé aux piles de livres de son bureau). Les trois femmes qui l’entourent se battent littéralement pour l’avoir à leurs côtés. Sa femmes (mégère qui lui prépare quand même des mets délicieux, mais ça c’est normal) l’engueule constamment, morte de jalousie puis s’excuse (« c’est sans doute la ménopause » dit-elle  par texto !). Lui ne l’aime plus (elle est trop vieille) et a une très jeune maitresse (son assistante of course) qui lui susurre amoureusement : « Je t’aime car tu es une belle personne », ce à quoi il répond : « Toi, tu es belle ».

Après s’être séparé de la première assistante, il en engage une deuxième encore plus belle, jeune et charmante. La jeune fille (la pure jeune première), fascinée par l’écrivain, est immédiatement sur la pente glissante pour succomber très prochainement au charme torride (?) du quinquagénaire légèrement bedonnant et ivrogne. Son épouse (la mégère hystérique) arrive, pense qu’elle est face à la maîtresse de son mari, se jette littéralement sur elle et la roue brutalement de coups. Par la suite, les femmes ne font que rivaliser pour l’amour de cet homme. L’ancienne maîtresse (également jolie, mais en voie de perdre son charme) revient et réussit à faire virer illico presto la petite nouvelle pour récupérer « son homme » qui s’installe avec elle. Finalement, il la quitte par amour pour sa fille car sa femme lui fait bien sûr du chantage affectif, il retourne donc à la case départ avec la mégère en acceptant son tourment quotidien. Bref, un microcosme insupportable dans lequel les femmes se détestent toutes car elles sont forcément des rivales, filmé en noir et blanc (pourquoi ? on ne sait pas) dans le style minimaliste sous-rohmérien cher à Hong Sang-Soo. Un ennui mortel.

Mais vraiment qu’est-ce qu’on en a à faire des affres de cet égotique ? Hello, il se passe des choses dans le monde au delà du nombril du mâle tombeur (terminologie vieillotte empruntée au film de Garrel) a-t-on envie de crier ! Néanmoins, le critique du Monde déclare avec lyrisme : «  Le Jour d’après, profondément déchirant, ouvrant sur de véritables abîmes existentiels, marque une inflexion parmi les livraisons récentes du cinéaste, de par sa noirceur et son inquiétude vissée au corps » WHAAAAAAAT ?????

Un dernier petit détail : sur les 15 journalistes qui représentent la presse dans Le film français et qui donnent leur opinion quotidienne sur les films dans cette bible cannoise en quelque sorte, 13 sont des hommes.

 

 

Marianne pour BBX

One Comment

  1. garibaldi says:

    “Nicole Kidman est censée être « ophtalmologiste » et son mari chirurgien –le chirurgien est toujours au masculin au cinéma, car cette profession prestigieuse est forcément réservée aux hommes”
    Les clichés ont la vie dure également sous votre plume puisque … les ophtalmo sont des chirurgiens également ! C’est certes de la microchirurgie, mais de la chirurgie quand meme ! ;-)

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