Image Tampon Serviette

Pourquoi mouille-t-on, même lorsqu’on porte un tampon ou une cup ?

Alors qu’un jour j’admirais des corps transpirants essayant de mettre un ballon dans un panier de basket, j’ai reçu un message un peu déconcertant : « pourquoi mouille-t-on toujours avec un tampon ? ». La question n’est en réalité pas si anodine : le moteur de recherche me propose pas moins de 41 300 000 résultats pour ce sujet !

Mais difficile de trouver des réponses claires parmi les contradictions et imprécisions. Et si on replongeait dans les livres de biologie pour répondre à cette énigme ? Parlons de choses très intéressantes, i.e. parlons d’utérus, de vagin, de lubrification vaginale et de cyprine (ce n’est pas mon ex) !

Une réponse à l’excitation sexuelle : la lubrification vaginale

L’expérience montre qu’en réponse à une excitation sexuelle psychologique (émotionnelle), comme un corps magnifique se déhanchant juste sous les yeux, ou physique (stimulation de nos sens), comme le passage de la brise ou de tendres caresses sur une zone érogène, le corps subit quelques modifications. Les pupilles se dilatent. Le rythme cardiaque s’accélère ou s’arrête (ce deuxième état est fortement déconseillé). La température extérieure et intérieure augmente : soudainement il fait très chaud. Le clitoris se durcit, grossit. Et surtout, un fluide, différent de l’urine et des pertes blanches, se fait sentir au niveau de l’entre-jambe. Cela vous parle ? Scientifiquement, du lubrifiant est produit au niveau de votre vagin (du latin vagina qui veut dire fourreau, gaine ou étui épousant la forme, parfois l’étymologie est intéressante). Je sais, dit comme ça, c’est moins glamour.

Cette réponse naturelle a pour but premier de faciliter la pénétration avec tout objet érotique et de rendre le rapport sexuel plus agréable, voire extrêmement agréable. La production de lubrifiant varie d’un.e propriétaire de vagin à un.e autre (aucune étude scientifique ne donne la quantité de lubrifiant moyenne dans la population, allez savoir pourquoi !). Elle varie également en fonction de facteurs physiologiques (cycle menstruel, grossesse, ménopause, prise de médicaments, fatigue…) et environnementaux (température, lieu, stress…). Une absence de lubrification vaginale n’est pas synonyme d’absence d’excitation et inversement : la quantité de fluide n’est pas proportionnelle au niveau d’excitation ! Cependant, et vous l’aurez compris, pour une bonne lubrification vaginale, plusieurs conditions doivent être réunies : consentement (on ne le répète peut-être pas assez, mais le consentement, ce n’est pas important, c’est obligatoire avant et pendant un rapport sexuel !), excitation, désir (ne délaissez pas les préliminaires…) et une bonne condition physique et psychologique. En résumé, n’oubliez pas de prendre votre temps pour prendre votre pied. Une lubrification naturelle insuffisante et ce sera une pénétration douloureuse assurée. Au contraire, une lubrification naturelle très abondante (à ne pas confondre avec la femme fontaine) peut rendre le terrain un peu trop glissant.

Transsudation et cyprine

Ok, mais comment fabrique-t-on naturellement du lubrifiant vaginal ? Le lubrifiant vaginal est un mélange de fluides clairs voir même transparents et gélatineux, qui se répartissent sur toute la longueur des parois du vagin ainsi qu’au niveau de la vulve. Le lubrifiant est composé des sécrétions des glandes de Bartholin ou glandes vestibulaires (que de gros mots…) et de la « transpiration » du vagin (on parle également de transsudation).

Oui, notre vagin transpire. Même en dehors de rapports sexuels ! Cette transsudation permet de maintenir une humidité quotidienne essentielle à l’équilibre vaginal. Comment un vagin transpire me diriez-vous ? Le vagin est parsemé de petits trous microscopiques, de pores, qui filtrent le sang et laissent passer les autres liquides qui constituent le lubrifiant vaginal. Lors de l’excitation sexuelle, la circulation sanguine augmente, notamment au niveau de la partie supérieure du vagin (côté ventre), les vaisseaux sanguins gonflent, et par conséquent, la filtration du sang est accentuée. Il en résulte une transsudation plus importante, c’est-à-dire une production de liquide lubrifiant conséquente dans le vagin et principalement dans sa partie haute.

L’autre composant du lubrifiant est un fluide produit par les glandes de Bartholin. Les glandes de Bartholin sont situées à l’entrée du vagin, dans l’épaisseur des grandes lèvres, au niveau de la partie postérieure des petites lèvres (jetez un coup d’œil aux dessins !). Le canal de chaque glande de Bartholin débouche sur un orifice qui se localise entre le début du vagin et la petite lèvre. Le fluide sécrété par ces glandes porte le doux nom de cyprine. La cyprine permet de lubrifier l’espace entre les deux petites lèvres (voir de toute la vulve selon la quantité produite) et éventuellement le début du vagin mais pas l’intérieur.

« Un tampon ou une coupe menstruelle n’empêchera pas de mouiller »

Mais que devient le lubrifiant lorsqu’on porte un tampon ou une coupe menstruelle ? Tout d’abord, il faut savoir que les menstruations, ou les règles, sont des périodes de quelques jours durant lesquelles ce n’est pas le vagin mais l’utérus qui subit une transformation. Plus précisément, au cours des menstruations, une partie de l’utérus (appelée couche superficielle de l’endomètre) est éliminée. Cette élimination se caractérise par des pertes de sang qui cheminent de l’utérus aux petites lèvres en passant par le vagin. Plusieurs objets (mais un à la fois) peuvent être utilisés pour absorber ces saignements et autres fluides évitant ainsi de colorer de sang nos vêtements : les serviettes hygiéniques, les tampons (on ne parlera pas ici du danger que peuvent représenter les tampons) ou la coupe menstruelle. Pour rappel, la coupe menstruelle ou le tampon sont placés idéalement dans le vagin, dans sa partie supérieure ; les serviettes hygiéniques, à la sortie du vagin. Ainsi, le tampon ou la coupe menstruelle, en position haute par rapport aux glandes de Bartholin, ne peuvent pas absorber la cyprine, mais peuvent absorber une partie de la transsudation. Lors d’une excitation sexuelle, un tampon ou une coupe menstruelle n’empêchera pas de mouiller à l’entrée du vagin, mais peut limiter la mouille dans la partie supérieure du vagin ! CQFD.

Les soirées cyprines ont encore un long avenir devant elles. Et n’oubliez pas, le sexe safe c’est bien mieux que le sexe !

 

 

 

Légende des images :

Image Vulve : Localisation des glandes de Bartholin au niveau d’une vulve.

Image Vagin et Tampon : Localisation d’un tampon par rapport à un utérus, un vagin et les glandes de Bartholin (pour des raisons de lisibilités, certains éléments ne sont pas représentés, i.e. le clitoris, les ovaires…)

Anne-Charlotte

 

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