Monica – San Pedro Sula

Lesbiennes d’Ailleurs… Suite et Fin !

Barbi(e)turix rentre de voyage ! Après avoir passé plus d’un an de l’autre côté de l’Atlantique, notamment à la rencontre des lesbiennes d’Amériques du Nord et Centrale, Hannah est de retour en France. Mais avant de sauter dans l’avion, elle nous raconte les dernières étapes de son voyage…

Lors de la dernière édition de Lesbiennes d’Ailleurs, nous étions au Nicaragua, ma terre d’adoption, que l’on quittait direction le Guatemala. Après un certain temps à vivre quasiment comme une locale, il était temps de repasser en mode « touriste ». Je n’ai donc pu rencontrer que quelques femmes dans la capitale –qui s’appelle Guatemala aussi, très pratique–. J’ai notamment fait la rencontre de Secia, membre d’Odiscea, association militante lesbienne, à ma connaissance unique en son genre en Amérique Centrale. Selon Secia, le principal problème que rencontrent les femmes lesbiennes au Guatemala est l’ invisibilisation (bon, à vrai dire j’ai l’impression que c’est un peu le problème partout). C’est pourquoi tous les ans, au mois d’ avril, Odiscea organise une marche de la visibilité lesbienne.

Après un saut au Belize, où l’homosexualité a été décriminalisée dans le mois suivant ma visite (Coïncidence ? Je ne crois pas), je rejoins le Honduras avec Éric, un ami français et gay qui continue le voyage avec moi. Quelques jours sur l’île caribéenne de Roatán pour plonger (je passe mon niveau 1), un saut à San Pedro Sula, ville la plus dangereuse du monde, où l’on se risque à suivre une lesbienne locale, Monica, pour un dîner de street food (règle générale de l’Amérique Centrale = éviter de sortir la nuit), et nous rejoignons la capitale, Tegucigalpa, où une soirée d’anniversaire chez Maya, une lesbienne que j’avais « rencontrée » sur Tinder, nous attend.

Monica

Peu importe les résultats de ce projet, il m’aura au moins permis de rencontrer des locaux et de vivre des expériences que je n’aurais jamais pu vivre en tant que “backpacker lambda”. Le Honduras est un des pays les plus violents de la planète donc, si on ajoute le machisme, vous aurez compris qu’être gay n’est pas facile tous les jours, mais cela fait plaisir de voir que malgré tout, les personnes LGBT, dans les villes au moins, arrivent à se créer une communauté.

Deux jours plus tard nous sommes au Salvador, qui se dispute le titre de pays le plus meurtrier du coin avec le Honduras. Nous avons passé une petite semaine dans un « surf camp » du sud du pays –le yoga du matin face au Pacifique reste dans mon Top 10 des meilleurs moments. Il a donc été difficile de faire des rencontres, mais deux jours à San Salvador nous ont quand même permis de rencontrer Patty, un genre de Shane d’une quarantaine d’années qui s’est proposée de jouer les guides touristiques et nous a amenés visiter une superbe plage (où il s’avère soit dit en passant que des gangs s’entretuent de temps en temps), et Barbara, qui résume la situation des lesbiennes en ces termes : le plus dur n’est pas d’être homosexuelle mais bien d’être une femme. Je crois que beaucoup de filles de la région confirmeraient ce sentiment (l’Amérique Latine a les taux de féminicide les plus élevés du monde).

Barbara

Nous continuons ensuite notre descente vers le sud. Après une petite pause au Nicaragua où je reprends mes marques, Éric prend des cours d’espagnol et visite le Costa Rica. Nous nous retrouvons quelques semaines plus tard, direction le Panama. En raison de déboires à la frontière, nous n’avons que quelques jours là-bas. Tout juste de quoi voir le fameux canal et de vivre une autre expérience de mon Top 10 : prendre un coucou de neuf places direction la frontière colombienne, où, après un sévère contrôle visant à vérifier qu’on ne trimballe pas des kilos de coke, un petit bateau à moteur nous emmène à Capurganá, village paradisiaque de Colombie. Nos six semaines colombiennes commencent bien ! Comme au Guatemala, l’aventure penche plus du côté touristique car nous sommes à nouveau rejoints par deux amies françaises. De la plage, des montagnes sublimes en passant par la jungle, la Colombie offre tout ! Après leur départ, Éric va faire de la rando, et je rejoins Bogotá. La rencontre principale de cette étape est Estefanía, avec qui je suis toujours en contact. Grâce à elle et un couple d’amies, j’ai découvert quelques bars gays de la capitale.

Estefania

On sent un ouverture plus importante qu’en Amérique Centrale, et une grande différence avec les soirées gays parisiennes : les gens dansent extrêmement bien et ensemble, et non pas dans leurs bulles d’électro sous MD. C’est aussi à Bogotá que j’ai découvert le meilleur club gay du monde –oui, oui. Theatron est un lieu immense d’environ quinze salles à ambiances différentes. L’une est par exemple réservée aux femmes, une autre offre une ambiance pub, et elles sont toutes en cercle autour d’une énorme cour intérieure.

Le Theatron

Après l’effervescence de la ville, je découvre le calme de l’Amazonie et nous réalisons un rêve commun de descendre l’Amazone en bateau : 3,5 jours dans des hamacs, sans wifi, avec 98% de locaux, jusqu’à Manaus : génial. Nos chemins se séparent dans la forêt : Éric reste au Brésil pour trois semaines de gaies vacances avant de rentrer, et je m’envole pour Cuba. Dix jours à La Havane, ultra différente de tout ce que j’avais pu voir jusqu’ici. Photogénique à souhait, l’ambiance voyage dans le temps de l’île n’est pas forcément évidente au quotidien. Puisqu’à la mort de Castro certain.e.s se sont empressé.e.s de vanter ses mérites, on rappellera que les LGBT étaient enfermés dans des camps jusqu’à la fin des années 90… Aujourd’hui la fille de Raúl, Mariela, gère le Cenesex,un centre dédié aux personnes LGBT. Je leur ai rendus visite mais le centre était presque vide pour cause de semaine de fête nationale, et ils n’étaient pas enchantés de me parler. J’ai aussi la chance d’être logée chez un ami gay, ce qui m’aura permis de rencontrer deux lesbiennes locales, Lisa et Yanet et de connaître les soirées gays du La Havane underground.

Yanet

Dix jours plus tard, je suis de retour à Mexico, où je vais rester deux mois et tomber encore plus amoureuse de cette ville. Entre des petites escapades, beaucoup de boulot perso, et la visite de Stef (cf. supra), ces huit semaines sont passées en flash. J’ai enfin pu aller à Kinky, le seul bar de la Zona Rosa qui propose une soirée lesbienne décente, malgré les strip-teaseuses, et où j’ai d’ailleurs recroisé Tania, la première lesbienne que j’avais interviewée ici.

Je quitte le Mexique pour les US où je vadrouille dans des états improbables pendant six semaines, sur les traces de la campagne présidentielle (au programme, rallyes Clinton et Trump, que du bonheur). En plus de me faire découvrir des nouvelles villes, le Couchsurfing m’a fait rencontrer des gens trop cools. Alyssia par exemple, lesbienne et prof de collège à Pittsburgh, qui m’a emmenée à son entraînement de rugby (so gay!)

Alyssia

Ou encore Anna et Scott, un couple hétéro qui attend son premier bébé et refusent de le genrer. J’ai aussi revu des ami.e.s d’il y a longtemps et d’autres de plus récemment. Sasha m’a emmenée à un Queeraoke à Boston, et Becca, que j’ai rencontrée le jour de mon arrivée à Mexico puis revue à LA et NY et qui travaille pour GLSEN, une organisation LGBT dont le but est de lutter contre les discriminations homophobes à l’école.

Au bout d’un mois à New York, ville amour de ma vie, j’ai refait un saut à Montréal pour boucler la boucle et ai eu l’occasion de reprendre Alexe en photo. En novembre 2015, elle avait accepté de poser cachée derrière une feuille morte car elle était encore dans le placard, et cet été elle m’avait écrit pour me raconter que cette fameuse photo l’avait aidé à s’accepter et que depuis elle avait rencontré sa première copine et était super épanouie.

Alexe et Mélissa

Je les ai donc prises en photo ensemble ! J’ai également testé le coiffeur queer de Montréal par excellence, JJ, histoire de me faire belle pour le retour. Je suis à Paris pour quelques semaines, et je vais avoir le temps de capter une Wet avant de repartir, trop bien ! Oui, parce que la conclusion de tout ça, c’est que les lesbiennes parisiennes sont quand même assez gâtées.

 

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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One Comment

  1. K.oh says:

    “les gens dansent extrêmement bien et ensemble, et non pas dans leurs bulles d’électro sous MD”
    ;)

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