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To Survive on this Shore : portraits de transgenres

Depuis 2013, Vanessa Fabbre et Jess T. Dugan rencontrent des transgenres de plus de 50 ans. L’une est universitaire, elle étudie le bien vieillir des transgenres, la transphobie et l’hétéronormativité, l’autre est photographe et s’intéresse aux communautés queer et transgenre. To Survive on this Shore est leur projet hybride. Entre enquête, militantisme et geste artistique.

Leur travail est un préambule à un livre et à des expositions. Il porte sur la représentation des transgenres qui vieillissent, une communauté largement invisibilisée dans nos cultures. Le travail est un miroir sociologique centré sur la parole des personnes rencontrées qui s’expriment sur le genre, l’identité, l’âge et la sexualité, des personnes dont l’expérience entremêle de multiples intersections. C’est aussi une galerie de portraits lumineux et perçants où le regard occupe une place prépondérante.

« Parfois, la transition signifie la fin d’une relation et dans certains cas la fin de toute la vie qui s’était construite, et cela peut être très douloureux, mais aussi incroyablement libérateur, je crois qu’il y a quelque chose comme un moment d’euphorie qui arrive » raconte Jess T. Dugan en commentant son travail.

Grace, 56 ans, de Boston : Je me vois encore comme en voyage. Lorsque j’ai reçu un prix il y a quelques années, j’ai dit dans une conférence : « Dans les années 60, on m’appelait ‘petit PD ‘. Dans les années 70 on m’appelait ‘PD’. Dans les années 80 j’étais une reine, ou on m’appelait reine. Dans les années 90, j’étais transgenre. Dans les années 2000 j’étais une femme. Et maintenant je suis juste Grace.

Helena, de Chicago, 63 ans : « L’autre jour je travaillais dans le bureau que je partage avec ma colocatire et elle m’a dit : ‘en fait si tu étais une femme tu comprendrais’ ; Et j’ai pensé, ‘Woo. Incroyable. Et je vis avec cette nana. Sept ans et elle ne comprend toujours rien’. Je n’ai pas relevé parce que j’ai pensé, voilà. On ne va pas revenir en arrière. Tu dois avoir le sens de l’humour et choisir tes combats avec prudence, parce qu’ils ont des conséquences émotionnelles qui produisent du stress. C’est contre-productif ».

Chris, de Boston, 52 ans : « Je sens que j’ai toujours été puni pour ma masculinité quand j’étais désignée comme femme, par les hétéros et par les lesbiennes. Je n’étais pas le genre de femme qu’une femme ou qu’un homme voulait à ses côtés. Je faisais peur et les gens ne savaient pas quoi faire avec moi. J’étais un drôle d’oiseau dans la façon de présenter mon genre. Ma transition a été un véritable nirvana, j’étais en phase avec moi-même, et que les gens me traitent bien du coup, ça a été incroyable ».

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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