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Cuba : l’autre révolution

Coïncidence hasardeuse, à l’heure où les médias du monde entier ont les yeux rivés sur Cuba suite à la mort l’ancien révolutionnaire et dictateur Fidel Castro, HBO a diffusé hier soir un documentaire de 40 minutes de Jon Alpert autour de la lutte pour la reconnaissance des droits LGBTI de Mariela Castro, nièce de Fidel et fille de l’actuel président Raul Castro, intitulé Mariela Castro’s March: Cuba’s LGBT Revolution.

Membre de l’assemblée nationale, Mariela Castro est aussi la directrice du Centre National d’Education Sexuelle de Cuba et de la revue « Sexologie et société ». Le teaser en ligne sur la chaine fait entendre sa voix : « J’ai décidé d’affronter les préjugés sociaux dans une société aussi machiste que Cuba. Je savais que ce ne serait pas chose facile. Même pour quelqu’un qui s’appelle Castro ». Celle que l’on surnomme parfois la « bonne fée » des gays sur l’île est depuis longtemps une militante pro-LGBTI qui s’est aussi investie dans les campagnes de prévention contre le VIH.

Âgée de 53 ans, Mariela hétéro plusieurs fois mariée, a grandi dans les années de persécution institutionnelle de l’homosexualité, alors considérée comme une déviance et un vestige obsolète du capitalisme par le régime de Fidel qui prévoyait des camps de travail pour rééduquer les brebis égarées. A cet égard on se souvient du récit autobiographique de l’écrivain homosexuel Reinaldo Arenas (1943-1990), d’abord rangé aux côtés des révolutionnaires pour renverser Batista puis ferme opposant au régime castriste, qui retrace son expérience dans ces camps. Intitulée Antes que anochezca, l’autobiographie a été portée à l’écran par Julian Schnabel en 2000 avec un Reinaldo-Javier Bardem bouleversant. Les relations homosexuelles ont été dépénalisées dans l’île en 1979 mais l’homophobie et la transphobie restent très importantes.

Concrètement, Mariela a appuyé de nombreuses initiatives : l’engagement du ministère de la santé à financer gratuitement le changement de sexe, la lutte contre la discrimination dans le code du travail. Elle milite également pour l’union civile avec en ligne de mire une révision de la constitution pour 2018. Depuis 2010, la communauté a davantage de droits et de visibilité dans l’espace public. En 2010, Fidel reconnaissait la grande injustice avec laquelle le régime avait traité les homosexuels et en 2013, le PC cubain exhortait ses militants à s’opposer par devoir à toute forme de discrimination concernant l’orientation sexuelle.

Malgré son activisme, elle soutient fermement le régime de son père, et s’est plusieurs fois exprimée sur son adhésion sans faille au parti unique. Nelson Gandulla Díaz, directeur de la Fondation indépendante pour les Droits LGBTI exprimait dans un entretien il y a deux ans toute sa méfiance à l’égard de Mariela Castro, prompte à soutenir surtout les partisans du régime, et dénonçait un engagement destiné à redorer le blason de la dynastie Castro. Car pour nombre d’opposants, Mariela est aussi la « frivole petite princesse du castrisme » dont la tolérance et la conception des libertés adoptent une géométrie étrangement variable. Une dimension occultée par Jon Alpert, le réalisateur de Cuba’s LGBT Revolution.

 

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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