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Etats à unir

C’est une dure nuit qui tombe, c’est un étrange jour qui se lève. Le monde à venir va donc être marqué par la présidence d’un raciste misogyne, accusé d’agressions sexuelles et ayant une expérience politique risible, alors que nous avons cru jusqu’au dernier moment que non, tout de même, les Etats-Unis n’iraient pas aussi loin, n’allaient pas franchir un tel pas dans la folie collective.

Et pourtant. Je n’ai pas de paroles pour cet instant, juste un frisson animal de terreur, un vide nauséeux au creux des tripes, et le vertige quand j’essaye de réaliser l’ampleur catastrophique des conséquences géopolitiques et sociales qui vont tout-e-s nous toucher, d’une manière ou d’une autre, bientôt ou plus tard.

Sur mon fil Twitter, dont je n’ai pas pu décrocher un seul instant durant cette nuit de cauchemar, le staccato de monosyllables désespérées et le choeur grandissant de lamentations ont été progressivement grossis d’un autre genre de post : des numéros de hotlines de prévention de suicides, des liens vers des sites ou des applications de soutien antiracistes et pour personnes trans, d’associations LGBT+ et ainsi de suite. Quelque part dans l’horreur, des personnes ont pensé aux minorités, aux personnes qui étaient les plus vulnérables, les plus terrifiées, les plus seules. Celles-eux qui allaient être touchées en premières et de plein fouet, dans leur vie et leur chair, par ce triomphe d’un populisme haineux qui ne demande qu’à se déchaîner en fascisme.

Et peut-être que c’est la seule chose que nous pouvons faire maintenant. Peut-être que le moment est venu de regarder autour de nous, là-bas comme ici; le moment de faire le décompte de tous ceux qui seront les plus vulnérables, et de réfléchir, rapidement, à tout ce que nous pourrions faire pour nous protéger mutuellement du pire. Les temps à venir vont être terriblement, abominablement durs, il n’y a rien qui pourrait adoucir cette nouvelle réalité.

Convergeons, rassemblons, protégeons les nôtres – LGBT+, racisé.e.s, femmes, migrant.e.s, réfugié.e.s, précaires, écolo.e.s, sonneu.ses.rs d’alerte, et tant d’autres – et peut-être que nous réussirons à sauvegarder quelque chose du monde de celles et ceux qui déborderont toujours du régime démentiel et masculiniste qui gronde désormais. L’attention et la bienveillance sont des armes politiques, et bien que le pire semble à nouveau terriblement possible, il nous faudra croire encore et encore aux solidarités qu’elles peuvent forger. C’est si peu pour contrer l’angoisse animale, mais céder au cynisme, ou à la résignation est toujours jouer le jeu du pouvoir, et c’est une chose que nous devons désapprendre d’urgence si nous voulons survivre à ce qui ne tardera pas à venir en France, également.

Veillez les un.e.s sur les autres. Prenez soin les un.e.s des autres. Je désire cette attention, cette tendresse politique, comme la chose la plus subversive et la plus tenace que nous puissions faire, dans la lumière de ce jour impitoyable qui se lève.

Kit

Kit est un croisement entre ta prof de lettres préférée et un monstre sous-marin tentaculaire énervé et misandre, un animal hybride qui hante les bibliothèques et les failles spatio-temporelles.

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2 Comments

  1. Elodie Jane says:

    Un très bel article concis qui a su le temps d’un instant stopper mes larmes! Tout simplement merci <3

  2. LoveJessy says:

    Je ne voulais pas de Sarkozy, je ne l’ai pas trouvé si mal que ça. Oui, Trump a tout du “gros con”. Manquerai plus qu’on est Lepen l’année prochaine et c’est la caca…

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