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Black Mirror : bienvenue dans le futur

Le 21 octobre, la saison 3 de Black Mirror sortait sur Netflix. Six nouveaux épisodes à ne surtout pas binge-watcher. L’abus de Black Mirror étant dangereux pour le moral.

Quand il s’agit de série, les anglais ont un petit quelque chose de plus… Misfits, Utopia ou encore Pinky Blinders ont toutes en commun cette capacité à réinventer les genres, à détourner les codes et à mettre en scène des personnages réalistes, capables de coller aux évolutions de la société. Black Mirror n’échappe pas à la règle. Avec son côté artisanal, sa maîtrise parfaite de l’intrigue et son casting 5 étoiles, elle s’inscrit dans la lignée des séries british cultes.

Pour celles qui ne connaissent pas la série, Black Mirror est un OVNI dans le paysage audiovisuel aussi fascinant que dérangeant. Il a suffi de 7 épisodes diffusés sur Channel 4 pour que le public et les spectateurs soient irrésistiblement séduits par cet objet télévisuel à forte teneur anxiogène. Créé par Charlie Brooker, cette métafiction explore sans concession notre rapport aux médias et aux nouvelles technologies. A l’ère du tout à l’écran, des objets connectés et des réseaux sociaux, Black Mirror s’interroge dans ces contes horrifiques 3.0 à l’impact de ces innovations dans nos vies. Comme dans un recueil de nouvelles, chaque épisode est indépendant et constitue une réflexion sur notre époque obsédée par les images et les miroirs.

Avec son humour acide et irrévérencieux, Charlie Brooker, le papa de Black Mirror, identifie les pire défauts de ses contemporains pour proposer un futur imparfait, une dystopie cauchemardesque mettant en scène nos pathologies numériques. Dans la lignée des satires du XVIIIeme siècle, d’Utopia de Thomas More, de 1984 d’Orwell ou encore d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, Black Mirror est une invitation à passer de l’autre côté du miroir pour prendre conscience du rapport violent et pernicieux que nous entretenons avec les médias. Mais si les nouvelles technologies sont omniprésentes dans la série, l’humain est la véritable matière des fictions philosophiques de Charles Brooker.

Malgré des épisodes indépendants aux genres et aux univers variés, les personnages sont toujours confrontés à des dilemmes brutaux mettant à nu notre propre humanité et la complexité de notre relations aux nouvelles technologies capables d’influencer jusqu’à notre libre arbitre. Piratage, emprise des réseaux sociaux, réalité virtuelle, conditionnement mental, espionnage, voyeurisme, surenchère du spectacle médiatique, aliénation de la reconnaissance, dictature de l’évaluation, injonction au bonheur virtuel sont autant de thèmes abordés par la série. Difficile de vous en dire plus sans vous spoiler. Et à l’ère des réseaux sociaux, le spoil est un crime de lèse majesté (surtout quand la série reposant essentiellement sur le twist). Une chose est sûre, vous ne sortirez pas indemne de cette expérience cinématographique.

Une lueur d’espoir tout de même : San Junipero, le lumineux épisode 4 de la sombre saison 3. Plus proche de l’utopie que de l’univers dystopique si cher à la série (le seul de toute Black Mirror à ce jour), San Junipero nous offre une vision poétique et optimiste des technologies. Dans ce conte numérique, la douce Yorkie (Mackenzie Davis ) tombe éperdument amoureuse de l’excentrique Kelly (Gugu Mbatha-Raw). Surfant sur notre nostalgie des années 80, cet épisode est coloré, poétique et joyeux. Si au premier abord, on pourrait penser que San Junipero est un anti Black Mirror, tant par l’esthétique onirique de l’épisode que par les codes de la romance qu’il exploite, San Junipero n’en reste pas moins une réflexion sur les technologies, notre fascination pour le passé et le sens des regrets. Une histoire d’amour lesbienne idéale pour soulager vos esprits perturbés par le visionnage de cette série o combien éprouvante. Et si vous ne comprenez rien au début, c’est normal ! Tout est dans le twist. Et quel twist !

Julie.R

Buveuse d'encre et de cachaça. Team Poufsouffle. Attend la fin de l'impossible.

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