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Chair collaboratrice : la mobilisation contre le sexisme en politique continue

Vous vous souvenez certainement : en mai dernier, France Inter et Mediapart recueillaient les témoignages de femmes victimes de harcèlements et d’agressions sexuelles de la part de Denis Baupin, ex-député EELV, qui démissionna alors de son poste de vice-président de l’assemblée nationale. Dans le sillage de l’affaire Baupin, plusieurs femmes et journalistes politiques s’étaient exprimées. En septembre est également né « Chair collaboratrice ». Focus.

Quatorze témoignages ont été recueillis et le procureur a ouvert une enquête à l’encontre de Denis Baupin suite à quatre plaintes déposées, les autres faits rapportés ayant prescrit. Auditionné en août, l’homme politique a nié les faits pour simplement reconnaître « un certain nombre d’échanges de SMS dans un contexte de séduction réciproque ». En mai, quarante femmes journalistes signaient un manifeste publié en une de Libération, dix-sept anciennes ministres françaises de droite et de gauche signaient une tribune dans le JDD intitulée « Nous ne nous tairons plus » dans laquelle elles annonçaient leur intention de dénoncer « systématiquement toutes les remarques sexistes, les gestes déplacés, les comportements inappropriés ».

En septembre dernier, le site “Chair collaboratrice” était lancé afin de recueillir les témoignages du sexisme dans le monde politique. Les créatrices sont convaincues que du sexisme ordinaire naissent les agressions : « Beaucoup de gens, femmes comme hommes, continuent d’omettre ou de nier que c’est une ambiance sexiste que nous vivons au quotidien, constituée de blagues lourdes, de regards suggestifs, de gestes déplacés. Cette ambiance, nous pensons qu’elle constitue le terreau sur lequel peut prospérer ensuite le harcèlement voire les agressions sexuelles ».

Il s’agit de montrer « le caractère massif et quotidien du sexisme dans le milieu politique, toutes tendances politiques confondues ». Un sexisme plus important dans ce milieu en raison de la faible proportion de femmes et de la forte hiérarchisation des relations. Et surtout il s’agit de contrer l’effet double peine bien connu des victimes qui portent plainte : ces dernières, loin d’être valorisées pour leur démarche courageuse, faite en dernière instance pour le bénéfice de l’ensemble de la société, sont stigmatisées et amoindries en raison même de leur statut de victime. La France est un pays éminemment sexiste qui regarde les victimes d’agression sexuelle comme des personnes suspectes. Le sexisme ambiant agit comme un miroir sans fin de sa propre infamie.

Le monde politique plus sexiste qu’ailleurs ? C’est dire, car le rapport de 2015 « Le sexisme dans le monde du travail. Entre déni et réalité » du Conseil Supérieur de l’Egalité Professionnelle entre les femmes et les hommes présente le sondage qui a servi de base à son projet en ces termes :

« Cette enquête, à laquelle 15 000 salarié-e-s ont répondu, met en évidence une forte prévalence d’un sentiment de sexisme au travail, avec des répercussions en termes d’impact sur la confiance en soi, la performance et le bien- être au travail. 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, elles sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes ».

Il y a un vrai problème de vocabulaire, en fait plus que cela, il y a un problème d’appropriation de ce monde par les femmes qui passe par l’exercice partagé des mots pour le dire. Le rapport présenté par le CSEP offre une introduction très intéressante sur le sexisme, un mot encore tabou, dont elle retrace l’histoire depuis son apparition dans les années 60.

Cette connaissance s’avère bien utile lorsque bruissent les mouvements réactionnaires des revendications d’une exception française, la gauloiserie, la grivoiserie, ou simplement la galanterie, une façon de brouiller les pistes sur fond de conceptions largement passéistes. « Se parer, plaire, séduire, aimer, donner la vie continuent de faire sens pour la condition féminine » peut-on lire dans un essai indigent publié il y a deux ans, qui reprend ni plus ni moins que les traités de la fin du XVIIIe siècle qui ont présidé à l’élaboration du modèle bourgeois d’épouse et de mère. La « condition féminine » ? Une expression surannée qui désigne un état subalterne dans la hiérarchie, un état de soumission à des représentations normées.

L’initiative chair collaboratrice est vitale dans ce beau pays où les auteurs de harcèlement ou de violences sexuelles pourront, quoi qu’il arrive, continuer d’occuper leur poste d’élu, en toute impunité.

 

 

 

En savoir plus :

https://chaircollaboratrice.com/

 

Rapport de CSEP sur le sexisme dans le monde du travail :

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/154000174.pdf

Geneviève Fraisse, « En finir avec la « condition ‘féminine’ », Féminin. Masculin. Mythes et idéologies, sous la direction de Catherine Vidal, Belin, 2006.

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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