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La mobilisation des Polonaises contre le projet de loi anti-avortement

Jeudi dernier le parlement polonais débattait sur une proposition de loi visant à interdire totalement l’avortement, et à sanctionner tou.te.s ceux et celles qui la pratiquent, femmes enceintes, médecins, personnel soignant de cinq ans de prison, trois en cas de pratique involontaire.

En ligne de mire de ce projet : la criminalisation des femmes, le contrôle étroit de leur corps, la plus grande précarité des plus vulnérables. Depuis le mois d’avril, des Polonaises, parmi elles des catholiques ferventes, se rassemblent et manifestent pour dénoncer un projet de loi odieux.

En 2011 l’initiative citoyenne menée par l’institut Ordo Iuris qui visait à faire abolir les exceptions à l’interdiction générale de l’IVG en Pologne avait échoué. Mais le retour en force du parti très conservateur Droit et Justice (PiS), dont est issu l’actuel président et détenant la majorité absolue au parlement a changé la donne. Présenté en mars et déposé en juillet, le projet, appuyé par l’Eglise polonaise, veut revoir la loi de 1993 autorisant l’avortement en cas de risque pour la vie et la santé de la mère, d’examen prénatal indiquant une pathologie grave irréversible chez l’embryon, et de grossesse issue d’un viol ou d’un inceste. La loi actuelle conduit chaque année de nombreuses Polonaises, entre 80 000 et 100 000, à avorter clandestinement ou dans les pays voisins, celles du moins qui en ont les moyens.

En Espagne, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy avait aussi tenté de restreindre le droit à l’avortement libre jusqu’à quatorze semaines pour ne l’autoriser qu’en cas de risque pour la mère ou de viol. Un vaste mouvement de protestation s’était alors cristallisé autour du « Train pour la liberté » en 2014, avec des records d’affluence aux manifestations de février 2014, imitées dans plusieurs capitales mondiales. Le projet avait été retiré et le ministre en charge démis de ses fonctions.

En Pologne, le parlement a décidé d’étudier le projet d’initiative citoyenne. Nous avons discuté avec Ada Petriczko, journaliste pour Wysokie Obcasy (Talons aiguilles) le magazine hebdomadaire féministe du grand journal Gazeta Wyborcza autour de la mobilisation des Polonaises contre ce projet.

BBX : A quel moment a démarré la mobilisation?

AP: Début avril, lorsque l’on a appris que le projet était lancé, quelques femmes ont créé un groupe facebook, Dziewuchy Dziewuchom (les femmes pour les femmes), une plateforme d’échanges. Les amies invitaient leurs amies et le nombre des membres a vite augmenté. Des célébrités ont commencé à se photographier avec le slogan #Popieram dziewuchy (je soutiens les femmes) et la première manifestation devant le parlement a été un succès.

Quelque mille personnes se sont regroupées avec un cintre pour rappeler les conditions d’avortement bricolé d’un autre âge. Les manifestations se sont poursuivies en juin, en particulier lors de la marche de la dignité. Aujourd’hui le groupe compte 105 596 membres, hommes et femmes, de tous les âges, en Pologne et ailleurs, surtout dans les grandes villes. C’est une plateforme qui a permis de faire connaître la mobilisation et qui a certainement donné le courage de se mobiliser à certaines femmes.

BBX : A part Dziewuchy Dziewuchom, d’autres collectifs sont mobilisés ?

AP : Le collectif Ratujmy Kobiety (Sauvez les femmes) défend les droits de procréer des femmes. Il a déposé une initiative citoyenne pour assouplir la loi de 1993 et faire barrage à l’autre projet. Ce que veut Ratujmy Kobiety c’est la législation qui s’applique partout ailleurs en Europe où les femmes peuvent librement avorter jusqu’à la douzième semaine. Le parlement polonais a rejeté cette initiative sans autre forme de débat. Il y a aussi Porozumienie Odzyskać Wybór (le libre choix), une coalition de plus de 80 associations pour libéraliser la loi sur l’avortement.

BBX : On imagine que la mobilisation va continuer voire s’intensifier?

AP : Oui bien sûr. Des manifestations sont organisées un peu partout en Pologne. Les participantes s’habillent en noir dans des #BlackProtest, pour signifier leur combat pour l’avortement légal. Une autre grande manifestation devant le parlement aura lieu le 1er octobre. Si ce projet aboutit, la Pologne aurait la loi la plus restrictive au monde avec le Salvador et le Guatemala.

 

 

Un grand merci à Ada et aussi à Chloé, Emilie et Joana.

Pour soutenir les militantes polonaises, rassemblement devant l’ambassade de pologne dimanche 2 octobre a 15h métro Invalides.

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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