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OITNB saison 4 : La lesbienne de télé a une espérance de vie plus faible que n’importe quelle autre espèce

« Y a-t-il un groupe de soutien pour les gens qui viennent de finir la dernière saison d’OITNB ? ». Ce tweet d’une amie après avoir terminé la saison 4 résume assez bien l’effet causé par la saison 4 d’Orange Is The New Black, a.k.a la série Netflix préférée des lesbiennes.

Le moment de joie folle et enfantine qui clôturait la saison 3 prend fin par la force dès les premières minutes de cette saison et donne le ton d’une longue descente aux enfers. Les conséquences du transfert de la gestion de la prison à une société privée, la MCC, se font lourdement sentir avec l’arrivée d’un énorme contingent de nouvelles recluses, et des nouveaux gardes au style légèrement plus « gestapo » que les précédents. Mais avant que je n’en dise trop, j’invite celles qui vivent encore dans l’ignorance heureuse des derniers épisodes à arrêter leur lecture ici.

Tout n’est pas tout noir à Lichfield, il faut l’admettre, Nikki revient, et Caputo intervient finalement pour faire sortir Sophia de sa cellule d’isolement – sa moustache est toujours aussi ridicule et lui toujours aussi mou mais il garde un semblant de conscience -. L’arrivée de Judy King apporte son lot de situations comiques et l’on peut continuer de rire avec Taystee, aux dépens de Lolly et Crazy Eyes ou encore des claques que se prend l’ego de Piper (bien qu’une certaine scène de marquage au fer rouge soit assez violente). D’ailleurs, pour nos petits cœurs d’homos emos, Alex et Piper se réconcilient une énième fois, et Poussey et Soso nous font fondre avec leur histoire d’amour si adorable… Enfin, jusqu’à ce que l’impensable n’arrive.

Dans un twist de scénario au moins aussi con que celui de la mort de Dana dans The L Word, la team d’auteurs d’Orange décide de tuer Poussey. Poussey, morte. Et comme on n’est pas dans de la science-fiction, elle ne va sûrement pas revenir en mode Buffy. Mais plus que le fait qu’elle meure, c’est la façon dont elle est assassinée qui traumatise. Je vous jure que je ne suis pas une malade qui croit que les personnages de série sont réels, mais une semaine après j’ai encore un peu de mal à m’y faire.

Les deux dernières années de la politique US ont été marquées par la progression du mouvement Black Lives Matter, né en réaction aux crimes de violence policière visant (presque) exclusivement les afro-américains et restant à 99,99% du temps impunis. La mort de Poussey illustre cet horrible pan du racisme systémique des Etats-Unis. En effet, une suite d’évènements pousse les prisonnières de Litchfield à se lancer dans un mouvement de protestation pacifiste, qui se transforme en émeutes grâce aux nouveaux gardes-slash-SS de la prison. Au cours de ladite émeute, Poussey se fait plaquer au sol et asphyxier par l’un d’eux (cette mort renvoie directement à celle d’Éric Garner en 2014), Bailey, qui est pourtant l’un des « gentils ». On a envie de hurler en direction de son écran pour que quelqu’un intervienne, et on pleure avec Taystee quand on réalise que c’est foutu. Bordel-de-m****, ils ont tué Poussey.

On comprend bien que le scénario cherche à critiquer le système judiciaire américain, et par extension la société américaine, encore foncièrement racistes. Le point est d’ailleurs souligné quand Caputo explique, dans le dernier épisode, que Bailey n’encourra aucune poursuites, tout juste une mise à pied. Évidemment qu’il fallait un personnage bienaimé pour choquer les spectateurs. Il fallait que ce soit une détenue noire et un garde blanc, pour refléter la triste réalité à laquelle une énorme part de la population des Etats-Unis est confrontée (bien qu’à vrai dire, j’ai l’impression que les spectateurs d’Orange Is The New Black ne sont pas les plus durs à convaincre, les autres doivent penser que regarder cette série mène directement en enfer).

Mais fallait-il vraiment tuer Poussey ? Qui en plus d’être noire (tuée assassinée par un staff d’auteurs à 90% blancs) et aussi inoffensive que Tamir Rice (gamin de 12 ans tué parce qu’il jouait avec un pistolet en plastique, ndlr), était accessoirement lesbienne. Son nom vient donc s’ajouter à la longue liste des morts de lesbiennes à la télé pour la saison 2015/2016. Je ne crois pas dire de bêtises en disant que –la lesbienne de télé a une espérance de vie bien plus faible que n’importe quelle autre espèce. Ceci s’explique car les chaînes incluent souvent des histoires lesbiennes de quelques épisodes pour booster les audiences, parce que c’est bien connu la lesbienne est inoffensive et fait bander les mecs –c’est tout bénéf’ ! Et donc, la seule série qui ne présentait pas les lesbiennes comme des objets sexuels vient de priver le paysage audiovisuel d’une licorne en tuant une lesbienne noire, qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Depuis la saison dernière je commençais à craindre que Jenji Kohan sombre dans les travers qui ont fait partir Weeds en c****, mais là, elle a dépassé toutes les attentes. Si la série n’était pas aussi bien, et si je ne crushais pas sur Nikki et Alex, je réfléchirais à faire comme cette auteure d’AfterEllen qui se refuse à cautionner une série exploitant les réelles inégalités auxquelles sont confrontées les personnes queer et noires.

 

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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5 Comments

  1. timide says:

    … Et Dieu merci ! Briller, certes, mais durer, très certainement pas.

  2. Plume says:

    Heu, je veux pas dire (et par ailleurs j’ai de fortes réticences envers l’idéalisation de l’enfermement et de la contrainte qui sous-tend cette série), mais historiquement, la cinématographie qui présente des personnages lesbiennes les a longtemps systématiquement condamnées à la mort, au malheur, à l’isolement, etc. Pareil d’ailleurs que pour les transses. En clair, vous voyez ce qui va vous arrivez si vous faites ce genre de choix de vie/vous laissez aller à vos vilains penchants (selon la thèse sur ce qu’est l’orientation ou l’identité). Y avait pas meilleure pub pour hétérolande que les films dits lesbiens. Il y a encore quinze ans, on était soulagées quand on tombait sur un qui se finissait bien !!! Et il y en a encore de fort glauques (je dirai pas de nom mais j’y pense très fort). En gros qui ne promettent plus la mort mais au moins la tristesse et la dissociation. Et je doute fort qu’on ait fait un grand pas en avant en passant à la fétichisation des rapports de pouvoirs tout crus. Bon, après, le cinéma, comme la littérature, c’est finalement plus un rendu de l’état des rapports sociaux et des idéaux de l’époque qu’une ouverture sur autre chose….

  3. Babelle says:

    On remercie le spoil :)
    Annoncer la mort d’une lesbienne dans OITNB et mettre la photo de Poussey il y a plus subtile pour écrire un article sur le sujet.

  4. Violine says:

    J’ai remarqué que la mort de Poussey intervient dans l’épisode d’OITNB auquel participe au scenario l’une des productrices Lauren Morelli qui n’est autre que la compagne à la ville De l’actrice; de ce fait je comprend encore moins ce besoin de certaines lesbiennes à faire foirer une représentation positive de nous même…

  5. Mireille says:

    c’est clair que la mort de Poussey ne fait pas plaisir, (oh oui ce sentiment d’irréalité, d’incrédulité, d’absurde)
    c’est vrai qu’il s’agit d’un personnage important et apprécié de femme noire homosexuelle, dans le paysage audiovisuel et que la voir disparaître c’est comme voir OITNB se tirer une balle dans le pied

    néanmoins pour toutes les raisons politiques, les évocations aux problèmes raciaux présents aux Etats-Unis que ça soulève, c’était une mort nécessaire.
    La disparition de Poussey met en lumière l’irrémédiabilité des violences policières
    ces gens qui avaient des familles des personnes qui les aimaient ne reviendront pas,
    ça soulève un sentiment d’injustice qu’il me semble doit gonfler pour que cette cause, Black Lives Matter, puisse garder son souffle.

    Tout ça quoi, Poussey était le personnage parfait
    pour le meilleur comme le pire.

    mais je ne crois pas qu’il s’agissait là d’un “besoin de faire foirer ” quoi que ce soit. :)

    enfin… moi aussi ça m’a grave soulé de ne pas la voir se relever.
    ptn

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