teresa y nina

Lesbiennes d’Ailleurs… Nicaragua, Partie 2

Barbi(e)turix part en voyage ! Et comme vous êtes des petites chanceuses, on vous emmène avec nous et on vous fait vivre les contrées lointaines comme si vous y étiez. Pour que vous situiez un peu mieux les choses, « on » c’est en fait Hannah, qui, ayant à peine rejoint la team, a décidé de partir à l’autre bout de la planète, pour vous faire découvrir les lesbiennes d’ailleurs, et plus précisément celles d’Amériques du Nord et Centrale, via des récits palpitants et quelques photos. Pour un portfolio extensif, rendez-vous sur Dailimages, et pour les étapes précédentes c’est ici.

Ça faisait quelques épisodes que je vous teasais sur le train qui déraille et s’échoue au Nicaragua, et bien nous y sommes ! Une poignée d’éléments s’est assemblée pour que les trois semaines que j’avais initialement prévues se transforment en deux mois… Et si juste après mon retour du Costa Rica, je me suis attelée à faire le plus d’interviews possibles, quand la source de lesbiennes intéressées a commencé à se tarir, je me suis laissée aller à une vie d’expat’ à Managua. J’ai retrouvé Ara ; fait un saut dans les montagnes d’Estelí, ville importante dans l’histoire du Nicaragua car la révolution des Sandinistas y a ses racines ; découvert San Juan del Sur avec des « Nicas », alors que la ville est occupée à 75% par des touristes, et appris à apprécier la beauté de Managua –non je blague, même après tout ce temps, elle reste moche. Mais je la préfère tout de même à Granada ou León, villes plus pittoresques mais trop calmes et touristiques à mon goût.

 Je prends peu à peu mes repères dans la capitale, emménage dans un AirBnb vers le centre, reprends mes quartiers au café Molino, mais cette fois j’alterne avec la UCA (Université CentroAméricaine, ndlr), où j’écris mes articles pour BBX. Avec mon sac à dos à la Veronica Mars je passerais presque pour une étudiante. Et en parlant d’étudiante, ma première interview est avec Gabriela, qui vient tout juste de finir un cursus de graphiste. D’ailleurs pour son projet de fin d’études elle a crée toute une campagne de sensibilisation à l’homophobie, mêlant graphismes et sondages réalisés auprès des jeunes sur leur perception de l’homosexualité. A chaque interview, je demande aux femmes que je rencontre l’histoire de leur coming-out, parce que c’est « le » truc universel qui lie tous les LGBT, mais à ce jour personne ne m’avait répondu de manière aussi détaillée (et longue…) que Gabriela, elle est prête pour son autobio’ c’est sur !

A l’inverse, Jaika, que je rencontre quelques jours après, est plus réservée. Elle s’est portée volontaire par le groupe Facebook Les Girls Nica dont je vous ai déjà parlé, après avoir craqué pour l’une de mes modèles Canadiennes  ! Elle m’explique que bien qu’en théorie il existe un texte protégeant contre la discrimination sur l’orientation sexuelle, dans les faits celle-ci est pratiquée en toute impunité… Une loi décorative, en somme, comme beaucoup d’autres au Nicaragua… Le lendemain je vois Teresa et Nina, ou les gorditas (les petites grosses, ndlr), comme elles s’auto-appellent, qui sont en couple depuis un an et hyper amoureuses. Mini point différences culturelles : ici, les gens se donnent sans problèmes des surnoms basés sur la corpulence, comme flaca/o (maigre) ou gordita/o, j’aimerais bien voir quelqu’un essayer en France ! Comme beaucoup des filles à qui j’ai parlé ici, bien qu’elles aient fait des études, elles travaillent toutes deux dans un call center. L’économie locale est vraiment différente, les gens sont juste contents d’avoir un travail, qu’il corresponde ou pas à leurs études. Mais malgré tout, le Nicaragua a été capable d’accepter une ministre de la santé lesbienne, Dora María Tellez, ancienne commandante de la révolution Sandinista, et personnellement, j’ai du mal à imaginer ça en France…

 

Heureusement il y a des gens qui arrivent à suivre leur passion. Les Hijas del Maiz (« filles du maïs », parce qu’en espagnol, l’un des équivalents de gouine est « tortillera », et les tortillas sont faites avec du maïs, ndlr), par exemple, sont une troupe de théâtre-cabaret féministo-gay. J’en rencontre deux des trois membres fondatrices, Cristina et Reina. Cristina a au moins quarante ans, est mexicaine, mais vit au Nicaragua depuis de nombreuses années, après s’être mariée avec un Nicaraguayen, et a donc fait un coming-out tardif, que son ex-mari vit très bien. Leur pièce principale, éponyme, traite d’homosexualité dans la société Nicaraguayenne, de sa perception, de féminisme, de coming-out, de lesbiennes d’un certain âge, de sextoys, et imagine même un dialogue avec Dieu, qui est une femme pour l’occasion. Puisque Cristina travaille pour une organisation féministe, La Corriente, nous parlons de la question de l’avortement, illégal dans tous les cas ici. Pourtant celui-ci était possible jusqu’en 2008, si la santé de la mère était en danger ou dans le cas d’un viol. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Les religieux qui tiennent le pays –pourtant laïc officiellement, ont obtenu qu’en échange de la dépénalisation de l’homosexualité masculine, les droits des femmes fassent un bond en arrière… Un mal pour un bien ? Comme partout ailleurs, les droits LGBT progressent à la vitesse TGV alors que ceux des femmes font du sur-place…Raison ?

 

La dernière de mes interviews est avec Helen est une ancienne membre de la Casa de los Colores (Maison des Couleurs, ndlr), à León, au nord de Managua. Je dis ancienne car entre notre premier contact et notre rendez-vous, elle a quitté ladite maison, qui ne recevait plus de financement (provenant de l’ambassade de Norvège), et a ouvert un « bar » à Managua, La Biblioteca –en fait ce sont quelques tables sur une terrasse ouverte dans une urbanización (sorte de lotissement). Le but de la Casa de las Colores était d’offrir un espace d’accueil aux jeunes LGBT, ce dont ceux-ci ont bien besoin dans un pays si fermé. Au mois ceux de Managua pourront venir boire des verres queer dans son bar. Après ça les volontaires disparaissent ou me posent des lapins. J’occupe donc mes dernières semaines en m’immergeant dans la vie locale, allant des cafés, où je rattrape le retard que j’accumule sur photos et articles quand je suis en déplacement, aux bars branchés de la ville.

Le point fort du mois de février viendra de la découverte de quelques représentantes de la scène hip hop féminine d’Amérique Centrale dont le tour Somos Guerreras, déjà conté ici, passait par Managua. Elles sont toutes féministes mais seule une sur les quatre, Rebeca Lane, qui vient du Guatemala, est LGBT. Pas fan des étiquettes « classiques » elle se définit comme transgatx, mot de son invention mixant trans et gato/a (chat/te). Pourquoi un x et pas un a (terminaison du féminin) me direz-vous ? Car certains hispanophones au fait des questions d’égalité, ont trouvé une parade au « genreage » extrême de la langue : face à un groupe de mots bigenre ils remplacent la terminaison masculine (o) qui l’emporte traditionnellement comme chez nous, par un x, même chose lorsque, comme Rebeca, on ne veut choisir de genre. On pourrait prendre exemple…

 

En attendant je vous conseille de vous munir de toute la discographie de Mme Lane afin de vous préparer à une visite dans son pays, et puis parce qu’on refait les vingt heures de bus de l’aller au mois de décembre dans l’autre sens ! Je vous jure que je n’essaie pas de battre un record ! ¡Hasta luego guapas!

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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