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“Baden Baden” : entre désarroi existentiel et grandes eaux

Entre canicule strasbourgeoise et quête de soi, Baden Baden nous fait tomber sous le charme d’Ana qui ne sait pas bien quoi faire de sa peau. Bien décidée à consacrer son été à la construction d’une douche, Ana révèle ses faiblesses, ses doutes, ses réussites sous le regard enchanteur de la cinéaste Rachel Lang.

Ana tourne en rond. De petits boulots à coups de serpillière à celui de conductrice pour un tournage de cinéma au volant d’une Porsche de location qu’elle se gardera bien de rendre.

Une douche pour se construire

De retour à Strasbourg en pleine canicule, elle rejoint sa grand-mère. Une chute et la vieille dame se retrouve à l’hôpital. Le temps qu’il faut pour Ana de trouver un nouveau projet à sa vie. Ce sera la construction d’une douche en lieu et place d’une énorme baignoire en fonte d’un autre âge.

Entre coups de marteau et choix de la mosaïque pour les murs de la salle de bain, Ana se cherche. Elle a beau avoir fini le cœur étalé par terre après sa relation avec Boris, elle y replonge avec délice. Son meilleur ami Simon rôde aussi autour de ses draps. L’occasion d’une échappée onirique au milieu d’une jungle dans laquelle Ana, Boris et Simon vivraient tous trois, entre plantes grasses, corps nus et pluie diluvienne.

A deux doigts de la noyade

Drôle de titre pour un film que Baden Baden, ville-reine des eaux, à quelques encablures de Strasbourg. C’est que la noyade guette souvent Ana. Les conseils déplacés d’une gynécologue face à sa grossesse non désirée, son ancien amoureux qui ne la séduit à nouveau que pour mieux s’en aller, la colère sans limite d’un technicien de tournage qui lui fera verser une larme de rage, les graves problèmes de santé de sa grand-mère à laquelle elle tient tant.

Fil rouge d’un parcours évanescent, la douche de Baden Baden permet à Ana de mettre de l’ordre dans sa tête et dans sa vie. A celles qui suivent l’actualité des courts-métrages, Ana ne sera pas une inconnue. Cette troublante jeune femme à la nonchalance perturbante pour les sens avait déjà fait l’objet de toutes les attentions de la réalisatrice Rachel Lang dans les multirécompensés Les navets blancs empêchent de dormir et Pour toi je ferai bataille. Regard de biche perdue, coupe courte, short en jean, débardeur informe, Ana ne remplit pas les cases des actrices qu’on voit souvent dans ces portraits cinématographiques parisiens de jeunes femmes qui se cherchent.

Un personnage unisexe

Pourtant, la construction de cette douche permet de filer avec succès la métaphore d’une adulte en construction, au sens propre comme au sens figuré. Parce qu’on voit encore rarement des femmes soulever des gravats, descendre une baignoire dans un escalier étroit ou manier avec brio la perceuse, Ana prend de l’épaisseur en se faisant les muscles. Elle constate aussi toute la force, pas seulement physique, qu’elle a en elle. Elle oscille entre le masculin et le féminin, bien décidée à ne pas renoncer à la puissance qui se dégage de son être.

La comédienne Salomé Richard qui joue le rôle d’Ana le reconnaît d’ailleurs : « Mon rôle a été le moins genré possible. C’est rare et cela confère une certaine liberté lorsqu’on est souvent cantonné à certains rôles féminins. Il s’agit davantage de cerner le parcours d’un individu que d’une jeune fille. »  Rachel Lang confirme : « J’ai volontairement gommé les traits féminins de ce personnage unisexe afin que son parcours soit plus universel, moins dans la séduction. »

A la fois réaliste, burlesque, onirique, on sort enchanté de ce voyage aux côtés d’Ana entre vague à l’âme et recherche existentielle.

Baden Baden, de Rachel Lang, actuellement en salles.

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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