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Le coeur et le cul#16 : “Bie, je perds mes moyens avec les filles”

Nostalgiques des courriers du cœur du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais chaque semaine ses conseils avisés. Aujourd’hui, notre lectrice Marina se questionne sur sa sexualité bie et sur la différence entre “baiser” et “faire l’amour”.

Chères Barbi(e)turix,

Je m’adresse à vous car j’ai besoin de vos lumières. Dans mon entourage, je ne côtoie pas vraiment de lesbiennes et n’ai donc pas la possibilité d’évoquer cette situation.

Tout d’abord il me semble important de dire que je me considère comme une bisexuelle homo romantique. Comme je le dis lorsque je fais mon coming out auprès de mes amis (ce qui avance lentement mais sûrement), j’aime les hommes pour le sexe mais je tombe amoureuse des femmes. Ce qui m’amène à mon problème : lorsque je suis avec un homme, il est clair que pour moi c’est purement sexuel et je considère cela comme de la baise. J’ai par ailleurs mis de nombreuses années à prendre du plaisir avec eux et je pense qu’au début j’ai continué à coucher avec des hommes car j’étais dans le placard. Je pense aussi que mes rapports avec eux vont se raréfier au fur et à mesure de mon coming out… Mais pas forcément disparaître complètement.

Préférant être plutôt soumise avec les hommes, c’est l’inverse avec les femmes. Enfin, je dirais que je suis une dominante soumise avec les femmes et une dominée active avec les hommes, c’est chelou ? (Je viens d’ailleurs de lire votre article « ACTIVE, PASSIVE… CHEZ LES LESBIENNES AUSSI ? »)

Et c’est bête à dire, mais je n’arrive pas à « baiser » (avec) une femme. Même si c’est pour une nuit, j’ai l’impression de toujours « faire l’amour » avec elles. Ce que je veux dire par là c’est qu’à chaque fois que je suis avec une femme pour moi c’est beaucoup plus sensuel. Ça peut être passionné mais j’ai parfois l’impression de ne pas arriver à donner à mes conquêtes ce qu’elles peuvent attendre de moi.

Il se trouve que la plupart des femmes avec qui j’ai couché étaient bisexuelles et, pour la dernière que j’ai rencontré, j’étais même sa première fois avec une femme. C’est elle qui a fait resurgir mes questions et mes doutes. Bien qu’étant plutôt une « top » avec les filles comme je l’ai dit, je suis également beaucoup plus timide – sûrement parce que je me sens encore trop inexpérimentée moi-même – et ne sais pas forcément comment initier les choses. Alors initier une fille aux plaisirs saphiques… C’était une sacrée pression ! C’est bête car avec les hommes je n’ai jamais eu ce problème. J’ai toujours su quoi faire et comment faire. Peut-être aussi que puisque je ne place aucune attente en eux, j’ai moins de gêne… Bref, je ferais la petite hétéro parfaite mais j’ai vraiment l’impression d’être une lesbienne pourrie sexuellement.

Cette situation me pose donc vraiment problème car j’ai toujours l’impression d’être en situation d’infériorité par rapport aux hommes et de ne pas pouvoir lutter en face du « pénis », ce qui a pour effet de me faire perdre confiance en moi. Par exemple avec cette fille, elle a apprécié c’est sûr mais comment savoir si c’est vraiment ce qu’elle attendait ? Ça me met la pression. Ne pas avoir ce type de relation plus bestiale me frustre aussi parfois. J’aimerais, je ne sais pas, avoir des retours d’expérience. Comment est-ce que vous faites cette différence entre la baise et l’amour avec les femmes ? (Notons aussi que je parle ici de relations sexuelles sans sextoy car je pense que j’aurais moins ce genre de soucis avec un gode par exemple.)

J’espère que mon histoire est assez claire et je vous remercie d’avance si vous pouvez m’éclairer sur ce point…

Marina

Bonjour Marina,

Tout d’abord, félicitations pour ton coming out ! Qu’il se fasse à petits ou à grands pas, c’est souvent une étape importante. Parler à ses ami-es de son orientation romantique et/ou sexuelle peut être un exercice de confiance impressionnant, surtout si tu n’as pas l’habitude d’aborder ses sujets avec elleux ou que tu te retrouves dans la situation d’être la seule lesbienne / bi / pan du groupe. D’autant plus que, comme tu as pu le remarquer, la période d’un coming out est souvent propice à un intense questionnement sur soi-même.

L’introduction à ma réponse sera donc ceci : ne t’inquiète pas si tu te poses mille questions sans y trouver de réponses ou si tu as l’impression que les définitions existantes sont trop petites pour contenir ta réalité. Toutes les réponses pré-faites que tu pourras trouver, y compris la mienne, seront au mieux des points de repère : ajoute-y du temps, de l’expérience, d’autres questions, et tu commenceras sans doute à y voir plus clair.

Ça peut sembler ironique, mais je crois vraiment que la meilleure réponse qu’on puisse trouver à une question, et surtout quand il s’agit de relations romantiques ou sexuelles, c’est de poser encore plus de questions. Comme tu l’as remarqué, il n’y a rien plus facile pour étouffer sous la pression que d’être dans l’incertitude face aux attentes de l’autre (ou des autres). Ah, les silences gênés, les regards interrogatifs, l’hésitation du « mais comment je suis sensé-e comprendre cette réaction ? », bref : les joies de la communication non-verbale.

Ne te méprends pas : je ne dis pas qu’il faille commenter en détail et en direct chaque relation sexuelle, ni en écrire une critique complète après coup (bien que ça puisse être drôle). Mais je crois que souvent, poser des questions claires est bien plus efficace que de tâtonner à l’aveugle. Si l’on considère que les envies d’une même personne peuvent varier au cours du temps et que chaque personne est différente, les probabilités de ne pas viser dans le mille du premier coup en essayant de deviner ses attentes par la simple force de l’esprit sont plutôt importantes.

Jusqu’à aujourd’hui, je t’avouerai que je n’ai toujours pas trouvé la tournure de phrase adéquate pour supprimer le sentiment entre gêne et maladresse qui s’installe à chaque fois que je dois demander à la personne dans mon lit ce qu’elle aime où ce qu’elle n’aime pas, ce qui l’excite ou ce qu’elle voudrait essayer (maintenant, demain ou dans un hypothétique futur). Mais jusqu’à aujourd’hui, les réponses et la complicité qui s’en sont suivi en ont toujours largement valu la peine.

C’est tout à fait normal de ne pas être pétrie de confiance en soi quand la majorité des références qui nous entourent en matière de sexe et de relations romantiques concernent des relations hétéro / hétéronormées, et que sur la minorité traitant des relations lesbiennes, une bonne partie est encore un pur produit issu de fantasmes masculins. D’où peut-être aussi ton sentiment de ne pas « être à la hauteur » face à la valeur du « pénis » dans l’imaginaire sexuel : depuis l’histoire de la psychanalyse (coucou Freud) jusqu’au porno mainstream, tout est fait pour montrer la bite, de préférence de chair, de sang et érectile, comme un élément sexuel incontournable et irremplaçable. Spoiler alerte : c’est faux.

Les mille et unes façons qu’il existe de prendre du plaisir autrement que par la combinaison pénis – vagin sont toutes aussi valables que cette première. Mais, dans l’imaginaire collectif, elles sont bien souvent diminuées, les caresses, la pénétration avec les doigts et le cunilingus étant souvent rangés dans la catégorie « préliminaires » ; dévalorisées, notamment par l’idée que les dildos resteraient envers et contre-tout des substituts ; ou encore classées dans la catégorie des perversions encore relativement acceptables pour les mecs gays et les couples hétéros, mais largement plus tabous chez les lesbiennes : du plaisir anal au BDSM, en passant par les coups d’un soir, justement.

Il est généralement attendu des femmes qu’elles soient plus à l’écoute, tendres, romantiques et attirées par la sensualité : ce n’est donc pas une surprise que cela se retrouve au cœur de nos propres appréhensions de la sexualité. Je ne saurai pas te répondre de manière absolue en ce qui concerne la différence entre faire l’amour et baiser : la limite sera sans doute très variable en fonction des personnes. Mais en ce qui me concerne, je ne vois aucune incompatibilité entre le fait de faire l’amour et le fait de ne pas centrer le sexe sur la sensualité.

Peut-être te sens tu plus impliquée émotionnellement quand il s’agit de femmes parce que cela touche aussi à ton orientation romantique, ou parce que tu te sens encore peu d’assurance face à des sexualités que tu connais moins.

En conclusion, même si tu te sens timide et maladroite, n’hésite pas à communiquer avec tes partenaires, qu’elles le soient le temps d’une nuit ou pour bien plus : même posée de façon maladroite, une question t’en apprendra toujours plus qu’un long silence. Et, je te promets, une top qui se soucie du plaisir que prend sa partenaire, c’est sexy !

Bien le bisou

Arsène

 

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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4 Comments

  1. Marion says:

    Je me permets de répondre car je me suis vraiment reconnue dans ton témoignage Marina, et c’est la première fois que j’entends une “définition” de ce que je suis, c’est-à-dire une “bisexuelle homo romantique” (même si je me considère plutôt comme une lesbienne “qui aime coucher avec des hommes”, je meurs rien qu’à l’idée d’utiliser ce terme en société.. hihi).

    De mes expériences, j’ai vu que je n’arrivais pas à coucher avec un homme de la même manière que je couche avec une femme. C’est en effet beaucoup plus sensuel, plus à l’écoute, surement dû au fait que j’ai envie de prendre soin de la fille avec qui je couche, alors qu’un mec me sert plus d’objet sexuel. Du coup comme tu l’as dit, c’est plus désinhibé avec les mecs et j’ai eu le même problème que toi avec mon exe, à ne pas être capable de (la) baiser en plus de lui faire l’amour. Comme l’a dit Arsène, chacun a son ressenti et sa définition, j’ai l’impression qu’il n’y a vraiment pas de règles sur la différence entre “baiser” et “faire l’amour”.
    Je dirais qu’il faut accepter que ce soit différent entre mecs et filles pour toi, et que c’est tout à fait possible de baiser (avec) une fille tout en étant sensuel et que s’en est encore meilleur selon moi (la sensualité ne réduit pas l’acte à “faire l’amour”).
    Après, moi j’ai réussi à passer au-dessus de ce blocage lorsque j’ai rencontré une fille qui était beaucoup plus expérimentée que moi et qui m’a fait découvrir plein de choses bandantes et passionnelles. Peut-être qu’il te faut rencontrer une fille plus expérimentée pour te permettre de découvrir une autre partie de toi-même qui n’est jusqu’à maintenant réservée qu’aux hommes. Ou peut-être que tu veux trop bien faire parce que les filles ça compte pour toi, donc du coup ça t’empêche d’être spontanée et passionnelle ?

    En conclusion, je ne peux que t’enjoindre à communiquer avec ta partenaire (j’ai pas développé ce point là, je pense qu’Arsène en a très bien parlé). Lâche toi au lit, essaye des trucs, créé des occasions/situations passionnelles, et surtout, prends confiance en tes capacités !
    Au niveau de ta confiance sexuelle en compétition avec le “pénis” comme tu dis… Si ça peut t’aider, rappelle toi que tu es une femme, que généralement tu connais mieux le corps féminin que les hommes et que ça ne te rend que meilleure face à eux, même si t’as peu d’expérience !
    Tu as d’ailleurs dit que tu as mis longtemps à apprécier le sexe avec les hommes ;)

    Voila, j’espère que ça peut t’aider, des bisous =)

  2. timide says:

    Si l’Internet ne se faisait pas, derrière l’anonymat et autres techniques existentielles ouvertement l’illustre terrain de jeux explicite de la moyenne volonté ainsi que de sa propre médiocrité (…) on pourrait alors tout de suite penser et dire “so cute to bie shy …”

    timide en a toujours su quelque chose @BBXcom !

  3. Marina says:

    Ah, ça m’a fait bizarre de retrouver mon message sur la page d’accueil de Barbieturix, je m’y étais pas préparée!

    Arsène, je te remercie sincèrement pour ta réponse. J’en perds un peu mes mots du coup (là tout ce qui me vient c’est MERCI), mais lire une réponse pleine de compréhension et sans jugement ça fait vraiment du bien. Et ça me rassure aussi de me dire qu’aujourd’hui je suis un peu paumée et avec 1001 questions en tête, mais demain ça ne pourra qu’aller mieux. Ca parait évident dit comme ça mais je ne suis pas forcément habituée à l’entendre, notamment de personnes qui ont pu traversé mes questionnements.

    Justement Marion, merci d’avoir témoigné ! Nos histoires ont l’air assez similaires donc j’espère prendre le même chemin que toi par la suite ahah.

    Peut-être qu’en effet en rencontrant quelqu’un de plus expérimentée, j’arriverais à surmonter ce blocage (très certainement dû au fait qu’avec une fille ça compte plus pour moi oui). Mais je vais déjà essayer de suivre vos conseils, c’est-à-dire me faire plus confiance et apprendre à lâcher prise de cette pression que je ressens, et surtout communiquer. Je ne doute pas qu’il y ait des moments gênants mais bon on a toutes dû apprendre je suppose !

    Et merci timide, mais pour moi c’est une malédiction d’être cute avec les filles ;)

    Des bisous à vous!

  4. timide says:

    @Marina

    … c’était juste un jeu de mot de renarde ….

    bisou

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