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La saga féministe et addictive d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse suit le parcours de Lila Cerullo et Elena Greco, deux héroïnes incandescentes en quête de liberté et d’émancipation. Avec elles, nous sommes plongées dans l’Italie du boom économique, à la fin des années 50 où règnent la violence et la pauvreté.

Du même âge, toutes deux nées dans des familles pauvres, dans le quartier de Scampia, Elena et Lila tentent d’échapper au déterminisme social qui les accule.

Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Dans ce milieu défavorisé, l’école n’apparait pas comme une planche de salut mais bien plus comme une perte de temps et surtout d’argent car les livres coûtent chers et un enfant qui étudie n’aide pas à la maison. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée.

Véritable roman d’apprentissage féministe, L’amie prodigieuse raconte à travers les trajectoires en apparence opposées de ces deux amies, l’histoire d’une émancipation. On retrouve chez les deux personnages la même volonté de s’affranchir de sa condition, d’échapper à la soumission patriarcale et à la pauvreté.

L’auteure, Elena Ferrante décrit un monde où la violence est omniprésente. Qu’elle soit physique, psychologique, verbale, sexuelle ou économique, cette violence est partout et trace le cours des destinées. Car dans ce Naples des bas quartier ou la Camorra fait loi, les filles n’ont guère le choix : soit ressembler à leur mère, s’épuisant au travail pour retrouver le soir venu leur prison domestique avec son lot de taches ménagères, de violences et de soumission ; soit fuir, partir, rompre avec le passé et jouer un rôle avec toujours au fond de soi la peur d’être démasquée, de retomber dans cette plèbe qui se dispute pour la nourriture et le vin, parle le dialecte et cherche trivialement à s’enrichir sans volonté aucune de changer de milieu social.

Loin d’être sordide, la saga d’Elena Ferrante est lumineuse, d’une rare beauté. L’amitié entre Lila et Elena, mouvementée, complexe, fusionnelle, jamais lisse donne au récit toute sa force et sa vitalité. Cette amitié prise dans le tourbillon de la vie, faite d’amour et de désamour, de séparations et de retrouvailles, racontée avec moult détails dans une écriture charnelle est ce qui sauve les deux personnages, les élèvent au dessus de leur misérable condition.

« Je dus admettre bien vite que ce que je faisais toute seule n’arrivait pas à me faire battre le cœur, seulement ce que Lila effleurait devenait important. »

Est-ce de l’amitié ? Est-ce de l’amour ? Difficile à dire tant leurs vies sont intimement liées. La narratrice, Elena, plus sage est magnétisée par la prodigieuse Lila dont elle conte la vie tout en racontant la sienne. “Et sa vie surgit constamment dans la mienne, dans les mots que j’ai prononcé et derrière lesquels il y a souvent un écho des siens”.

Et c’est cet écho, insaisissable et fascinant comme Lila, que tente de saisir la douce Elena. Rebelle, animale, instinctive, cruelle parfois voire dangereuse, Lila reste une énigme, une énigme passionnante, que la narratrice tente de percer. Mais au final, une question demeure : qui est l’amie prodigieuse ? Est-ce Lila, anticonformiste, ravageuse, brillante qui choisit Naples et le mariage ? Ou Elena, studieuse et disciplinée, pétrie d’angoisses, qui fait le choix de partir à Pise et d’étudier ?

Avec cette saga féministe et politique, Elena Ferrante, mystérieuse romancière italienne dont personne ne connait la véritable identité, nous livre ici un récit intime au souffle romanesque unique. Addictifs et fulgurants, les 2 tomes de L’amie Prodigieuse déjà publiés en France ne sont pas sans rappeler les grands classiques du XIX avec ses héroïnes poignantes et tragiques, son analyse minutieuse des sentiments et sa foule de personnages bigarrées. Saisissant.

 

 

 

 

Julie.R

Buveuse d'encre et de cachaça. Team Poufsouffle. Attend la fin de l'impossible.

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One Comment

  1. Gian Luigi says:

    Une clarification, l’histoire ne se déroule pas dans le quartier de Scampia, qui a été construit dans les années 60/70, mais dans le quartier “Rione Luzzatti” construit entre 1914 et 1925.

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