Gaycation

La Gaycation d’Ellen page : épisode 2, Brésil

Dans le webdocumentaire Gaycation, Ellen Page et son ami Ian Daniel continuent leur périple LGBT autour du monde. Ils décident de poser leurs valises au Brésil après un premier voyage au Japon. Pays renommé pour son goût pour la fête et son carnaval de Rio LGBT-friendly, il reste aussi l’un des plus violents au monde, tout particulièrement pour la communauté homosexuelle et trans.

Premier plan : Ellen et Ian qui semblent ne pas avoir vu le soleil depuis plus d’une décennie commencent leurs découvertes par le carnaval de Rio. Fascinés par les plumes et les somptueux costumes dans les travées du Carnaval, ils n’en oublient pas moins que cet espace de liberté n’est pas forcément à l’image du Brésil. “Alors que c’est l’un des pays les plus progressistes d’Amérique latine sur les droits LGBT, c’est également celui qui entretient avec cette question l’un des rapports les plus complexes.” comme le résume Ellen Page dès le début du documentaire.

400 crimes mortels commis sur des personnes LGBT ont ainsi été répertoriés pour l’année 2015 dont la moitié concerne les trans. Ce sont les chiffres officiels les plus élevés au monde. Souvent victimes de meurtres particulièrement violents, c’est Ian qui part à la rencontre des trans les plus connu(e)s du Brésil. Côté pile, on le voit passer une nuit entre les murs d’une pension de famille d’un genre un peu particulier. Tenue par une transgenre activiste, c’est à la fois un lieu de vie et un refuge pour les trans travailleuses du sexe agressées dans la rue. Côté face, Ellen et Ian assistent au shooting photo de la mannequin Carol Marra. Si ses parents n’ont jamais accepté son idendité, elle voit son parcours comme le moyen de changer le regard des autres sur la communauté trans.

Un sujet en chassant un autre, c’est Ellen qui se colle à l’analyse de la communauté lesbienne. Dans un bar pour filles de Rio, entre maracas et bières, elle écoute une jeune femme lui raconter comment elle a été chassée d’un bar pour avoir embrassé sa compagne en public. Bien évidemment pour leur “propre sécurité” d’après le directeur du restaurant. Puis longue discussion avec Ana Rezende, l’une des musiciennes du groupe brésilien CSS. Entre deux oeillades un peu surprenantes dans une posture de reporter, Ellen écoute la guitariste lui décrire combien il reste toujours difficile de s’assumer en tant que lesbienne dans les rues du Brésil. Elle ne parle pas d’insulte ou d’agression. Elle raconte plutôt les regards insistants qu’elle sent sur son couple, les questions qu’on lui pose sans cesse.

Pour comprendre les ressorts de cette homophobie, elle interroge le député Jair Bolsonaro, l’une des figures de proue du mouvement anti-LGBT au Brésil. Face à Ellen Page,il regrette que “le nombre d’homosexuels ait tant augmenté ces dernières années. Une idéologie libérale, la consommation de drogue, le travail des femmes expliquent ce phénomène”. L’interrogeant sur ses déclarations passées comme “je préférerais que mon fils soit mort plutôt qu’homosexuel”, Ellen Page lui fait habilement remarquer que la vraie question n’est pas celle du nombre d’homosexuels au Brésil. Elle lui explique qu’il ferait mieux de se pencher sur la dépression et le suicide des LGBT, précisément à cause de cette atmosphère homophobe qu’il entretient au Brésil. Enfin, le documentaire se finit sur un étrange entretien avec un ancien policier, visage caché sous un épais foulard noir. Reconverti en tueur à gage, il est aussi chasseur d’homosexuels la nuit, n’hésitant pas à tuer “parce qu’ils sont pire que des animaux”. Ambiance.

Si le documentaire a le mérite de poser beaucoup d’enjeux sur la table, on peut regretter qu’il ne soit pas toujours bien documenté. On aurait aimé entendre un spécialiste de la dictature brésilienne expliquer comment le pays a évolué sur les questions LGBT ces dernières années. Passer en moins de vingt ans d’un régime politique violemment opposé à la communauté homosexuelle à la légalisation du mariage pour tous aurait mérité quelques éclaircissements. On peut également s’attrister de ne pas plus entendre ce qui fonctionne bien au Brésil : le remboursement intégral des chirurgies de réassignement sexuel pour les trans, l’adoption pour les couples homosexuels depuis 2010, le fait que les jeunes Brésiliens font leur coming-out de plus en plus tôt. Et puis Ellen, par pitié, abandonne cette immonde casquette que tu portes tout le long du documentaire.

 

 

 

 

 

 

 

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

Plus d'articles

4 Comments

  1. Kim says:

    Super article, mais comme un goût amer à la lecture de la dernière phrase… C’est marrant de se dire féministe et de dicter à quelqu’un comment elle devrait s’habiller. Elle porte un peu les casquettes qu’elle veut Ellen, non ?

  2. muirgheal says:

    Bravo Kim je n’aurais pas mieux dit, vraiment choquée par cette critique inappropriée! Elle est superbe avec ou sans sa casquette, mais c’est peut-être trop “peuple” pour la rédactrice?

  3. Laura says:

    J’ai vu l’épisode 2 hier soir. Je suis tout à fait d’accord avec l’article. J’ai vécu un an au Brésil et c’est dommage de seulement montrer ce qui ne va pas. J’ai trouvé une plus grande ouverture d’esprit à Rio qu’à Lille, ma ville natale. Quant à la casquette d’Ellen Page, c’est vrai que la casquette US Yankees n’est pas forcément flatteuse. Allez les filles, Marie B. aussi a le bien de droit à une petite note d’humour :-)

  4. mo says:

    Je dois etre nulle mais vous avez fait comment pour regarder la vidéo ??
    Viceland me demande de me connecter via mon fournisseurs de cable …
    je desespère…

    merci !

Leave a Comment

*