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Une histoire de coming out : Lola, 25 ans

Je ne me suis jamais posée de question sur ma sexualité, elle a toujours été évidente pour moi et je n’ai jamais eu de mal à la faire accepter à mes amis. En réalité, je n’ai même jamais eu le besoin de faire mon « coming out » ni même ressenti la nécessité de faire parti intégrante d’une « communauté ».

J’étais attirée par les hommes, et par les femmes, point final. Évidemment, j’ai manifesté pour le droit au mariage pour tous et je participais volontiers aux débats qui en découlaient. Dans mon entourage proche, tous mes amis ou presque soutenaient cette cause. A la maison, c’était différent. Ma famille vit en banlieue parisienne, et l’année dernière encore, je vivais sur Paris et rentrais un week-end sur deux pour le dîner dominical. Ma famille est très à cheval sur ces principes un peu old school. Chez moi, le débat amuse, agace, révolte. Mon frère est foncièrement contre, souvent, je le provoque, le méprise sans pour autant lui avouer mes tendances. Étrange, moi qui ai toujours su ce que j’étais, et dès ma petite enfance, j’étais pourtant incapable de leur tenir tête, de leur avouer à quel point ils ne me connaissaient pas, en réalité. La crainte de leur dire la vérité et ne pas être prise au sérieux.

La bisexualité chez une fille, ce n’est pas réellement considéré. Il y a celles qui s’estiment bi parce qu’elles ont roulé une pelle en soirée à une fille quelconque. Il y a ces mecs que ça excite mais qui pensent qu’en réalité, deux filles ne peuvent pas faire l’amour tant qu’il n’y a pas un pénis qui entre en jeu. Moi-même, j’ai longtemps refuser de m’affirmer en tant que telle, je répugnais d’ailleurs à utiliser cette qualification. Bisexuelle. Le terme, je le trouvais moche, et faux qui plus est, je ne choisissais pas une personne parce que c’était une fille ou un garçon, mais pour ce qu’elle était. A force de ne pas m’affirmer, je fréquentais beaucoup d’hétéros, et les seules filles qui me plaisaient je les rencontrais au hasard de ma vie, ou parfois dans des clubs lesbiens obscurs.

J’ai passé huit ans sur Paris sans chercher à m’identifier à la communauté LGBT et il a fallu que je déménage en province pour me rendre compte que cette communauté-là, je commençais à avoir envie d’en faire partie. A force de fréquenter des hétéros, je me sentais à côté de la plaque, sans identité réelle. Le seul club gay de la ville était fréquenté par des beaufs. Bien sûr, je parlais à mes amis de mes crushs, de mes histoires d’un soir, mais bizarrement, aucun ne pouvait réellement comprendre. Moi qui avais toujours cru que je n’avais pas besoin de fréquenter des gays pour me sentir bien dans ma peau et comprise par les autres, je me sentais complètement démunie

Après une rupture douloureuse, je rentrais quelques semaines sur Paris pour travailler et revoir mes amis parisiens. Durant cette période, j’ai rencontré une fille. Si je la savais lesbienne, je la trouvais différente de toutes celles que j’avais rencontré auparavant. Celles avec qui j’avais couché avaient tendance à attendre de moi quelque chose que je ne pouvais leur offrir : la fidélité et une certaine stabilité. A l’époque, j’étais plus jeune et je me foutais un peu de pouvoir les blesser. Mais quelque chose m’a donné envie de me comporter différemment avec elle, peut-être aussi parce que nous n’étions pas une recherche de séduction. Je perdais mes attitudes un peu snob et pour une fois, je n’étais plus dans une position de force. Plus tard, à force de la fréquenter et de l’écouter parler de sa vie, de ses amis et de ses ex, elle m’ouvrit les portes d’un monde qui m’était encore peu familier ; la communauté lesbienne parisienne.

Elle fréquentait les soirées queer et ses meilleurs amis étaient quasiment tous homo. Je pris goût à suivre l’actualité queer, la culture queer, les soirées queer, la « musique queer » car même si elle n’existait pas réellement, certaines figures étaient plébiscitées de par leurs orientations sexuelles. Je redécouvrais Paris, ville que j’avais affectionnée durant de longues années mais qui avait fini par m’écœurer. Je m’amusais à l’écouter parler de ses anecdotes, de ses premières soirées sur la capitale, du Troisième Lieu, du Pulp qu’elle avait pu fréquenter la dernière année avant que Sarkozy ne passe, de cinéma, du porno gay qui n’était jamais tourné par et pour des lesbiennes, des DJettes qu’elles écoutaient.  J’étais comme obnubilée, envieuse de cette communauté emprunte de cette culture en marge que j’avais toujours tant appréciée. Je voulais voir plus de filles, et en connaître d’avantage sur elles. Je voulais pouvoir sentir leur odeur, caresser leurs cheveux et écouter leurs chagrins. Je voulais passer une soirée à parler de sexe avec des filles qui me comprendraient et qui ne me poseraient pas inlassablement la même question « comment est-ce que deux nanas font pour faire l’amour ? ». Je voulais débattre sur le cinéma gay tourné par des hétéros et je voulais me retrouver dans des soirées où je pouvais regarder des filles avec désir et inspiration, même si ça impliquait inévitablement de croiser une ex, au détour d’un morceau ou d’une bière tiède au bar.

Moi qui avais toujours refusé de m’identifier de la sorte, je voulais tout à la fois et je commençais peu à peu à me sentir comme une femme aimant les femmes. Les idées se bousculaient dans mon esprit, étais-je homo ou complètement paumée ? Je tentais de réunir mes souvenirs et de faire le tri dans mes ex. Quels étaient ceux et celles que j’avais véritablement aimés ? Était-ce simplement une histoire de sexe ou de sentiments ? Le corps d’un homme me provoquait t-il les mêmes émois que celui d’une femme ? Fallait-il réellement que je fasse un choix entre les deux ? En réalité, je me sentais bien, plus sûre de mon corps et plus forte que ce que j’avais pu être avec les hommes. Les femmes, je pouvais les comprendre, et les séduire plus effrontément. C’est ainsi que j’ai décidé de ne pas faire de choix et de me battre contre les idées reçues et l’homophobie du quotidien. A 25 ans, je n’ai plus peur d’affronter mes parents et de leur dire que je suis moi-même, Lola, 25 ans, pansexuelle.

 

Lola Violence

Illustrations : Nola

 

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