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Hillary Clinton, ou le paratonnerre du sexisme

Plus besoin de vous présenter Hillary Clinton… Sauf si vous vivez sous un rocher, vous savez en effet que Madame la Secrétaire Clinton tente actuellement de gagner l’investiture démocrate pour se présenter aux élections présidentielles américaines de 2016. Après avoir échoué à cette étape des primaires en 2008 contre Barack Obama, celle-ci se place fermement dans son sillon afin de gagner en 2016, depuis que la course à la nomination s’est grandement resserrée.

En effet, alors que fin 2015 aucun candidat ne s’était déclaré et que les primaires promettaient de ressembler à une nomination, un petit malin du nom de Bernie Sanders, socialiste et député puis sénateur du Vermont sous l’étiquette indépendant depuis 25 ans, a décidé de se lancer dans la course. En effet, selon les règles électorales américaines, pas besoin d’être membre fidèle du parti pour pouvoir se présenter aux primaires (on peut remercier ces mêmes règles pour la présence de Donald Trump). Au début personne n’était vraiment emballé et Bernie trainait entre 20 et 50 points de sondage derrière Hillary. Mais d’un coup l’engouement s’est réveillé, tout le monde s’est mis à « feel the Bern » selon l’expression consacrée, et l’autoroute vers la Maison Blanche d’Hillary s’est transformée en sentier plein d’ornières. Est-ce parce que Bernie est si charismatique que ça ? Est-ce parce qu’il a des idées si géniales ? Ses groupies répondront oui aux deux questions, mais je proposerais, au risque d’en fâcher certains, que c’est tout simplement parce que… C’est un homme !

Bon… Pas que, ce serait trop réducteur (surtout pour les femmes qui se font insulter parce qu’elles ne veulent pas voter pour Hillary et légitimement préfèrent Bernie), mais nul doute que le sexe joue pour beaucoup dans l’engouement qu’il suscite. Je peine à croire qu’une Bernadette Sanders eût connu autant de succès ou qu’un Henry Clinton se soit fait rattraper si vite. Alors je sais, les supporters de Sanders ont de vrais arguments pour le préférer à Clinton : il promet l’université gratuite, nationaliser la sécu’, elle parle de continuer dans la lignée d’Obama et de faire des compromis ; Clinton est malhonnête et fausse, il est sans compromis ; elle fait des discours pour Goldman Sachs, il promet de détruire Wall Street ; elle vend des solutions pragmatiques pour faire bouger les choses, il offre une révolution ; elle a voté pour la guerre en Irak, il a toujours été contre etc. Mais en réalité beaucoup de ces arguments peinent à voiler un sexisme primaire.

Premier exemple, le plus ahurissant : l’utilisation de l’affaire Lewinsky pour attaquer Hillary ! Premièrement, où est la connexion ? Deuxièmement, en quoi cela influe sur la capacité d’Hillary à gouverner ? Parce qu’elle n’a pas su « tenir son homme » elle ne saurait tenir un pays ? Ou alors serait-ce encore plus basique : elle ne fait pas assez bander ? Les reproches liés à Bill Clinton ne s’arrêtent pas là. En 1994, ce dernier avait fait voter une loi contre le crime (la « crime bill »), visant à « nettoyer les rues ». Cette loi est aujourd’hui tenue comme responsable de la concentration d’ afro-américains dans la population carcérale. En tant que Première Dame, Hillary se devait de soutenir la politique du Président (mais n’avait aucun pouvoir décisionnaire). Sanders, lui, n’avait aucun devoir de voter pour cette loi et pourtant il le fit. Vingt ans après, devinez qui porte le blâme des conséquences du texte ? Hillary ! En 1996, M. Clinton signait DOMA, qui devait définir pour les vingt prochaines années le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme, et en 2016, Hillary se doit d’en répondre. Bill Clinton a depuis reconnu publiquement que ces deux textes étaient des erreurs, mais allez savoir pourquoi, seules les erreurs collent à la peau de Madame Clinton, les amendes honorables n’appartiennent qu’à Bill.

Il y a tout juste une semaine, un abruti lançait à la télévision qu’Elizabeth Warren [NDLR : sénateur du Massachussetts et un temps potentielle candidate à l’investiture démocrate], tout comme Hillary Clinton, était « trop vieille » pour occuper l’office suprême. L’âge de Sanders, ou de John McCain en 2008 ne dérangeait pourtant personne. Peu importe la couleur du tailleur qu’elle porte, c’est la mauvaise. Elle ne rit pas elle est froide, elle rit elle fait peur. Après sa victoire écrasante lors du Mega Tuesday, nombre d’hommes se sont rués sur Twitter afin de l’inviter à « sourire plus » . Si Hillary joue la carte de l’émotion elle passe pour faible, si elle donne de la poigne, elle est hystérique. Si elle parle avec un peu de ferveur d’un sujet lors d’un débat, pendant que Bernie crie tel votre grand-oncle ayant trop bu lors du repas de noël, elle passe pour trop émotive tandis qu’on le voit passionné, capable de changer le monde.

Qu’Hillary soit manipulatrice, calculatrice, ambitieuse comme personne, c’est une évidence ! Mais pourquoi, pourquoi, ces attributs sont-ils considérés comme des tares irréparables chez une femme quand elles sont des qualités chez tous les autres politiciens ?! Lorsque Monsieur je-ne-passe-pas-de-pacte-avec-l’ennemi-j’ai-des-convictions-moi-madame-Sanders, se présente sous l’étiquette démocrate, faisant par la même montre d’une ambition sans bornes et d’une fausseté originelle incompatible avec son discours, personne ne semble avoir de problèmes. Par contre, qu’Hillary Clinton, au cours de vingt-cinq ans de vie publique ait pu changer d’avis, réviser ses opinions, reconnaître ses erreurs, alors même que les mentalités de la planète entière évoluaient, relève du crime de lèse-majesté.

Le dernier élément, mais non des moindres, porte sur la substance. Les opinions et promesses de Bernie seraient simplement meilleures. Pourquoi pas ? Personnellement je trouve (1) qu’il divague : l’université gratuite (on peut toujours rêver), la nationalisation de la sécu’ à la place d’Obamacare, promesse tout simplement irréalisable dans ce pays (devinez qui peut vous le confirmer : Hillary, qui en 1995 a tenté de faire passer la même réforme et s’est fait détruire –mais c’est vrai que tout sonne mieux quand c’est dit par un homme), et pour couronner le tout il se pense plus apte qu’un président afro-américain à mettre un terme au racisme ; (2) qu’il est extrêmement vague : « faisons la révolution, on s’occupera des détails après » me semble un peu ténu comme plan quand on sait que les universités coûtent en moyenne trente mille dollars l’année, qu’Obamacare est déjà entre la vie et la mort, et que Wall Street survit à tout ; et (3) qu’il est monomaniaque dans son approche des problématiques : tout est de la faute de Wall Street. Aux questions que feriez-vous pour régler une bonne fois pour toutes le racisme, qu’auriez-vous fait à Flint [NDLR : ville du Michigan majoritairement noire et pauvre, dont l’eau est contaminée depuis des mois], ou à toute autre question en fait, Bernie répond inlassablement : il faut démanteler les banques et se débarrasser de Wall Street. Hillary apporte en face des réponses censées, nuancées (tout ne s’explique pas par Wall Street), pragmatiques (commençons par tenter de garder Obamacare par exemple, et éventuellement de l’améliorer), pensées (le racisme institutionnalisé est une réalité américaine), intelligentes… Mais celles-ci n’affolent apparemment pas les foules…

Alors de deux choses l’une : soit l’électorat est encore un enfant de cinq ans qui croit au père noël et aime que les politiciens fassent des promesses vides, soit il est bassement sexiste, et préfèrerait voter pour n’importe quel homme que pour l’une des femmes les plus compétentes au monde pour le poste. Honnêtement je ne sais pas ce qui est le pire, mais j’espère qu’une troisième option verra le jour lors de l’élection présidentielle, parce que sinon on est parti pour quatre ans de Trump…

 

 

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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3 Comments

  1. timide says:

    Un bon article à la sauce barbieturixienne. Parfait !

  2. Bartabas says:

    oui le sexisme est affligeant y compris dans la presse Française

  3. Jay says:

    Sexisme ou pas (je n’ai pas suivi ce qui s’est dit ici ou là à propos de Clinton/Sanders), je pense que la plupart des partisans de Sanders veulent un changement radical et craignent que Clinton fasse une politique un peu trop à droite. Disons qu’elle est centre gauche (comme Obama) et que Sanders est, bah… socialiste. Dans tout ce que j’aperçois, l’accusation de sexisme (que je retrouve seulement dans la presse française d’ailleurs et pourtant, je traîne quasi exclusivement sur des sites amerloques) semble être la seule raison pour laquelle on pourrait s’opposer à Clinton. Perso, même si mon opinion ne compte pas étant française, je trouve Clinton fausse et louche, qui retourne sa veste quand il faut. Je ne dis pas qu’elle n’a pas de courage politique mais je ne lui fais pas confiance. Elle a trempé dans des affaires louches par le passé. Je ne suis honnêtement pas intéressée à Sanders et donc, ne peut pas dire ce que je pense de ses propositions.
    Je suis d’accord sur le fait que critiquer une candidate sur son apparence et les éternels procès de prestance (Ségo l’a malheureusement vécu par chez nous…) n’est pas une façon intelligence d’apporter une analyse critique des enjeux et de ce que les candidats ont à apporter. Après, taxer ceux qui ne soutiennent pas Hills de sexisme parce qu’elle est femme et donc victime d’un sexisme latent… bof, quoi.

    Après, si Sanders avait été Bernadette… souvenez vous de l’autre sortie du fin fond de son Alaska. Inconnue au bataillon et elle avait pourtant conquis beaucoup (trop) de monde.

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