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‘Bare’ de Natalia Leite : entre strip-tease et poésie, le cinema lesbien revit

Qu’on se le dise une bonne fois pour toute, le cinéma lesbien ne brillera malheureusement jamais par sa qualité autant que par sa quantité. Gavées depuis notre adolescence de catastrophes cinématographiques que l’on préférerait ne jamais avoir vues, nous avons appris à avaler, avec une certaine honte teintée d’un certain plaisir coupable, des love stories au pathos insupportable. Et dont la morale, le plus souvent aléatoire, nous remet toujours en question vis à vis de notre vécu lesbien. Mais on tombe parfois sur une divine surprise qui donne envie de baiser le sol en criant “MERCI !”. C’est le cas ici de Bare, réalisé par la talentueuse et inspirante Natalia Leite. Petites explications en plusieurs points sensés et sensibles.

Bare, déjà, ça raconte quoi ?

Sarah Barton (Dianna Agron) est une jeune femme lisse du Nevada un peu paumée. Entre Hayden, son petit copain atypique, et son boulot passionnant de caissière, elle rencontre Pepper (Paz de la Huerta), une nana roublarde, excitante dans son genre et borderline qui l’amènera dans tous les vices prohibés par le Parti Chrétien Démocrate : la drogue, la luxure, et plus précisément le strip-tease (puis le libre arbitre et la jouissance avec une personne du même sexe). On s’attend donc à une censure imminente du film dès que celui-ci aura eu la reconnaissance qu’il mérite.

Pourquoi on le regarde ?

Outre l’étiquette des festivals de Sundance et TriBeCa qui, pour les non-initiées inspire autant de choses qu’un Bescherelle à un membre de télé-réalité – même si, en général, c’est très bon signe d’avoir un film sélectionné dans ce genre de festivals – Bare se révèle être aussi rayonnant, poétique et sans prétention qu’on se l’imagine en voyant la bande-annonce. Une belle petite mise en bouche qui nous donne pour une fois, réellement envie de plus.

Plus qu’une éternelle histoire de nana qui tombe amoureuse de sa meilleure amie. Plus qu’une nana qui va quitter son milieu social pour partir vivre la grande aventure dans un vagin. Plus que plus, en somme.
On suit donc Sarah Barton dans son quotidien américain monotone, ensoleillé et aseptisé en se demandant comment et surtout, à quel moment celle-ci finira par craquer. Surtout qu’inconsciemment, il y a un peu de Sarah Barton dans chacune d’entre nous. L’indécision perpétuelle sur ce que l’on va bien pouvoir faire de notre vie et de nos 10 doigts, de ce qui touche à nos sentiments et surtout de toutes ces choses auxquelles on aspire et qu’on peine parfois à réaliser se retrouvent dans ce personnage.

Heureusement pour elle, arrive Pepper, figure déglinguée de tout ce qui se trouve être borderline et à contre courant sur cette terre et qui, par un concours de mauvaises circonstances va lui donner cette petite étincelle qu’elle attendait tant. Petite étincelle, le terme est d’ailleurs bien léger puisque Sarah se verra emprunter des chemins qu’elle n’aurait jamais osé prendre avant, sans pour autant en assumer les conséquences.
Rien de tragique, ni de larmoyant ou too much, Natalia Leite sauve ses personnages du destin calamiteux quand beaucoup de ses contemporain(e)s les sacrifient sans vergogne sur l’autel du mauvais goût.
On ne peut pas en dire trop non plus, la photographie d’un film qui nous touche mérite d’être vu subjectivement, on ne le sait que trop bien.

Les petits ragots du film

La réalisatrice et productrice déjà, Natalia Leite. Pour commencer, on vous en avait parlé il y a quelques années, par rapport à sa génialissime web-série Be Here Nowish, co-créée avec la rousse incendiaire Alexandra Roxo que l’on voit également dans le film, mais on n’en dira pas plus.
Peut-être vaguement inspiré de leur documentaire sur Vice, Life as a Truck-Stripper où les deux jeunes femmes expérimentaient le strip-tease dans des rades de routards cracra au fin fond des States, on se dit que d’un certain côté, Natalia Leite sait de quoi elle parle lorsqu’elle met son personnage en immersion dans le monde trouble des clubs de strip-tease.

Ensuite, concernant les actrices, confronter un personnage naïf en apparence comme celui de Sarah Barton, interprétée par Dianna Agron – star de Glee à ce qu’il paraît – et la trépidante Paz de la Huerta – qui, une fois qu’elle rentre dans votre vie par le petit écran (Boardwalk Empire) ou le grand (Enter The Void) n’en ressort pas sans en laisser une marque indélébile – était purement et simplement la meilleure chose à faire pour avoir toute notre attention. Connue pour ses frasques alcoolisées et son arrogance charmante qui font d’elle une petite trublionne Hollywoodienne, on se frotte déjà les mains de ce couple cinématographique aussi sulfureux qu’il peut être touchant…

A vous de voir.

Bare, de Natalia Leite, 2015

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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3 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Je crois que c’est “Be HERE Nowish”…
    En tous cas, ça donne envie!

  2. timide says:

    …. Et Barbieturix aussi !

  3. timide says:

    Le “Pourquoi on le regarde ? d’An Si résume parfaitement les choses + B.A

    J’ajoute en critique finale que c’est pour ma part un long queer américain plutôt sincère et de bonne volonté avec un cachet Sundance bien réel. Bare peut servir d’exemple pour le cinéma du monde, catégorie queer.

    Tout comme Wild at heart dans sa catégorie ou Boys don’t cry en temps et lieux respectifs, le long de Natalia Leite m’apparaît incontournable.

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