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Le coeur et le cul #15 “Dominante dans la vie, dominée au lit. Etrange schizophrénie”

Chère Docteur love,

Je prends la plume aujourd’hui pour un problème qui n’en est pas vraiment un. Disons plutôt que j’ai besoin d’une mise en perspective, ayant du mal à avoir les idées claires.

Dans la vie, je suis quelqu’un d’allant, plutôt du genre à me faire remarquer. Je suis prof dans un lycée. Pas forcément un métier de pouvoir au sens où l’on l’entend traditionnellement mais une profession dans laquelle il faut savoir se faire respecter et aimer le regard des autres sur soi.

C’est pour cela que je suis devenue enseignante. Passionnée de littérature, j’ai longtemps fait du théâtre. J’aimais que l’on me regarde et qu’on m’admire. Dans mon lycée, j’ai rencontré Léonie, une prof d’anglais. Ni vraiment belle, ni vraiment charismatique, nous nous sommes pourtant rapprochées ces dernières mois jusqu’à sortir ensemble. Moi qui aime les filles remplies d’esprit, elle ne rentre en rien dans mes critères. Elle est un peu terne dans sa tête. Cheveux courts, jean-basket : sur le papier, elle n’a rien pour me plaire. Pourtant, contre toute attente, cela marche plutôt bien entre nous.

Mais un sujet me taraude, tu l’auras deviné : notre sexualité. Au lit, elle est tout ce que l’on ne devinerait jamais. Entreprenante, dominatrice, amatrice de mots violents susurrés à
l’oreille. Sans jamais me forcer et en s’assurant à chaque fois de mon consentement, elle est du genre à sortir un gode-ceinture caché sous le lit, après une soirée sushis-bisous tendres.

D’habitude, je suis de celles qui prennent des initiatives au lit. Jusqu’à présent, je n’étais tombée que sur des filles qui n’avaient pas beaucoup d’expérience. Disons que j’avais l’habitude de jouer l’initiatrice aux plaisirs lesbiens. Et là, la donne est inversée. C’est elle qui me fait découvrir des choses dont je n’aurais jamais soupçonné qu’elles puissent me faire prendre du plaisir. En vrac, le sexe anal assez brusque, me faire traiter de « grosse salope » en aimant ça, faire l’amour sur le balcon alors que les voisins pourraient nous voir.

Bien que je prenne beaucoup de plaisir au lit avec elle, cette situation me perturbe. Elle m’interroge d’abord sur l’image que j’ai de moi-même. Comment, alors que j’aime tant contrôler les situations que je vis, puis-je jouir quand on me domine parfois violemment? Ce n’est pas moi, cette personne-là. J’ai l’impression d’avoir désormais deux visages, celui de ma vie publique et celui de ma sexualité. Une drôle de découverte que cette partie de ma personnalité pas vraiment flatteuse.

La question s’inverse bien sûr : comment une nana à mille lieues de se faire remarquer dans la vie de tous les jours peut-elle prendre autant d’initiatives au lit? Pourquoi parvient-elle à autant dominer notre sexualité sans jamais parvenir à se distinguer devant les autres?

Je sais bien que l’on peut avoir plusieurs visages suivant les situations que l’on traverse. A ce point-là, j’en suis toutefois à envisager de la schizophrénie de son côté comme du mien.
En espérant que vous parveniez à éclairer mes lanternes perdues dans la brume face à cette étrange situation.

Junon 

Chère Junon,

Merci de ton courrier. Tu ressens ce qu’ont ressenti des millions de femmes avant toi : nous ne sommes pas toujours ce que nous espérons être. Nous sommes souvent plus jalouses, plus lâches, moins honnêtes, moins brillantes que ce que l’on peut croire ou espérer.

Dans ton cas, tu t’es construite sur une image de femme qui domine, qui maîtrise. C’est d’ailleurs cela qui t’a permis de rencontrer et de séduire des filles plus inexpérimentées que toi dans tes relations précédentes. Peut-être as-tu d’ailleurs sciemment cherché à rester dans des relations confortables sans aucune remise en question. Est-ce pour cela que tu as rencontré Léonie ? Fade, peu à l’aise avec les filles d’après ta description, elle ne t’a pas tapé dans l’œil la première fois. Mais tu as dû lire en elle une potentielle relation, semblable à toutes les autres. Parfois pourtant, le destin est coquin. Il apporte sur un plateau des mets que l’on n’attendait pas. A toi de savoir à présent si tu souhaites t’en régaler.

D’accord, il est sûrement perturbant de te faire retourner dans tous les sens et d’y prendre beaucoup de plaisir. Tu sembles tout de même apprécier les sushis du dimanche soir et ce qui suit. Où est alors le problème ? Léonie te fait découvrir des choses insoupçonnées. Elle te permet de sortir de ta zone de confort, d’aller vers des choses nouvelles.

On imagine souvent que ce qui se fait dans la chambre à coucher reste dans la chambre à coucher. Je t’épargne le couplet de celles qui pensent que ta sexualité est politique. Elle l’est. Nos pratiques sur un matelas (ou sur le balcon) influent ce que nous sommes dans la vie. Et inversement, ce que nous sommes dans la vie construit la manière dont nous sommes au lit. Qui ne s’est jamais demandé comment sa cheffe se comportait sexuellement? Si sa professeure était plutôt levrette sauvage ou missionnaire tout sage ? La sexualité nous équilibre. Elle nous permet de relâcher la pression, de respirer un grand bol d’air pour tenir les rythmes de nos vies souvent oppressantes.

Alors oui, nous ne sommes pas toujours cohérentes entre nos plaisirs intimes et notre vie publique. Mais c’est ce qui fait de nous ce que nous sommes. Léonie trouve sa liberté dans sa sexualité, plus à l’aise entre les murs d’une chambre à coucher que dans sa salle de cours d’anglais. Tu vas chercher du risque avec elle là où tu n’en prends pas dans tes relations au quotidien. Tant que ton équilibre te plaît, restez-donc sur les soirées sushis gode-ceinture… mais gare à l’indigestion de saumon.

Bien à toi,

Marie B.

Illustrations : Anaïs de Sousa

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. timide says:

    Dieu qu’c'est tarte.

  2. Artemisia.g says:

    Et finalement, c’est encore la “Société” et ses jugements moraux stéréotypés qui s’imposent dans ton lit: en quoi cela serait-il moins “flatteur” d’être dominée plutôt que dominante dans une relation sexuelle? Bottom plutôt que top? Si ta position change en fonction de la personne avec laquelle tu sexes, rien d’étonnant. C’est le contraire qui le serait davantage. Et bien heureusement qu’on ne peut pas connaître le comportement sexuel d’une personne à l’avance, en fonction de son attitude sociale! Ce serait tellement boring. Et puis, que faire du fantasme de la catho salope dans ce cas?
    En tous cas, moi je trouve magnifique que sexuellement, les choses ne cessent de changer, que rien ne soit immuable. Pour ma part, je me définis comme switch, et je ne cesse d’osciller et de changer de rôle en fonction de mes partenaires.

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