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“Besos contra la homofobia” au Pérou

Plusieurs médias français ont relayé l’information : un kiss-in gay organisé dans la capitale péruvienne le 13 février a été réprimé par la police. Au final et heureusement, la réponse policière n’a fait que quelques blessés. Depuis sa création, cette manifestation pacifique est réprimée. Focus sur l’homophobie, quelque part dans le cône sud.

La première édition de Besos contra la homofobia en 2011 est tristement restée dans les mémoires comme une preuve éclatante de l’homophobie au Pérou. Les autorités durent s’excuser de la brutale intervention policière et partout sur le continent des manifestations similaires étaient organisées en solidarité. Depuis, le 12 février est devenu le jour de la dignité LGBT et le kiss-in est célébré à cette période dans un climat plus ou moins propice. L’hostilité que rencontre cet événement modeste rend compte du retard de ce pays par rapport aux pays voisins, comme l’Equateur, le Chili ou l’Argentine qui ont adopté l’union civile ou le mariage gay.

Le MHOL (Movimiento Homosexual de Lima), la principale association LGBT péruvienne, dénonce un durcissement de l’homophobie depuis la présentation du projet législatif d’Unión Civil No Matrimonial para Personas del Mismo Sexo en 2013. Certains collectifs estiment même que l’Amérique Latine est la région du monde où les crimes homophobes sont les plus nombreux et les moins sanctionnés. Le rapport de Promsex l’an dernier soulignait la passivité du gouvernement péruvien face à la violence dont est victime la communauté sous toutes ses formes, assassinats, agressions, souvent au sein de la famille. Depuis une dizaine d’années, le MOHL estime qu’une personne meurt toutes les semaines en raison de son orientation sexuelle.

L’actuel président Ollanta Humala, élu en 2011 n’a guère tenu ses promesses de campagne, en particulier celles sur les droits de la communauté LGBT, la loi de promotion de l’égalité et de la non-discrimination. Le Pérou est l’un des quatre pays sud-américains qui n’autorise pas l’union civile des homosexuels, avec la Bolivie, le Venezuela et le Paraguay. C’est le député Carlos Bruce, premier homme politique péruvien à revendiquer publiquement son homosexualité, qui a porté le projet d’union civile devant la commission Justice et droits de l’homme, finalement rejeté. L’an dernier, lors de la discussion sur l’union civile au parlement, des marches étaient organisés à l’appel de l’Eglise. Des « marches pour la vie » ont mobilisé les catholiques du pays contre le mariage gay et contre le droit à l’avortement. L’an dernier la commission de justice décidait aussi de classer une demande de dépénalisation de l’avortement en cas de viol.

L’homophobie ne semble pas préoccuper plus que ça les candidats à l’élection présidentielle qui aura lieu le 10 avril prochain. La majorité n’inclue pas l’union civile dans leurs programmes et évite de prendre une position claire sur le sujet. La principale favorite, Keiko Fujimori, fille de l’ex-président Alberto Fujimori, s’est déclarée contre le mariage gay à plusieurs reprises.

Pour Diego García Sayán, juge à la cour inter-américaine des droits de l’homme, le Pérou est assis sur une bombe à retardement. La discrimination et l’intolérance qui nourrissent l’homophobie ont aussi généré la violence qui a gangréné le pays entre 1980 et les années 2000.

 

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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