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Le militantisme culturel du collectif Polychrome

Crée par une poignée d’étudiants à l’Ecole du Louvre, Polychrome est une association pas comme les autres qui propose des événements autour de la représentation du corps, du désir et du genre. Renaud, le président, a répondu à nos questions.

BBX : Polychrome c’est quoi ?

Renaud : Polychrome c’est une asso / un collectif (au choix) culturel-le qui s’intéresse à tout ce qui touche aux représentations du corps, du désir et du genre. Les contenus sont à caractère potentiellement féministe et queer. On valorise une approche iconographique, historique, politique et sociale des sexualités et des identités. Assoiffés de prolifération, nous n’avons de cesse de diversifier nos angles d’approche. Nos événements explorent des thèmes comme le bondage, les aliens, les drag kings, la pornographie, les stratégies féministes, le cannibalisme, les sorcières, le VIH Sida, l’art brut, la drague, la censure, le queer, le bikini, le piercing au Moyen-âge…entre autres !

Parmi nos événements récurrents : les cycles de conférences à l’École du Louvre, où on invite des chercheuses-rs, réalisateurs, militants spécialistes en tous genres à exposer l’état de leurs recherches. On relaie l’actualité des expositions dans le paysage parisien et on organise des visites guidées avec les commissaires ou des conférenciers indépendants. Nous avons aussi récemment développé un volet programmation d’ateliers à la Mutinerie qui visent à valoriser une approche participative. Chaque premier dimanche du mois l’apéro Polychrome organisé aux Souffleurs est l’occasion de dévoiler notre programme pour les semaines suivantes.

Renaud sur le stand de Polychrome au Printemps des assoc’

Pourquoi avoir formé ce collectif ? Quelles sont vos motivations ?

La première chose c’est qu’il y a six ans, la vie étudiante à l’École du Louvre était complètement atone, et je trouvais ça dommage que chacun-e reste dans son petit coin alors qu’on passait nos journées à découvrir des images, des cultures, des artistes. Par ailleurs les cours qu’on nous donnait étaient très cadrés : des centaines de clichés à connaître par coeur, et très peu de place pour les marges ou les lectures critiques. Il y a pourtant tellement de formes d’expression peu visibles, car bizarres, dérangeantes, tordues, ou qui sortent du canon ! On a cherché à explorer celles qui questionnent la culture dominante, celles qui nous excitent et nous intriguent, qui ont un intérêt politique, ou qui sont des outils pour arriver à réfléchir. La seconde chose c’est qu’on s’est vite aperçu que dans le paysage des associations LGBT parisiennes, en tous cas à l’époque, la dimension culturelle, celle qui s’intéresse à la fois l’histoire et aux représentations, était très minoritaire. C’est donc à partir de là qu’on a commencé à s’activer pour proposer chaque mois des conférences, des projections, des visites d’expositions, et plus tard des ateliers. On a aussi bien sûr développé le maximum de partenariats avec toutes celles et ceux qui pouvaient travailler dans la même optique, autour de nos thématiques : Jerk Off, La Mutinerie, le Paris Burlesque Festival, Barbi(e)turix, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, ou encore le cinéclub du 7ème genre.

Comment travaillez-vous ?

On est assez classiquement organisé autour d’un Bureau permanent et très actif de six personnes, autour duquel gravite un deuxième cercle de bénévoles qui va et vient en fonction des projets et des envies. Le travail est réparti entre la programmation des conférences, des ateliers et des apéros, le repérage des expos et l’organisation des visites, la communication, la création des partenariats, etc. Ça implique d’être très “connecté-e-s” ! Les événements étant nombreux chaque mois, ça tisse entre nous un rythme de sociabilités et de travail assez dynamique. Et puis on danse, ça c’est une méthodologie très efficace !

Cassie Raptor s’occupe depuis le début de sublimer notre newsletter mensuelle et vient de nous faire les visuels de nos t-shirts, qui partent comme des petits pains. On a également un webmaster qui s’occupe de notre site, et depuis cette année des stagiaires.

Quelles sont vos plus belles réussites ?

En 2011, 2012 et 2014 on a proposé trois éditions de CINES.X : des projections de courts métrages expérimentaux érotiques et pornographiques pour la Saint Valentin. Ça nous a évidemment poussé à visionner des dizaines de films parfois très drôles, ou bien franchement dérangeants quand ils mettent en doute (ou en crise) nos identités sexuelles. On a beaucoup de mal à se situer, et le public avec, entre l’érotisme gay très kitsch de Kenneth Anger, un porno SM lesbien de Maria Beatty, ou encore les ovnis queer de Catherine Corringer. On hésite entre le plaisir et l’horreur, en tous cas on frissonne !

On est aussi très fier-e-s des ateliers qu’on a mis en place cette année à la Mutinerie : fabrication de jock strap, Gynéco DIY avec Pussy Drama, Sophrologie, atelier de déconstruction des stéréotypes sexistes dans le cinéma par Nicole Fernandez-Ferrer, et enfin initiation au bondage avec Ann Antidote, une performeuse berlinoise. Ça apporte à mon avis une dimension qu’on n’avait pas avant : on n’est plus seulement dans la transmission verticale de connaissances, comme c’est le cas dans les conférences ou les visites d’expos, mais dans une démarche de partage d’expérience et de pratiques.

Quels sont tes rêves pour ce collectif ?

Pouvoir continuer à faire ce qu’on fait, explorer, peut être se développer ailleurs. L’idéal serait de recevoir un mécénat de quelques millions d’euros, alors on pourrait tous se salarier et faire ça à plein temps ! On imagine aussi peut-être essayer d’intégrer des événements en province, comme le Festival Explicit à Montpellier, les expositions du FRAC Lorraine, celle sur la télépathie au Centre Pompidou Metz, la prochaine exposition de Judy Chicago au CAPC à Bordeaux, celle de Yoko Ono à Lyon…

Que voulez-vous changer ?

Nous croyons que c’est par la culture qu’on fera avancer les choses : on essaye de visibiliser des formes inédites et engagées de recherches, de représentations, de faire des connexions, d’aller voir ce qui s’est fait avant, ou ailleurs. Il arrive qu’au cours d’un de nos événements des personnes qui s’y sont rencontrées poursuivent ensemble des collaborations ou restent en contact, c’est cette énergie qui circule qui nous nourrit et qui peut produire des futurs possibles.

Quels sont vos projets à courts et longs terme ?

Le mois de mars sera riche : le dimanche 6 mars à partir de 18 heures on investit le Centre Pompidou, à qui on a proposé trois thématiques pour revisiter les collections d’art moderne du 5ème étage : un binôme de jeunes chercheurs proposera une visite sur la place (ou plutôt la quasi absence) des femmes dans l’accrochage permanent, suivie d’une présentation de l’historienne Danielle Bloch sur “libido et art moderne”, et enfin une dernière visite du philosophe et critique d’art Florian Gaité sur “art moderne et nihilisme”. Juste après, à partir de 20h30 on se déplace aux Souffleurs pour l’apéro mensuel Polychrome où on invite le collectif Noblesse pour une expo et un DJ set. C’est là que vous pourrez découvrir la programmation complète du mois de mars autour d’un verre. Sans attendre, je peux déjà vous dire qu’on organise avec la Queer Week et le label Darling Dada une grosse soirée le vendredi 25 mars à Confluences, avec des lives du bruxellois Juriji Der Klee, Madmoizel et Apoplexie, et en bonus DJ set d’Adeuline Journey et Pussy Cherie !

On va aussi présenter un fanzine à l’occasion la Queer Zine Fair, c’est un projet collaboratif queer et féministe avec Marianne Chargois, du collectif Deviant. C’est un nouveau projet important car il nous a aussi permis de mettre en commun nos créativités à plusieurs niveaux, et de garder des traces de ce qu’on fait. Peut-être qu’il y en aura d’autres…

En avril, on programme une conférence, un atelier et une performance de Rachele Borghi et Slavina en avril, du collectif Zarra Bonheur. Ce sera l’occasion de discuter des approches queer de la géographie, mais aussi de participer, pour celles-ux qui le souhaitent à la création d’un cabaret pornotrash. Et puis, on organise aussi une table-ronde avec Mikaela Assolent (FRAC Lorraine, Metz) et Virginie Jourdain (La Centrale, Montréal) sur le thème des stratégies féministes dans les centres d’art.

Pour le plus long terme, on a très envie de relancer les soirées qu’on avait commencé à tester l’année dernière au Club 56, et qui avaient bien marché. On travaille aussi sur la mise en place d’un cycle de cartes blanches pour des projections, où on aimerait inviter des personnalités historiques de l’histoire culturelle et militante à Paris comme Alain Burosse et Hélène Hazéra. Et enfin on aurait vraiment très envie de se lancer à terme dans la création d’un mini festival, à suivre…

 

Vous pouvez adhérer au collectif ici, et retrouver plus d’informations sur le site de Polychrome ou la page Facebook  

Chloe

Caution geek de BBX, Chloé écrit sur l'art, le théâtre et le cinéma. Passion fast-food, salopettes et nuits blanches. Toujours OK.

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