Ginna and Elizabeth

BETTINA RHEIMS, 40 ANS DE TRANSGRESSION

Photographe de renommée internationale, Bettina Rheims est principalement connue pour ses clichés de célébrités, ce qui occulte la richesse de son œuvre dans l’iconographie contemporaine. L’exposition événement qui lui est consacrée à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) offre au spectateur plus de 180 clichés réalisés entre 1980 et 2015, réunis sur 3 étages. Barbi(e)turix revient pour vous sur la carrière de cette photographe hors du commun, mêlant clichés légendaires et travaux plus confidentiels dont certains sont dévoilés pour la première fois en France.

Bettina Rheims par Michel Ginies (Sipa)

Fille de Maurice Rheims, commissaire-priseur, historien d’art, romancier et académicien, Bettina grandit dans un appartement cossu décoré de toiles de maîtres. Des œuvres qui imprègnent sa mémoire dès l’enfance et dont l’influence se retrouve dans les couleurs de ses photos.
La jeune Bettina s’émancipe de son milieu social et de sa condition de femme en se cachant derrière son objectif, et analyse ses questionnements au contact de l’autre, le modèle. Elle commence à photographier dans la rue puis rencontre par hasard des strip-teaseuses et des acrobates à Pigalle qu’elle photographie nues (ces clichés ne sont pas présentés à la MEP). Sujet sulfureux en 1978, son travail se fait rapidement remarqué par Helmut Newton qui deviendra son mentor. Dès lors, sa carrière – entre commandes et projets personnels – s’inscrit dans la recherche de la transgression autour de son sujet de prédilection : “le genre humain”.
L’image de la femme la fascine ainsi que sa place dans la société, son rapport aux autres et plus particulièrement à l’homme en plus de sa représentation dans l’art. Elle défie le genre photographique en se réappropriant les codes du portrait comme de la photographie de nu faisant de ses clichés des œuvres complexes, intenses et ambiguës.

Valéria Golino par Bettina Rheims

En parallèle, elle travaille sur la question de l’identité, physique ou sociale, pour faire éclater les stéréotypes. Bettina Rheims photographie dès 1990 des portraits noirs et blancs de figures androgynes, réalisés en studio. En témoigne sa série Modern Lovers dans laquelle elle joue sur le trouble de l’apparence. Ces clichés ne laissent pas indifférents et sont mis en valeur grâce à des portraits surdimensionnés. La MEP dévoile également les autres travaux de l’artiste sur la question transgenre à travers deux ouvrages, un hommage à l’artiste Kim Harlow (1994) puis Les Espionnes (1992).

Leslie, Modern Lovers, Bettina Rheims (1989) 

Martine, Modern Lovers, Bettina Rheims (1989) 

Modern Lovers est exposée avec son pendant le plus récent, la série Gender Studies, réalisée en 2012, qui met en avant des personnes trans, qui repoussent les frontières du genre. Pour cette série, Bettina Rheims a ouvert un compte Facebook et encouragé les personnes se sentant différentes à contacter son studio. Certains portraits des jeunes ayant répondu à l’appel de la photographe sont présentés à la MEP.

Andrej P., The Gender Studies, Bettina Rheims

Simon K., The Gender Studies, Bettina Rheims

La série culte Chambre Close, réalisée au début des années 90 et qui a élevé Bettina Rheims au rang de star est bien évidemment présentée. Cette série en couleur parodie les photographies pornographiques en mettant en scène des femmes interpellées dans la rue à qui la photographe a demandé de dévoiler une partie de leurs corps dans une chambre d’hôtel cheap. Bettina pense pouvoir laisser plus facilement libre cours aux fantasmes de ses modèles qu’un homme, qui aurait tendance à en faire un objet. Face aux positions suggestives et aux images kitsch, on se glisse dans la peau d’un voyeur tandis que les modèles se réapproprient leur image de femme et jouent avec nos fantasmes… C’est à ce jour la série la plus demandée à l’artiste.

4 juillet II, Paris, 1990, Chambre close, Bettina Rheims 

26 juin I, Paris, 1991, Chambre Close, Bettina Rheims

Face à Chambre Close se dresse dans la même salle de la MEP des icônes internationales : Monica Bellucci, Laetitia Casta… toutes plus affolantes les unes que les autres pour nous maintenir dans le même état émotionnel.

Monica Bellucci, Bettina Rheims

Kristin Scott Thomas, Bettina Rheims

Sacralisation du corps, mise en scène érotique, l’exposition « Bettina Rheims » regroupe des portraits de stars et d’inconnues, toutes traitées avec une attention égale. Photographe provocante et avant-gardiste, Bettina Rheims dévoile la fragilité et la force de ses modèles dans ses photographies de mode, ses travaux personnels, ses performances  - dont Morceaux choisis (la surprise porno chic de l’expo) – pour construire une nouvelle image de la féminité d’une part et de la représentation du genre.Une exposition incontournable en ce début d’année.

Vous pouvez admirer les clichés de l’artiste jusqu’au 27 mars 2016 à la Maison Européenne de la Photographie. Un ouvrage publié par Taschen accompagne l’exposition et regroupe 500 clichés pour celles qui ne peuvent pas se déplacer à Paris ou qui souhaitent profiter de l’artiste un peu plus longtemps.

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

Plus d'articles

Leave a Comment

*